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Forum des médias
Dépasser le «h’chouma» pour parler du sida

Par L'Economiste | Edition N°:2912 Le 01/12/2008 | Partager

. Religion, sexe et coutumes... les grandes barrières . Mode d’emploi, un langage simple et directMahendra Seht distribue des cartons jaunes! Il n’arbitre pas un match de football. Docteur et conseiller de la santé et de la nutrition auprès de l’Unicef, il demande à l’assistance, en majorité des journalistes, de lister les tabous liés au traitement médiatique du sida. La scène se déroule lors du Forum régional des médias pour sa 4e édition tenue les 25 et 27 novembre à Rabat.Religion, coutumes, homosexualité, déni et censure du gouvernement..., la liste s’allonge. Comment donc parler d’un sujet qui provoque des levées de boucliers par les concernés eux-mêmes? «C’est-à-dire vous et moi, la société en somme», commente l’expert. Entre sensationnalisme et sensibilisation, le choix est vite fait. «Pas de morale, ni de scoop, mais de la prévention et encore de la prévention. Voilà le rôle des médias», souligne Nadia Bezzad directrice exécutive de l’Organisation panafricaine de lutte contre le sida (OPALS). Un constat d’abord. Les résistances culturelles, politiques, voire le manque d’infrastructures, nourrissent insidieusement l’avancée du VIH. En Egypte, certains gynécologues, des femmes notamment, «refusent de soigner d’autres femmes enceintes et séropositives», témoigne une représentante de l’Unicef. Dans d’autres pays, comme le Liban, le Soudan et le Maroc, impossible d’amener une femme -au courant des escapades sexuelles de son mari- d’exiger de ce dernier de mettre un préservatif. Le fameux «h’chouma» a la peau dure. Dans un tel contexte, les leaders d’opinion -imams, prêtres, chefs de tribus- sont des vecteurs de message. Mais à condition qu’ils dépassent eux aussi leur propres barrières psycho-sociales. Le Maroc peut se vanter d’un taux de prévalence -de contamination en quelque sorte- faible (1%). Pourtant, les indicateurs d’affection sont semblables à «ceux des pays où le VIH est très répandu», révèle la dernière enquête de l’Organisation panafricaine de lutte contre le sida. C’est le cas pour les pays subsaharien ou l’Afrique du Sud. Au Soudan, l’inexistence d’un système de distribution (officines, dispensaires...) pose problème. Du coup, les médicaments moisissent dans les dépôts. Même les conflits géopolitiques accentuent la propagation du sida: exode des réfugiés, territoires militarisés et inaccessibles... Pour les médias, le vrai défi réside dans la nature du discours: sensibiliser, prévenir, informer une population majoritairement analphabète et conservatrice. «Tenir compte des sensibilités du malade d’abord, de sa famille ensuite et celle de la société finalement est indispensable», commente la journaliste et productrice tunisienne, Awatef Dali. Elle anime depuis 8 ans l’émission «Clinique télévisuelle». Son reportage exclusif, un témoignage à visage découvert, évoque les tracas quotidiens d’un sidéen. Jimmy, Tunisien âgé de plus de 40 ans, s’est marié en juillet dernier. Le sida n’a pas tué son sens de l’ironie: «Je vais mourir de vieillesse». Sa femme plus jeune, le sourire en coin, témoigne: «Lorsqu’on monte dans le bus, je me cramponne à lui». Pour dire aux passagers l’ayant reconnu, «il est séropositif et après». Son souhait? Avoir un enfant. La stigmatisation a aussi la peau dure. Pour Jimmy, la vie continue. Il vient de décrocher le prix du meilleurs acteur -ce n’est pas sa vraie profession- durant le festival de Carthage. Les associations sont un espace où l’on vit «normalement» et qui permet de «rebondir», explique-t-il. «Gagner la confiance», choisir «prudemment ses mots» et surtout éviter de répéter ceux ayant une forte charge émotionnelle. «Homosexuel, par exemple, est un terme que j’emploi avec modération», commente Awatef Dali. L’essentiel est de faire passer le message et d’éviter les liens abusifs entre homosexualité et VIH. Poignant. Le témoignage audio d’une fille marocaine qui a pris, avec son frère, pendant des années des médicaments anti-VIH «sans le savoir». Elle l’apprendra, par hasard, au cours d’une conversation entre ses parents...


Payer... pour mourir

Au Maroc, les statistiques ont de quoi amadouer les coureurs-de-jupon. «Pour les infections sexuellement transmissibles (IST), 600.000 nouveaux cas émergent par an», selon les estimations de l’Organisation panafricaine de lutte contre le sida (OPALS). Plus inquiétantes encore, les données révélées par son rapport et publiées le 13 octobre dernier. Elles parlent de «féminisation du VIH». Une offensive virale qui n’épargne ni prostituée ni femme au foyer... Pour preuve, entre 1986 et 2007, le taux de probabilité d’infection a plus que doublé: il est passé de 20 à 47%. Sur le terrain la réalité est terrifiante. «Près de 2,60% des prostituées sont séropositives et 50% d’entre elles ne se protègent pas», affirme Nadia Bezzad. Celles qui veulent se protéger font face à des clients réticents, près à payer plus pour ne pas mettre de préservatif!


Changer de discours

Avez-vous déjà effectué un test de dépistage? Indispensable pour s’informer sur son statut sérologique. Gratuit, rapide et anonyme, il permet de réagir vite et efficacement au cas où une personne s’avère atteinte du sida. Dans les années 90, «les campagnes de dépistage se faisaient rares, car il y avait une pénurie de médicaments. Ce qui n’est plus le cas», précise Nadia Bezzad. Le traitement coûte entre 6.000 et 7.000 DH par mois. Malheureusement, le recours au dépistage est une pratique marginale. «Après 20 ans d’efforts, les comportements n’ont pas changé». La clé? Cibler surtout les jeunes et les enfants mentalement plus ouverts. Ministère de la Santé, ONG... doivent changer de discours... pour le rendre plus accessible. «Communiquer en darija ou tachelhite est l’une des solutions». La radio et les dessins animés peuvent servir de relais aussi dans un pays à forte tradition orale, où il y a beaucoup d’analphabètes et d’endroits enclavés.Faiçal FAQUIHI

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