×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprises

    Filature: Polyfil démarre la production du "poy"

    Par L'Economiste | Edition N°:56 Le 03/12/1992 | Partager

    La première unité de polyester continu, le Poy, a été installée à Berrechid . Elle est mise en fonctionnement. C'est un investissement important, dans une technologie coûteuse et complexe. Il a nécessité des précautions particulières, très actuelles, en matière d'étude de marché, d'alimentation électrique, d'environnement.

    POLYFIL, nouvelle unité de textile à Berrechid, démarre ce mois-ci sa deuxième ligne de production de fil polyester continu. En Janvier, les 3 lignes prévue, seront opérationnelles, emploieront près de 300 personnes à produire le "Poy" suivant l'appellation des professionnels. Si la production de polyester discontinu a été introduite il y a une vingtaine d'années au Maroc, celle du polyester continu est " une première en Afrique et dans le Monde Arabe ", assure Saïd Berrada, un de ses promoteurs " le stade le plus avancé dans le textile" Il s'agit d'une production de fil, à partir d'un dérivé de pétrole, à haute température et en continu. Le polymère est traité à une température de 300 degrés. Une des difficultés réside dans le volume d'énergie électrique appelé et sa régularité. Le processus ne tolère aucune coupure ou rupture de courant.

    Ce processus continu permet d'obtenir des bobines de fil, pouvant aller jusqu'à 500 kilomètres. Chacune des 3 lignes de Polyfil pourra "filer" 96 bobines. Au total, la capacité de l'usine sera de 150 milliards de mètres à l'heure. A l'origine du projet Polyfil, il y a d'abord le marché final du tissu polyester. C'est la matière la moins chère au monde, avec donc de larges possibilités dans les pays en développement, au faible pouvoir d'achat, mais très peuplés. Le polyester est un tissu résistant qui permet de confectionner des vêtements durables. La Chine s'équipe d'ailleurs pour fournir sa population en polyester: la soie. tissu traditionnel, plus chère, sera exportée.

    Les couleurs se fixent fortement sur le polyester. Les molécules de la teinture et du tissu sont de même nature, se superposent à une température de 130 degrés. La décoloration n'intervient qu'à 130°, donc le tissu ne déteint pas à l'usage ou au lavage.

    Le marché marocain révèle cette importance par une croissance des importation, de 20 % par an, depuis 1970. Jusque là, il ne justifiait pas un investissement industriel. "la masse critique" permettrait la substitution de production/importations autour des années 80-85. et surtout depuis 1990. avec 12.000 tonnes. Par ailleurs, il n'y a pas de palier en matière de production de Poy. "La production fonctionne à 100%, ou ne fonctionne pas", explique Saïd Berrada. C'est pourquoi dans le monde, l'activité est fortement concentrée entre les mains de quelques multinationale, (Dupont de Nemourq, AKZO. Hoechst, Rhône Poulenc, Montefibre.), et dans les pays pétroliers, tels que le Mexique. Ces multinationales défendent leur territoire. "Sollicitée il y a 15 ans. Rhône Poulenc a demandé 10 millions de Francs pour les études du projet", rappelle Polyfil, qui s'est tournée depuis vers un partenaire italien, "Fine International Stefani", qui réalise l'ingénierie et entre dans le capital de Polyfil. Dans ce partenariat, chacun trouve un intérêt évident. Le Marocain acquiert la technologie, l'Italien trouve un développement arabo-africain, au Maghreb, c'est-à-dire dans une zone productrice de pétrole. Au total, ce seront 230 millions de Dirhams ( et près de 150 millions en devises ) qui seront investis, dont le 1/3 en fonds propres. Le reste est financé par la BNDE (90 millions de DH) et en CMTR. Ces montants ont d'abord servi aux infrastructures de base, à l'aménagement du site.

    Polyfil s'est installée à Berrechid, hors de la zone industrielle, et sur un terrain agricole, de 9 hectares. Cet isolement paradoxal ne provient d'aucun goût particulier des dirigeants pour le calme et la solitude. C'est une contrainte technique qui a imposé cet isolement. Si l'air ambiant est pollué, il affecte le produit. Les rejets industriels se retrouveraient immédiatement sur le fil, à travers les systèmes de climatisation.

