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Camdessus: «Les bonnes politiques économiques comptent plus que les financements»

Par L'Economiste | Edition N°:2416 Le 06/12/2006 | Partager

. L’ancien patron du FMI: «Croissance, justice et environnement, trois impératifs politiques». «L’Afrique n’est pas le continent perdu que vous croyez». Le continent ne peut pas se passer du soutien extérieurAujourd’hui, tous les rapports auxquels il participe font beaucoup de bruit. Il est vrai que les thèmes sont des sujets chauds comme la mobilisation de l’eau potable dans le monde, les finances publiques françaises… Les hauts fonctionnaires et ministres des Finances marocains, eux aussi le connaissent bien: il était le directeur du Trésor français (principal créancier du Maroc à l’époque), donc le président du Club de Paris (qui s’occupe du rééchelonnement des dettes publiques des Etats en difficulté) quand le Maroc s’est financièrement effondré en 1983. Puis il est devenu le patron du FMI à partir de 1987 quand il a fallu revoir les conditions des programmes d’ajustement structurels. Curieusement, on ne retient pas les tournants positifs qu’il a fait prendre au FMI, parfois contre l’avis de ses plus grands membres, les Etats-Unis. On le rend volontiers responsable, au contraire, des difficultés que les gouvernements ont à appliquer un programme de redressement. Une situation injuste, mais qui ne lui fait pas perdre son sens de l’humour. Depuis qu’il est à la retraite du Fonds, il agite la vie politique française et européenne avec ses rapports incendiaires…. L’Economiste: Il y a quelques années, vous avez participé à un groupe de travail qui voulait définir de nouvelles voies de la croissance en France (et en Europe); ces axes sont-ils aussi valables pour l’Afrique? En quoi? En particulier «l’économie de la connaissance» a-t-elle un sens sur le continent africain?- Michel Camdessus: Je pense que les axes que nous avons suggérés pour la croissance en France et en Europe sont valables également pour l’Afrique. En réalité, dans ce rapport, nous recommandons trois axes prioritaires pour les années à venir: la recherche d’une plus grande justice, en particulier en essayant d’éviter de faire porter aux générations les plus jeunes la part la plus lourde de l’ajustement nécessaire. Comment ceci ne vaudrait-il pas pour l’Afrique? Nous proposons également de faire du développement durable, dans ses trois composantes de croissance, de justice et de respect de l’environnement et des générations futures, la caractéristique principale du développement des années à venir. Même si les économies européenne et africaine sont à des stades très différents dans l’évolution économique, ce qui vaut pour l’Europe vaut ici en réalité tout autant sinon plus pour l’Afrique. Celle-ci a besoin d’intensifier sa croissance, de faire en sorte qu’elle bénéficie surtout aux catégories les plus défavorisées et qu’elle ne s’accompagne pas d’une dégradation irrémédiable d’un environnement exceptionnel. Cette croissance cependant doit se faire aussi dans le respect des équilibres intergénérationnels, et c’est la raison pour laquelle l’Afrique, comme l’Europe, doit se garder d’un recours excessif à l’endettement qui ferait peser sur les générations suivantes des charges de remboursement excessives.Le troisième axe de notre travail était l’entrée dans l’économie de la connaissance qui sera la caractéristique du XXIe siècle. Cette urgence-là s’applique tout particulièrement à l’Afrique. Il nous faut reconnaître que l’avancée technologique, le relèvement du niveau de la formation et de la recherche dans les universités, seront le véritable carburant de ce nouveau siècle. Il faut donc redoubler nos efforts dans ce sens, en profitant du fait que les avancées de l’informatique et d’Internet peuvent permettre à l’Afrique de sauter quelques étapes par lesquelles l’Europe a dû passer. C’est une caractéristique du rapport de la Commission pour l’Afrique présidée par Tony Blair et dont j’ai eu l’honneur d’être l’un des membres, d’avoir mis vigoureusement l’accent sur la nécessité d’encourager l’Afrique à développer ses moyens dans ce domaine.. Des milliards ont été dépensés en assistance à l’Afrique, y compris par le FMI sous votre mandat, et pourtant la situation humaine, sociale et politique est toujours catastrophique, pourquoi?