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Culture

Feuilleton de l'été
Les amours d'un apprenti boucher
XXVIIIe épisode: Rehma rapporte le plus beau des scoops
Par Mohamed NEDALI

Par L'Economiste | Edition N°:1589 Le 28/08/2003 | Partager

. Résumé:Zineb est toujours absente. Habiba a été remariée de force par son père. Nadia la touriste est repartie. Sa femme épousée aussi de force ne lui plaît pas. Thami, le jeune boucher, est seul: il attend un miracle qui le rendrait à nouveau amoureux. La pauvre Rehma est une cancanière efficace: c'est pour cela que Thami l'avait mise dans la confidence de ses amours interdites… avec l'aide de quelques morceaux choisis (de boucherie). Mais cette pauvre femme qui savait tout sur tout le monde n'avait pas pu découvrir quand Zineb, le premier amour et la première maîtresse de Thami, rentrerait. --------------------------------------------Mes amours perdues de vue, je continuais néanmoins de vivre dans leurs doux souvenirs. Je restaurais à l'infini baisers, étreintes, gémissements, paroles, balbutiements... Je ressassais des scènes entières dont pas un détail n'échappait.... Il y a des oreilles de tropDe temps en temps, je m'arrêtais sur une image, toujours la même, la plus intense, la plus exaltante. Je la revivais mille fois de suite dans mon imagination; mille fois, et ce n'était jamais assez! Mon passé était devenu un havre de jouissances, où je puisais à souhait sensations et plaisirs indicibles.En dehors de ce monde de délices, tout m'indifférait. Le présent me paraîssait fade, ennuyeux, incapable de m'offrir même un brin de ce que j'avais vécu jusqu'alors: Zineb, Habiba, Nadia.Je demeurais ainsi, captif de mes amours passées, jusqu'au jour où Rehma débarqua à nouveau devant mon étal, la face ravie, les pupilles étincelantes. Je compris tout de suite qu'elle avait quelque scoop à m'annoncer.- Il me semble que je deviens finalement utile! Aujourd'hui, j'ai une bonne nouvelle pour toi: Zineb...- Est-elle revenue? l'interrompis-je vivement.- Oui, elle est bel et bien revenue! Ici-bas, tous ceux qui partent finissent un jour ou l'autre par revenir, ceci est dans l'ordre des êtres et des choses. Ne dit-on pas que...- Parle, Lalla Rehma! la coupai-je de nouveau promptement, parle-moi de ce qui m'intéresse! passe à l'essentiel et fais-moi grâce de toutes ces fadaises!- Ne crie pas si fort! Il y a des oreilles de trop!... Oui, elle est revenue! Zineb est revenue! Grâces soient rendues au Ciel!... Elle est revenue, et je pense que durant sa longue absence, la malheureuse a souffert le martyre! Elle ne m'a rien dit, bien entendu. Ton amie est d'une réserve! Mais... comme tu sais, Rehma a du flair, elle lit dans les yeux, sonde les coeurs... Pour commencer, je lui ai longuement parlé de toi, de l'amour fou que tu lui réserves, des cruels supplices que sa disparition t'a infligés, de ton désastreux mariage et bien d'autres complaintes qui attendriraient même un coeur taillé dans le marbre! Je lui ai brossé un tableau si émouvant et si pathétique de toi qu'elle a fini par craquer! Oui, CRA-QUER! Crois-moi, mon coco, Zineb a pleuré, et de chaudes larmes! Je suis même parvenue à lui faire amèrement regretter son attitude sévère et incompréhensive à ton égard... Bref, la femme viendra très bientôt te retrouver, le coeur harcelé de remords!- Sacrée Rehma! m'écriai-je fou de bonheur.- Ne sont-elles pas là les meilleures nouvelles que l'on puisse apporter à un amoureux affligé comme tu l'es?. Aux meilleures nouvelles, les meilleurs morceaux- Tu me combles, Lalla Rehma! Tu me combles! Que le Très-Haut te prodigue santé et longue vie! Qu'Il te protège des fils de l'adultère! Qu'Il crève l'oeil de tes envieux! Qu'Il...Exultant, je saisis à peu près deux kilos de tripes de mouton encore ruisselantes de vie et les empaquetai. La vieille se pourléchait déjà; ses narines velues frissonnaient bizarrement. Je poussai la denrée dans sa direction.