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Culture

Feuilleton de l'été
Les amours d'un apprenti boucher
XIXe épisode: Comment Habiba se laisse facilement
conquérirPar Mohamed NEDALI

Par L'Economiste | Edition N°:1580 Le 12/08/2003 | Partager

. Résumé:La belle Zineb dont Thami, le jeune boucher, est amoureux fou, ne reviendra que dans deux semaines. Thami, marié de force à sa cousine Keltoum, part à la conquête d'une autre belle, avec la complicité intéressée d'une vieille cancanière du souk. Par allusions, le rendez-vous a été pris aux Vergers Lharti, le lieu marrakchi de tous les amoureux. Habiba est venue, elle a même laissé sa tenue de soeur musulmane à la maison. Aguichante comme jamais, elle est visiblement là pour la bonne cause.----------------------------Mon être entier fut captivé par Habiba, qui m'accueillait avec un sourire. Et quel sourire! Un feu me saisit au creux de l'estomac. Désarmé par tant de charme et de grâce, je demeurai un instant interloqué. Mes pieds semblaient vissés au sol. Mes yeux fixaient sans battre des paupières la femme debout devant moi. Le monde s'était tout d'un coup arrêté d'exister, le temps aboli. J'avais l'impression d'être en face de la huitième merveille du monde ou d'une sylphide sortie, comme par magie, tout droit d'un conte de fées, une image fascinante et éphémère; il fallait, par conséquent, en profiter, en emplir mon regard et mon âme avant qu'elle ne retournât dans son univers lointain et inaccessible. C'est incroyable comme la beauté peut estomper votre lucidité et vous rendre brutalement stupide! Habiba détourna les yeux, quelque peu déconcertée. Sans doute me trouvait-elle bête en ce moment, avec mon air de zombie sortant d'un tombeau. Je dus enfin balbutier quelques mots, une espèce d'invitation à la promenade le long d'une allée bordée de platanes aux feuilles poussiéreuses. Habiba acquiesça d'un léger hochement de tête. Je pris vite des airs de cadre supérieur, l'harmonie du couple ne pouvant être assurée autrement.Le parc était, comme tous les vendredis après-midi, noir de monde, une fourmilière. Les gens affluaient en grappes des quartiers exigus de la médina, des familles entières avec leur marmaille terrible et mal mouchée; il fallait bien oublier un peu la promiscuité étouffante et les ennuis qui en découlent.Je marchais, la poitrine bombée, le menton haut perché, fier comme un intendant général dans sa province. Je me sentais des ailes. Mes pieds touchaient à peine le sol. Une jouissance me portait tel un souffle plein de caresses. Je n'en revenais pas de voir cette ravissante femme à portée de ma main, avec son visage de princesse et son corps d'odalisque. Pour lui épargner une éventuelle rencontre fâcheuse, je l'emmenai vers un banc situé dans un coin isolé que j'avais repéré peu de temps auparavant. L'endroit était d'autant plus discret qu'il se trouvait en partie dissimulé par le tronc d'un eucalyptus géant. Il y eut ensuite un silence épais. Nos regards se croisaient puis se fuyaient aussitôt. Rien de plus embarrassant qu'un silence qui s'installe entre un homme et une femme à leur première rencontre. Je me lançai à la recherche de quelque prétexte, pour le rompre. Ma compagne semblait absorbée dans une rêverie de mauvais augure, quelque chose de morose, une vague inquiétude. Dans ses yeux noirs aux cils longs et fins se profilait un air de malaise, une espèce de tourment diffus. Regrettait-elle déjà d'être sortie avec un homme de ma condition, elle qui, naguère, n'accordait ses faveurs qu'aux nababs saoudiens?. Thami tombe à nouveau fou amoureuxN'ayant rien trouvé qui pût briser ce pesant silence, je saisis sa main droite et l'enserrai dans les miennes, autant par envie de toucher sa peau excitante que par volonté de détourner son attention d'une songerie qui, de toute évidence, allait à l'encontre de mes desseins. Habiba se laissa faire, mais le teint clair de son visage vira tout de suite au rose, un rose vif. Je caressai la main: elle était douce, veloutée et d'un éclat d'ivoire. Cela ne pouvait plus durer longtemps. Une vague de chaleur humide m'envahit de fond en comble. Un désir débridé s'empara de mon être. Je me sentais de moins en moins capable de me contrôler. Mes sens plongeaient dans l'affolement. Le peu de lucidité qui me restait menaçait de s'estomper. C'était trop, vraiment. Je me secouai, maudis par trois fois Satan, que le Ciel nous préserve de son emprise; j'essayai aussi de penser à quelque chose de triste, ou même de dramatique: le décès de ma grand-mère, la torture dans les locaux des flics, la famine en Afrique... Mon esprit refusa de s'arrêter à ses idées. Finalement et au terme d'un incroyable effort, je parvins à me maîtriser, plus ou moins.- Il fait très beau! fis-je avec une feinte assurance.La belle femme contemplait ses ongles coupés très court et peints d'un vernis écarlate. Le vent était tiède, l'odeur douce, pleine de pollen. Elle enivrait un peu.J'enchaînai sur le même ton:- L'endroit est splendide... Comme je te disais ce matin, il suffit de sortir des ruelles étroites de la médina pour se rendre compte que la vie est belle... La vie est belle et mon amie ne l'est pas moins! Habiba sourit de nouveau; ses lèvres avivées de rouge se détendirent puis se contractèrent. Elle recouvrit sa gorge avec ses mains dans un geste instinctif et, presque en même temps, releva la tête:- Est-ce vrai que tu viens de te marier? me demanda-t-elle à brûle-pourpoint.Un uppercut ne m'aurait pas secoué aussi fort.- Il est vrai... avançai-je prudemment, il est vrai qu'on vient d'euh... de me... de me marier.... Un coup manigancé par le pèreLa belle femme braqua ses superbes yeux noirs sur moi, l'air sidéré. Une rougeur aviva son teint de pêche. Je poursuivis, mine de rien.- C'est un coup manigancé par mon père. L'Adel a cru qu'en me collant ainsi une femme, il me contrôlerait mieux. En réalité, il redoute surtout que j'aille dépenser de l'argent dans d'éventuelles passades... La suite, vois-tu, n'est pas difficile à imaginer: les vieux s'en retournent un matin au bled d'origine de ma mère, un petit douar paumé, à des années-lumière de la civilisation... Quelques jours plus tard, ils rentrent avec, dans les bagages, une cousine du nom de Keltoum, que mon oncle a du mal à caser sur place parce que laide, maigre, bête, ennuyeuse et que sais-je encore! Il s'ensuit une cérémonie de grippe-sous en présence d'une poignée de crétins endjellabés, un gribouillis dans un registre noir, quelques youyous au patio et mon père me déclara marié au nom du Très-Haut et de son Messager, qu'Allah le gratifie de sa prière et de son salut! Le soir-même, en rentrant du travail, je trébuchai sur Keltoum dans mon lit... Est-ce donc cela que tu appelles un mariage? Non, non! Je ne me sens pas du tout concerné, et cette primitive ne trouvera jamais le chemin de mon coeur! Etant comme le Ciel m'a fait, je ne puis m'accommoder de n'importe quoi; seule une véritable beauté... (je fis un geste faussement perplexe en sa direction) m'attire et touche mon coeur... Tiens, lorsque je t'ai vue la première fois, j'ai tout de suite éprouvé quelque chose de fort, là, dans le coeur, bien que tu aies été tout emmitouflée... A propos, cette manière de te mettre te va à ravir! Tu es vraiment très belle comme ça, et ta djellaba est d'un goût!- Merci Thami, susurra-t-elle, très émue.. L'homme doit ébranler les interditsJe m'approchai d'elle, décidé à aller plus loin. J'avais lu quelque part dans le Jardin Parfumé de Cheïkh Nefzaoui que, pendant les premières rencontres, c'est toujours à l'homme de faire les premiers pas, les premiers gestes tabous, c'est à lui d'ébranler le premier les interdits; la femme, elle, est plus réservée, plus pudique de par sa nature même de femme. L'homme qui s'attend à ce que sa partenaire prenne l'initiative et vienne l'enserrer dans ses bras, celui-là peut toujours attendre. Cet enseignement me semble d'une vérité incontestable. Aussi n'avais-je pas hésité un instant à le mettre en pratique. Les premières réactions de ma compagne étaient, par bonheur, encourageantes. Je passai alors à l'étape suivante, déterminé à ne pas en démordre, d'autant plus que j'étais parvenu à un état d'excitation vraiment incontrôlable. Je commençai par coller ma jambe droite à la sienne: une vague de chaleur émana de sa chair. Mon bras enserra sa taille -une masse moelleuse et plantureuse que le velours de la djellaba rendait encore plus désirable. La belle femme baissa la tête, confuse, embarrassée. C'est tout à fait dans l'ordre des choses! me dis-je pour me donner de l'assurance. On a beau avoir de l'assurance, on en manque toujours dans ce genre de situation. Ma main se faufila à travers l'ouverture de son long vêtement. Mes doigts s'égarèrent sous la tunique de soie évasée. Habiba jeta un regard anxieux autour de nous. Grâce à Dieu, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter; l'endroit était à l'abri, pour l'instant au moins. Je poussai encore plus loin mon entreprise: ma main aborda ensuite les chairs appétissantes et les rondeurs du ventre; elle se mit à caresser, lentement, amoureusement. Le corps de la belle femme fléchissait de plus en plus, s'inclinant mollement sur le côté comme sous l'effet d'un sommeil longtemps combattu. Je glissai ensuite ma main jusqu'aux hanches pleines et larges. Mon coeur battait à une cadence insoutenable. Les paupières de Habiba s'alourdissaient, ses chairs se détendaient. Un instant, je sentis son visage échouer dans le creux de mon épaule, le reste du corps amolli s'affala à son tour sur moi. Nos lèvres se frôlèrent, se fuirent, se frôlèrent encore, s'écartèrent et s'unirent enfin; alors qu'à un jet de pierre de nous, quelques badauds s'étaient déjà attroupés, s'approchant de plus en plus pour mieux satisfaire leur vilaine curiosité. Mon Dieu, il y a bien des îles désertes sous la voûte azurée, comment fait-on pour s'y rendre?Nous serions demeurés ainsi, éperdument enlacés si un cri vrombissant n'était venu, tel un fracas de tonnerre, nous arracher à notre voyage à travers le monde de l'amour et de l'ivresse des sens.- Hé! vous là-bas, progénitures de pute! hurla une voix au timbre gras et caverneux.-----------------------------------------------Demain, vingtième épisode: Les amoureux ramassés par la police

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