Economie

Financement: La machine toujours grippée

Par L'Economiste | Edition N°:300 Le 16/10/1997 | Partager

Les engagements bancaires dans les secteurs d'exportation ne cessent de reculer(1). Pourtant, la libéralisation du marché des changes ouvre la voie à une nouvelle gamme de produits plus souples et moins coûteux.


LA détente des taux recom-mandée par le Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM) vise, entre autres, la relance des crédits à l'exportation. Si toutes les banques y adhèrent, le taux de base bancaire affiché devrait être ramené de 8,50 à 8% pour cette catégorie de crédit (2).
Cependant, les opérateurs ne se font pas d'illusions... pas plus que les banquiers. La réduction d'un demi-point ne suffira pas à elle seule à relancer la machine. Dans tous les cas, l'initiative s'avère ardue au vu des derniers chiffres publiés par le GPBM. Au mois de septembre, le volume de préfinancement à l'export accordé par l'ensemble du système bancaire a chuté de 22,5% à 975 millions de DH. De même, les concours bancaires au titre des créances nées à l'étranger ont accusé un recul de 5,5% à 2,8 milliards de DH. L'essoufflement des concours bancaires est palpable depuis plusieurs années. Les préfinance-ments sont passés de 1,4 à 1,2 milliard de DH entre 1995 et 1996. Les avances ont, elles, stagné à 3 milliards.
Pourtant, l'ouverture du marché des changes a introduit des instruments de financements plus souples et moins coûteux. Parmi les produits classiques offerts par l'ensemble des banques, le préfinancement en Dirhams et, plus récemment, en devises. "Pour faire face aux besoins de trésorerie engendrés par une commande d'exportation, l'exportateur peut obtenir la contre-valeur en Dirhams du montant de la commande diminuée des agios", explique Mme Samira Madani, responsable du Bureau de Liaison Export à la Direction des Affaires Interna-tionales au Crédit du Maroc. Concrètement, l'opérateur peut donc bénéficier du crédit en fonction de la durée de fabrication. Double avantage du produit: la quotité finançable couvre la totalité de la commande et le coût du crédit est fixé sur la base du taux Libor.

En définitive, l'exportateur peut financer la totalité de ses besoins en fonction de la durée de la campagne et s'acquitter d'un taux plus bas (en moyenne 3,5% plus la marge). "Le préfinancement en devises offre donc une plus grande souplesse pour la clientèle et constitue un volant de devises permanent", souligne Mme Martine Amri, directeur délégué-adjoint, à la Direction du Crédit de la BCM.
A préciser que le crédit de préfinancement en Dirhams est facturé au taux bonifié (8 à 8,5%) majoré de la prime de risque. En outre, il est plafonné à 10% du chiffre d'affaires, dans la limite de 3 millions de DH. Au-delà, l'accord préalable de Bank Al-Maghrib est exigé.
Les exportateurs ont d'ailleurs à maintes reprises remis en question la base de calcul du plafond de crédit (chiffre d'affaires de l'année précédente). Selon eux, ce système pénalise les entreprises qui dégagent un chiffre d'affaires en forte croissance.
Par ailleurs, pour développer son activité à l'export, l'exportateur n'a souvent d'autres choix que d'accorder des facilités de paiement à son client étranger. La mobilisation de créances nées à l'étranger (MCNE) lui permet alors d'encaisser dès l'expédition de la marchandise. Bien entendu, la vente doit être définitive.

La MCNE en devises consiste à mobiliser ces créances en devises.
"Ce contrat de financement vise à reconstituer la trésorerie au moindre coût. L'exportateur bénéficie des différentiels de taux d'intérêt entre les monnaies étrangères et le Dirham. De plus, sauf en cas d'impayé, le client élimine le risque de change", précise Mme Madani. Le taux de l'opération est là aussi indexé sur le Libor. Cependant, la procédure demeure un peu plus lourde que pour la MCNE en Dirhams.
Toujours pour assurer un encaissement rapide des créances sur les clients résidents en France (uniquement), le Crédit du Maroc propose la procédure CERIS du Crédit du Maroc. Celle-ci permet, par le système de compensation informatique avec la France d'encaisser le produit de la créance à la date d'échéance plus un jour ouvrable (au lieu du délai de 15 jours nécessaire au rapatriement de devises). Donc, plus grande maîtrise des délais d'encaissement et meilleure gestion de trésorerie avec en filigrane une réduction des frais financiers.


(1) Cf L'Economiste n°226 du 18 avril 1996.
(2) Cf L'Economiste n° 299 du 9 octobre 1997.


Les banques investissent dans la promotion


Les banques s'investissent de plus en plus dans la promotion du commerce extérieur. Une à une, elles montent des cellules d'assistance de l'exportateur baptisées Club Invest Export, Bureau de Liaison Export ou encore Business Center. Elles tentent donc de remplir le rôle de "service public" dans l'espoir de voir un retour en termes d'apport d'affaires.
Les prestations en faveur des adhérents sont diverses et variées et souvent proposées sous forme de packages. "L'objectif est d'apporter un soutien aux exportateurs pour la recherche de marchés nouveaux et, pourquoi pas, de favoriser le rapprochement des entreprises", explique Mme Madani. Parmi les services-phares, la recherche personnalisée de partenaires via le réseau du Groupe Crédit Lyonnais, "Lion contact recherche de partenaires". Cette prestation permet d'identifier et sélectionner le partenaire selon le profil recherché et la stratégie de développement de l'entreprise locale. Autre service proposé: la diffusion publique des offres et des demandes de coopéra-tion dans divers pays à travers le Bureau de Rapprochement des Entreprises (BRE) créé par l'UE.

Le Club Invest Export de la BCM étend pour sa part ses services aux importateurs. Le soutien apporté aux opérateurs est là aussi axé sur des prestations personnalisées, sur la diffusion d'informations actuali-sées tant sur la réglementation que sur la solvabilité des clients et les prospects étrangers. Le Club met également à contribution le réseau de correspondants étrangers de la banque pour la recherche de débouchés.
"Nous mettons l'accent sur les missions commerciales et les séminaires pour favoriser les échanges entre opérateurs étrangers et marocains", souligne Mlle Amina Boutaleb, directeur responsable du Club Invest-Export. A noter que des missions d'investisseurs étrangers sont organisées régulièrement au siège de la banque pour tisser des courants d'affaires, notamment avec l'Espagne.
En ouvrant récemment son Business Center, Wafabank veut renforcer ses atouts sur l'international. Ce centre d'affaires offre les services de base tels que l'appui logistique aux exportateurs, l'assistance juridique, fiscale et financière ou les renseignements commerciaux.

Mouna KABLY

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