- Aux meilleures nouvelles, les meilleurs morceaux! N'est-ce pas Lalla Rehma?Sa petite main jaune et sèche précipita le paquet dans le cabas déjà prêt. Son échine se redressa. Un éclair de joie illumina ses yeux:- Que le Tout-Puissant multiplie le nombre des hommes comme toi sur cette terre, oueldi! L'humble Rehma que voici est toujours à tes services ! N'hésite jamais à faire appel à elle! Qu'Allah le Très-Haut nous épargne les situations impossibles!Le lendemain, Zineb se présenta au magasin. La femme avait pris un sacré coup de vieux. Elle paraîssait affaiblie, très amaigrie. Le teint frais et vif de son charmant visage de berbère racée avait cédé la place à une pâleur terreuse, cadavérique. Ses yeux s'étaient sensiblement retirés dans leurs orbites, comme à la sortie d'une longue convalescence. Dans son regard terne, se profilaient les signes d'une douleur profonde qui en disaient, sur l'état de son coeur, plus long que tous les mots. La jeune femme entrouvrit les lèvres pour dire quelque chose, mais elle se retint. Sa tête ébaucha un vague mouvement.J'étais cassé en deux, le buste penché vers l'avant, les coudes sur les carreaux blancs de l'étal. Je ne savais que dire. Les mots me manquaient. L'émotion m'étouffait. Une atrophie, ou presque.Nous demeurions tous deux ainsi, pétrifiés, incapables d'émettre un mot; même si en réalité, les mots de la Terre entière ne pouvaient évacuer le tumultueux flot de sentiments qui bouillonnaient dans nos coeurs meurtris par tant de peines et de souffrances.- Zineb, parvins-je enfin à balbutier, c'est toi que j'ai toujours aimée!Toute autre parole eut été de trop. D'une main perplexe, Zineb tira un peu sur son long vêtement, un ajustement inutile, dicté sans doute par l'émotion. Elle se ressaisit, feignit une petite quinte de toux... Décidément, rien ne semblait à même de dissimuler le trouble immense qui régnait dans son coeur. Enfin, une parole inaudible sortit de sa gorge serrée par les larmes. Je murmurai un pardon! non moins inaudible.. On ne répond pas ainsi à son MakhzenElle suffoqua, puis éclata en sanglots. On eût dit que toutes les larmes de son corps avaient afflué dans ses yeux, d'un seul coup. Face à une situation si bouleversante, je sentis une espèce de foudre invisible s'abattre sur mon être. La terre s'ébranla sous mes pieds. Mon coeur palpitait à me laisser choir. Un instant, je me crus près de la syncope.- Assalam Oulaïkoum! fit une voix d'homme de l'autre bout de l'étal.Je me retournai: c'était le mokaddem.Ses mauvais yeux sanguinolents semblaient nous dévisager depuis un moment déjà. Dans sa face de crapaud, scintillait un air de vive curiosité mêlée d'un plaisir pervers. Il s'éclaircit la gorge. Ses doigts agitèrent un instant le tarbouch qui dissimulait tant bien que mal sa tête disproportionnée. Comme la jeune femme demeurait indifférente à ses manières, il pencha légèrement sa gueule d'empeigne vers elle:- Qu'avez-vous à pleurer ainsi madame? faites-vous l'objet de quelque injustice? Si c'est le cas, sachez que le Makhzen n'est au bled que pour défendre les victimes, et les défendre jusqu'à ce que justice soit rendue!... A moins que le coupable ne soit... d'un... d'un ordre autre... Autre qu'humain, je veux dire. Parce que le Messager du Très-Haut, que la prière et la paix soient sur Lui, a dit euh... a dit... en substance, dans l'un de ses hadiths, que... chaque fois qu'un homme et une femme se retrouvent en tête-à-tête, satan le maudit s'immisce aussitôt entre eux, pour, bien entendu, favoriser la tentation. N'est-ce pas Thami? Toi qui es passé par les bancs de la medersa, tu dois connaître un peu ce hadith chérifien?Je voulais rétorquer:- Si, à présent, il y a quelqu'un qui s'immisce entre un homme et une femme, c'est bien vous! Pourquoi donc aller chercher satan plus loin, du moment qu'il est tout près?Evidemment, je ne dis mot de tout cela. Même fou à lier, on ne répond jamais ainsi à son Makhzen.Exacerbée par les propos outrageants et les regards éhontés de l'intrus, Zineb me fit un discret signe de la main avant de s'en aller à travers les échoppes. L'Awacs, dont la curiosité demeurait inapaisée, tenta un instant de la poursuivre, mais il changea finalement d'idée.


Le roman de l'hypocrisie sociale

Mohamed Nedali écrit ici son premier roman, publié aux éditions Le Fennec, sous le titre «Morceaux de choix«. Son héros, Thami, est le premier de la lignée familiale à braver les usages. Qu'il résiste, qu'il provoque ou qu'il contourne, ce personnage créé par Nedali et qui parle à la première personne, change le cours de sa vie. Il ne sera pas adel parce que son père l'était: il sera Thami, entièrement et complètement Thami. Mais se construire son propre destin ne va pas de soi. La société va résister, à commencer par la société la plus proche, la famille de Thami. Mais le jeune homme porte aussi en lui des siècles d'éducation hypocrite, qui refuse aux êtres, leur qualité d'homme libre. Il contournera plus souvent qu'il ne les affrontera les interdits de la vie. Hypocrisie aussi dans les vagabondages sexuels de ce jeune homme à qui personne n'a appris à modérer ses instincts.----------------------Demain, vingt-neuvième épisode :«L'Awacs-mokaddem est encore sur le pied de guerre»

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