- Je voudrais vous répondre par trois considérations.La première est que nous aurions tort de considérer que la situation de l’Afrique est uniformément catastrophique. Les dernières années ont été marquées au contraire par d’importants progrès liés en grande partie à la mise en application des stratégies de croissance adoptées par l’ensemble des pays et récapitulées dans le cadre du programme du Nepad: équilibres macroéconomiques, politiques monétaires prudentes, ouverture extérieure, encouragement à l’investissement privé, lutte contre la corruption, progrès dans la gouvernance. Ces différentes politiques expliquent que la croissance économique de l’Afrique s’établit globalement à 5% depuis deux ans et qu’elle devrait se maintenir à ce niveau ou le dépasser en 2006 et 2007. Le revenu moyen par tête d’habitant progresse de 3% par an, ce qui contraste avec la régression continue des années 80 et du début des années 90. Les exportations africaines, enfin, ont augmenté de l’ordre de 9% en 2004 et 2005 et dans 30 pays, l’investissement est en hausse sensible. Même si d’énormes problèmes restent à résoudre, nous devons reconnaître que de bonnes politiques commencent à améliorer la situation humaine et sociale, alors que la stabilité politique progresse et que, globalement, selon le Centre de développement de l’OCDE, dans près de 90% de l’économie africaine, on constate des progrès vers des systèmes politiques plus stables et plus ouverts. Il faut donc continuer dans ces directions. Cela ne veut pas dire cependant qu’une partie de l’aide internationale n’ait pas été gaspillée. J’observe toutefois que la plupart des pays qui, comme le Maroc, se sont efforcés de respecter les disciplines de leurs accords avec le Fonds monétaire international, se portent aujourd’hui beaucoup mieux. Certes, des milliards ont été dépensés et auraient pu avoir un impact beaucoup plus positif. Cela nous indique que, malheureusement, les financements ne suffisent pas et n’ont pas un grand impact quand les politiques macroéconomiques, structurelles et d’amélioration de la gouvernance ne suivent pas. En réalité, les financements sont seconds et ne peuvent pas permettre des changements significatifs s’ils ne sont pas accompagnés de tels efforts.. Vous êtes de ceux qui prônent de faire du commerce au lieu d’aider, trade not aid comme on dit souvent. Mais les principaux marchés, l’Europe et les Etats-Unis, s’opposent à l’ouverture commerciale et subventionnent leurs propres producteurs comme pour le coton et autres textiles ou les produits agricoles. Que faire?- Il ne faut pas opposer le commerce et l’aide car les deux sont nécessaires, en tout cas dans les premiers stades du développement d’un pays. Il est important, en particulier, que l’aide extérieure contribue au renforcement des structures productives et commerciales des pays et qu’en ce qui concerne les pays les plus pauvres, elle s’attache la capacité négociatrice de ces pays très peu familiers des complexités des négociations internationales.Aujourd’hui, la situation est préoccupante et, comme vous le soulignez, nous voyons par exemple comment la défense -par d’énormes subventions- de 25.000 producteurs de coton aux Etats-Unis ruine littéralement 11 millions de producteurs africains qui figurent parmi les populations les plus pauvres du monde. D’énormes efforts -y compris de la part de l’Europe- restent à faire pour sortir de situations aussi injustes. Il faut pour cela que toutes les parties fassent des efforts supplémentaires pour que le cycle de Doha aboutisse rapidement à un succès. Dans le cas contraire, tout le monde y perdrait, mais tout particulièrement les pays les plus pauvres.. Comment incluez-vous dans votre vision du monde la montée des deux géants asiatiques, la Chine et l’Inde?- Je considère que la montée de la Chine et de l’Inde sont de très bonnes nouvelles et, même si elle exige des réajustements de la plupart des pays du monde, nous ne pouvons qu’applaudir à un réveil de ces deux pays qui signifie pour plus de deux milliards d’êtres humains des chances d’échapper à la pauvreté absolue et de voir leurs conditions de vie s’améliorer significativement. Je pense que cette émergence qui soutient aujourd’hui la croissance mondiale par l’importance de la demande adressée au reste du monde, comporte aussi des chances nouvelles d’accélération du développement de l’Afrique. Même si tout ceci implique une reconversion nécessaire dans bien des secteurs industriels du monde, il y a là des sources d’espoir dont nous devons tous nous réjouir.


L’économie mondiale et solidaire, pour qui?

. Vous souhaitez passer à l’économie mondialisée et solidaire, mais cela a-t-il un sens quand il y a l’occupation de l’Irak, le développement du terrorisme, les entraves au commerce libre, les migrations clandestines?... - Je crois que les circonstances tragiques que nous connaissons dans le monde aujourd’hui et que vous décrivez si bien, sont une raison de plus pour développer tous les efforts imaginables dans le sens d’une économie mondialisée solidaire. Beaucoup de choses peuvent être faites qui, à terme, réduiraient les causes les plus graves de tensions. Je souhaite en particulier que des efforts significatifs soient faits en direction des pays qui n’ont d’autre espoir d’avenir que dans l’émigration de leur population. Nous devons faire en sorte que le codéveloppement soit intensifié et passe désormais du régime des bonnes intentions aux réalisations effectives. J’ajoute que si nous n’étions pas capables de changer de vitesse à cet égard dans le sens d’une solidarité et d’un partenariat beaucoup plus effectif, nous ne ferions que prendre des risques supplémentaires.


«Vous avez tort…»

. La libéralisation financière est-elle valable pour l’Afrique, alors que les pays de la zone FCA, par exemple, ne sont toujours pas remis de la dévaluation d’il y a quinze ans? On peut même penser que cette mesure monétaire est à l’origine des difficultés politiques d’aujourd’hui comme éclatement des Etats, insécurité des hommes et des biens!...- Je ne partage absolument pas votre jugement sur les conséquences de la dévaluation du FCA. On sait bien, au Maroc, qu’un pays ne peut pas durablement vivre avec une monnaie excessivement surévaluée. Tel était le cas de la zone franc avec une surévaluation qui atteignit 50%. La dévaluation était indispensable et, contrairement à ce que vous avancez, elle n’a pas eu -après une phase d’ajustement inévitable- que des conséquences négatives dans la zone; on a vu le taux de croissance se redresser ainsi que la plupart des paramètres macroéconomiques. Là où le revenu par tête était constamment négatif depuis de nombreuses années, il est devenu substantiellement positif, partout en tout cas où les politiques économiques correctes ont été mises en œuvre et où les troubles politiques ont été évités. Je pense donc que l’expérience de la zone franc justifie une politique de vérité du taux de change et d’ouverture extérieure. Cela dit, ces politiques ne peuvent être pleinement bénéfiques que si elles s’accompagnent non seulement des changements structurels indispensables, mais aussi d’un soutien extérieur et de l’adoption de mesures de caractère administratif et juridique qui créent un environnement porteur pour les investissements étrangers. Cela ne signifie pas qu’il faille aller vers une ouverture extérieure à tout-va; la prudence exige de procéder progressivement, en s’assurant de la solidité des institutions financières internes pour qu’elles puissent faire face aux aléas de la conjoncture internationale. Telle est la politique que le Fonds monétaire s’efforce d’appliquer.«Michel Camdessus sera ce soir l’invité de ADP, à Casablanca. Camdessus est resté treize ans à la tête du Fonds monétaire international, de janvier 1987 à février 2000, soit deux mandats et demi, en une période de très fortes turbulences. Turbulences financières avec les effondrements d’Etats surendettés, parmi lesquels le Maroc, turbulences politiques avec l’apparition d’un acteur nouveau sur la scène mondiale, le «citoyen lambda» qui, via les ONG, s’est révélé comme le plus puissant des  trublions  ou des contre-pouvoirs: même les Etats membres sont obligés de composer avec lui, ses manifestations, et depuis le milieu des années 90, Internet et ses nouvelles capacités de mobilisation (Ph. AFP)«Propos recueillis par Nadia SALAH

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