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Politique Internationale

Fondation Connaissance du Maroc : Un débat droite/gauche qui sort de l'ordinaire

Par L'Economiste | Edition N°:109 Le 23/12/1993 | Partager

La Fondation Connaissance du Maroc organisait un séminaire. Cela aurait pu être un séminaire comme il s'en fait "treize à la douzaine", si le hasard n'avait voulu un face à face Mohamed Kabbaj/Fathallah Oualalou.

La Fondation Connaissance du Maroc a réuni le jeudi 16 décembre une centaine d'invités autour du thème "L'état du Maroc en 1993". La Fondation avait choisi des universitaires, qui ne sont certes pas des inconnus, mais qui ne sont pas ceux que l'on voit à chaque colloque sur le Maroc. Il s'agit des Prs Ennaji, Benali et Tozi, tous trois enseignants chercheurs et qui, contrairement à ce qui se pratique dans des manifestations de ce genre, n'appartiennent pas à la même famille de pensée.

Dans leurs très courts exposés introductifs, ils ont planté le décor sur les plans politique (Pr Benali), (Pr Ennaji) économique et socio-culturel (Pr Tozi). Une seule toile de fond pour les trois approches le Maroc se modernise, mais dans chacun des trois domaines, la modernisation joue sur un terrain difficile. Tous trois ont aussi largement évoqué "les racines" qu'ils perçoivent davantage comme des références que comme des pesanteurs.

"Le monde politique ne veut pas évoluer"

"Le domaine politique est en retard sur l'évolution économique", a estimé le Pr Driss Benali, qui pousse ses conclusions jusqu'à estimer que le "monde politique ne veut pas évoluer au même rythme que la société civile" qui, elle, "est ambitieuse". A cet état de fait, il n'y a pas d'explication univoque, comme le feront ressortir les débats. A notre connaissance, c'était la première fois que l'analyse du monde politique était faite par des non-politiques et ce en public.

Jusqu'à présent, ce type de débat appartenait en exclusivité aux hommes politiques entre eux ou était confiné aux conversations privées. "C'est un point tout à fait nouveau", note M. Jon Marks, journaliste et consultant britannique, spécialiste du Maghreb.

En revanche, le monde économique est nettement moins opaque. S'il lui manque des observations chiffrées de comportement, il présente l'avantage d'avoir été l'objet d'analyses et de débats depuis longtemps. Le Pr Ennaji a donc la tâche plus aisée pour décrire les forces et les faiblesses de l'économie marocaine.

Le Pr Tozi, plus connu à l'étranger qu'au Maroc pour ses travaux sur les groupes islamistes(1), fait observer que les changements sont aussi bien dans l'équilibre rural-urbain que dans l'élargissement de l'instruction ou encore dans la stratégie matrimoniale. Ces changements amènent à poser les problèmes liés à "l'émergence de l'individu et de la société civile".

Une tribune dominée par la gauche

C'est après la pause-café, qui permet aux personnalités pressées de s'échapper, que se produit l'événement inattendu: l'apparition d'un discours, qui se revendique ouvertement de droite, pas du tout impressionné par le fait que la tribune n'est composée que de "sensibilités de gauche".

La quasi mono-composition de la tribune a même fait que par moments les participants se posaient la question de savoir pourquoi les Socialistes espagnols risquaient de perdre les prochaines élections! Mais il faut reconnaître à la décharge des organisateurs qu'il est très rare que des personnalités ancrées à droite acceptent des invitations à des colloques et, quand l'invitation est acceptée, c'est l'invité qui fait faux bond à la dernière minute et laisse sa chaise vide.

M. Mohamed Kabbaj, représentant (UC) et ancien ministre des Travaux publics et de la Formation professionnelle, a non seulement répondu à l'invitation de la Fondation, mais a participé activement aux débats. En face de lui, un vieux routier de la politique, le Pr Oualalou, représentant de I'USFP. Et autour d'eux, l'écrivain Tahar Benjelloun, le "patron des patrons", Abderrahmane Bennani-Smires, quatre journalistes étrangers et comme "modérateur", le Pr Benamour (HEM, membre fondateur de Connaissance du Maroc).

Une droite qui se revendique en tant que telle

Les partis de droite sont des créations artificielles, indique en substance M. Oualalou, pour qui "être de gauche c'est être pour le mouvement et pour la démocratie". Pour M. Kabbaj, au contraire, l'ensemble du monde politique a un problème de crédibilité: "nous n'arrivons pas à attirer les jeunes, parce que nos débats ne sont pas des débats d'idées", mais des discours "pour rejeter l'autre". Au passage, M. Benjelloun invite "les Marocains à être sérieux" et M. Bennani-Smires rappelle qu'à côté des droits, il y a "les devoirs de l'Homme".

Dans le domaine économique, c'est aussi le face à face de politiques qui mène le débat. Pour M. Oualalou, les problèmes sont ceux de la dette et ceux des relations avec l'Europe. Il prône "une responsabilisation des partenaires du Maroc" pour trouver des solutions. Pour lui, le PAS "a contribué à réduire la démocratie partout où il a été appliqué" et il souhaite une "responsabilisation de l'Occident" dans ce domaine. Pour M. Kabbaj, le PAS est "un retour à des règles de saine gestion", ce dont "personne ne peut se passer". Il stigmatise les analyses qui voudraient faire croire le contraire. Il considère que le "problème stratégique est celui de l'équilibre entre le public et le privé". Il estime que le vrai choix n'est pas de dire si l'on veut de la croissance mais de trouver "comment on va la faire".

Nadia SALAH

Carte de visite

La Fondation Connaissance du Maroc, reconnue d'utilité publique, veut "connaître et faire connaître le Maroc". Elle se conçoit comme indépendante et regroupant des "personnalités de la société civile". Il est exact qu'elle ne compte pas de personnalités du monde des pouvoirs publics dans ses instances dirigeantes, mais elle bénéficie du soutien actif d'entreprises publiques, notamment de la RAM qui offre ses locaux et dont le PDG est président du conseil d'administration de la Fondation.


(1) Cf L'Economiste du 9 décembre 1993, un entretien avec le Pr Tozi sur les groupes islamistes marocains.

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