    Cette contrainte technique s'est donc traduite par une charge supplémentaire du fait de l'éloignement pour l'aménagement direct du site. Dans la foulée, la commune a promis d'aménager des espaces verts autour de l'usine sur 9 autres hectares. A charge pour l'entreprise de contribuer à l'aménagement de ce qui sera une palmeraie. L'association industrie-espace vert est ici réalisée. C'est plutôt rare.

    L'entreprise a dû aussi aménager sa propre voie d'accès, participer à son alimentation en haute tension. Elle a même contribué aux frais pour aménager le ralentissement des trains, sur la voie ferrée toute proche.

    Quant à l'investissement industriel à proprement parler il a absorbé 125 millions de Dirhams. Les extrudeuses en sont les équipements de base. Deux lignes de production extrudeuses. La troisième est équipée d'une seule extrudeuse. Ce sont les extrudeuses qui transforment, à 300 degrés, le polymère solide à un état liquide, à haute température, puis en fil.

    Avant Polyfil, l'activité de texturation a été développée au Maroc. Depuis 1970. des industriels importent le Poy, le texture, avant de le revendre à des unités, spécialisées dans le tissage ou le tricotage, qui elles-mêmes le livrent aux confectionneurs, aux bonnetiers. "La texturation affecte au Poy une valeur ajoutée de 20%. La valeur ajoutée au Chips, pour obtenir du Poy, est de 70%", explique M. Saïd Berrada.

    C'est une remontée, dans le processus de l'activité. Au delà en amont, la production de Chips est réservée aux pays pétroliers. Cette valeur ajoutée représente un gain technologique et industriel pour le pays. "Elle signifie aussi une économie de devises. Importer des Chips et non plus du Poy permet au pays d'économiser l'équivalent en devises de 570 millions de Dirhams sur 12 ans". Douze ans est la durée de vie de l'investissement.

    Investit 150 millions de Dirhams (en équivalent devises) pour en économiser 570 se justifie donc au plan macro-économique.

    M. Saïd Berrada ajoute, par ailleurs, que l'entreprise ne se développera pas en aval, vers la texturation. "Polyfil restera spécialisÈ, pour le maintien de sa qualité". Le principe de grande unités textiles, pour répondre à la concurrence internationale, n'est pas rejeté. "Cependant, il faut penser aussi à réaliser l'intégration au niveau national et pas seulement par entreprise", souhaite M. Saïd Berrada.

    Le processus de production

    Les extrudeuses sont au centre du processus de production du Poy en continu.

    La matière première arrive donc sous forme de "Chips" (des petites billes de plastique). Le Chips est nettoyé, stocké dans 4 grands silos de 80 tonnes chacun, qui représentent 10 jours de production. Les 4 silos permettent d'alimenter des productions, de 4 qualités de fil différentes, simultanément. Les silos alimentent les extrudeuses qui éjectent le polymère à une pression de 150 barres.

    Entre deux points, et sur deux mètres, la matière passe de l'état visqueux, de pâte, à l'état de fil, solide. Le passage a lieu à 3.000 mètres/minute. Le fil s'enroule automatiquement autour d'une bobine qui tourne à 10.700 tours/minute. Un bobine peut porter jusqu'à 500 kilomètres de fil en continu.

    Le fil n'est jamais "manipulé" déchargé à la main, car il est délicat.

    Le processus de production du fil s'arrête là. La phase suivante est la texturation. Polyfil ne texture que 5% de sa production. L'essentiel est vendu aux texturiers. La texturation consiste à donner l'élasticité aux 35 filaments microscopiques qui composent chaque fil.

    Pour pallier à toute défaillance de l'alimentation électrique, qui pourrait être fatale à ce processus en continu, deux groupes électrogènes de 1.500k VA chacun ont été installés. Ils donnent 7 jours d'autonomie à l'entreprise, et démarrent en 2 secondes.

    Une sécurité supplémentaire est prévue si cette alimentation d'appoint ne démarre pas.

    Un système de 180 batteries de voitures connectées, fournit le courant pendant 7 minutes.

    K. B.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc