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    Culture

    Face à Obama, le Makhzen donnera le change
    Par Mohamed Larbi Ben Othmane

    Par L'Economiste | Edition N°:2922 Le 17/12/2008 | Partager

    Professeur chercheur à la faculté de Rabat, Mohamed Larbi Ben Othmane a été membre du cabinet du ministre des Finances dans les années 80-90. Il a participé et présidé à diverses commissions ministérielles (restructurations du secteur public, contrats-programmes, privatisations). Il est un spécialiste du droit économiqueLa concomitance de deux événements est en train de changer le monde: les mesures anti-crise et l’élection de Obama. Certes, la loi de l’offre et de la demande a été maintenue, mais on lui adjoint désormais des mécanismes devenus concepts nouveaux. La question n’est plus de savoir s’il faut ou non adopter la régulation comme politique publique économique, mais jusqu’où l’Etat devrait se désengager.

    On l’a échappé belle
    En matière financière, heureusement, la nature de l’économie marocaine d’abord et une gestion assez conservatrice du crédit et de la monnaie ensuite ont pu tempérer l’élan des dérégulateurs. Bref, on l’a échappé belle. Le pays a mis à niveau plusieurs aspects de l’environnement juridique de son tissu économique et financier tout en préservant la viabilité de son marché financier et monétaire interne. Le Maroc a su raison garder. Il a ainsi su introduire une dose de régulation dans les secteurs de la Bourse, des télécoms, de la communication ou de la banque sans succomber aux risques de l’autorégulation. En conséquences, il devrait aujourd’hui profiter de sa situation comme pays prudent pour attirer l’investissement international. Encore faudrait-il que ce prudent pays améliore son image en termes de respect des droits de l’Homme, de lutte contre la corruption et de garantie d’une justice saine et indépendante.Ainsi, face à la crise financière, le Maroc s’en est plutôt bien sorti, même si les prévisions restent incertaines. En tout cas, il a su demeurer à l’écart d’un terrain de jeu dangereux. Pourquoi dès lors, n’a-t-il pas fait de même s’agissant de son indépendance politique?
    Les gages possibles
    En politique, en effet, sa démarche sécuritaire a épousé l’idéologie liberticide des néoconservateurs américains… au détriment des intérêts du pays. En l’espace de quelques mois, cette idéologie est devenue infréquentable. L’objectif à court terme de l’administration américaine est dorénavant de s’en détourner et de réhabiliter la liberté et la citoyenneté à l’intérieur, et d’essayer d’améliorer son image à l’extérieur.Les Etats-Unis sont en train de revenir à la pensée des pères fondateurs de la démocratie moderne (voir encadré). En dehors de ses frontières, l’Administration américaine cherche déjà des partenaires avec lesquels leurs nouveaux objectifs pourront être atteints. En ce sens, le Makhzen ne manquera pas de faire preuve de perspicacité. Il donnera le change en montrant autant de zèle à donner l’impression de copier la démocratie et à élargir les espaces de liberté qu’il l’a fait, sous l’influence des néoconservateurs, pour les neutraliser et étouffer la liberté d’expression. A l’image de la nouvelle administration américaine qui inaugurera son mandat par la fermeture de Guantanamo et le retrait d’Irak, le Maroc donnera sans doute plus de gage en respectant plus les espaces de liberté, en laissant mieux se développer la démocratie, en reconsidérant la gestion de la liberté d’expression et surtout en libérant, avec réparation parce qu’il y a préjudice, les prisonniers d’opinion et ceux incarcérés en raison de leurs convictions.Le maintien en détention de ses personnes sacrifiées sur l’autel de la soumission au néoconservatisme américain, est sans doute la première erreur politique que la nouvelle administration américaine et ses ONG-relais mettront sur la table. Certes, ce n’est pas aux USA que se décide la politique intérieure marocaine en matière des droits de l’Homme et de la promotion de la démocratie. Mais, cette affaire est emblématique. Elle détermine toutes les initiatives pouvant inscrire le pays dans la dynamique de la modernité. Conséquente, l’Administration américaine, avant d’ouvrir ce dossier et mettre cette faute sur la table pour redorer son image, aura déjà rapatrié ses propres agents coauteurs de cette erreur.

    Une liberté qui opprime

    Après le fameux «Change, yes we can!», la crise financière et le changement de l’administration américaine marqueront pour un temps la donne politique et économique mondiale. D’ailleurs déjà, les observateurs attirent avec insistance l’attention sur la nécessité pour les Etats de s’y adapter. Que fera le Maroc? De plus en plus lié à son environnement international par des accords de libre-échange, par un statut avancé avec l’Union européenne, par la réception à volonté des chaines satellitaires, par la circulation des personnes et des capitaux, le Maroc est installé aux premières loges. Il est interpelé fortement aussi bien par l’économie mondiale que par la nouvelle idéologie politique qui se dessinent à grands traits. Le néolibéralisme triomphant qui a tenu le haut du pavé pendant des décennies ne sera jamais plus ce qu’il était. Tous ceux qui disaient qu’il suffisait de libéraliser toujours plus pour optimiser le marché ont en eu pour leurs frais. Pendant toute une période, en effet, il se trouvait toujours des bien-pensants, parmi lesquels des prix Nobel, qui disaient que le marché se suffisait à lui-même, qu’il arrivait à s’équilibrer, qu’il fallait sans entraves laisser s’exprimer l’offre et la demande. Cette idéologie n’a jamais donné de bons résultats. Pire, historiquement c’est cette pensée qui est à l’origine de l’exacerbation des inégalités et de beaucoup d’exclusions. C’est d’ailleurs lorsqu’elle a commencé vraiment à provoquer des injustices insupportables que la phrase célèbre de Lacordère a été exprimée: «Entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit». Depuis, il est devenu clair pour (presque) tout le monde que la liberté est un bien commun dont tout le monde doit profiter. La liberté ne doit pas servir une minorité pour asservir, exploiter ou gruger les autres.


    Le retour aux pères fondateurs
    Le retour aux pères fondateurs suppose le retour de valeurs telles que dignité, respect de la personne humaine et liberté d’expression. Pour y arriver, on peut pronostiquer que la nouvelle administration sacrifiera volontiers certains collaborateurs qui ont montré trop de zèle à tuer les libertés au nom de cette idéologie. Ils ne sont pas en harmonie avec les idées que l’Amérique veut promouvoir, celles d’un Jefferson ou d’un Tocqueville qu’on veut désormais remettre en selle.Jefferson (1743-1826), troisième président des USA, disait que « tous les hommes sont créés égaux. Ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables dont le droit à la vie, la liberté et la recherche du bonheur… Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits et leur juste pouvoir provient du consentement des gouvernés. Il appartient au peuple d’organiser ce gouvernement sur les principes et en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sécurité et le bonheur».Tocqueville (1805-1859), philosophe et politologue français, énonce que «la démocratie ne supprime pas les inégalités des maîtres et des serviteurs, mais ils ne forment plus deux peuples. Ils n’appartiennent pas à des humanités différentes. Naturellement, ils ne sont pas inférieurs l’un à l’autre. Ils ne peuvent le devenir momentanément que par l’effet du contrat (de travail). Dans les limites de ce contrat, l’un est serviteur, l’autre est le patron. En dehors de ce contrat, ce sont deux citoyens, deux hommes égaux, malgré l’inégalité de leurs conditions».C’est vers le retour à ces principes que les USA s’orientent après la chute de Bush. Les Etats-Unis ont trop perdu avec les néolibéraux et les néoconservateurs pour ne pas changer. Le changement a, d’ailleurs, été l’exigence quasi exclusive des électeurs lors de la dernière élection présidentielle.
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