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«Il appartient à Israël de vivre en paix avec ses voisins«
Entretien avec Mahmoud ABBAS, président palestinien

Par L'Economiste | Edition N°:2200 Le 25/01/2006 | Partager

. Pas de progrès sans dialogue. Le discours du Hamas a évolué. Revenir à la table des négociations- L’Economiste: Quelle est l’importance et l’actualité des accords d’Oslo?- Mahmoud Abbas: Les accords d’Oslo représentent ma vision personnelle et celle de l’OLP en ce qui concerne les relations entre les Palestiniens et les Israéliens.Principalement parce que la paix ne peut être réalisée qu’à travers des négociations, elle ne peut pas être le fruit de démarches unilatérales et ne peut être achevée que par le dialogue entre les deux parties. La solution, sur la question de Jérusalem, des réfugiés, des frontières, de la sécurité, ainsi que le statut final doivent faire l’objet de négociations. Par ailleurs, les engagements mutuels signés lors du processus d’Oslo par les Israéliens et les Palestiniens constituent le cadre déterminant de leurs obligations communes. L’ensemble de ce qui constitue une transgression de ces accords comme l’expansion des implantations, la construction du mur de séparation, la question de Jérusalem, celle des réfugiés, les incursions en territoire palestinien, les exécutions l’est à double titre. Il ne s’agit pas seulement d’actions contraires à l’esprit de la feuille de route mais d’une violation des accords d’Oslo dont Israël est légalement comptable. - Quel est l’héritage politique du Président Arafat, quelle est votre appréciation sur le Premier ministre Ariel Sharon, le retrait de Gaza et sa signification?- En premier lieu, le Président Arafat a été le fondateur du mouvement national palestinien et il restera à jamais son éternel symbole. Son nom et son image seront toujours associés à la cause palestinienne. En second lieu, le Président Arafat nous a légué, non seulement à nous Palestiniens mais pareillement aux Israéliens et finalement, à l’ensemble de la région une configuration nouvelle qui contenait les prémices de la paix. Il fut le seul capable de repenser et de reconstruire les données constituées par la Palestine et ses frontières en 1948, de les refonder dans une vision pacifiée en prenant comme référence celle de 1967 avec une souveraineté palestinienne sur la partie arabe et orientale de Jérusalem et enfin une solution juste et négociée de la question des réfugiés palestiniens. Sans la vision et le courage de notre regretté Président, il n’y aurait pas eu de processus de paix. L’histoire nous dira qu’il nous a légué un héritage de paix.En ce qui concerne Monsieur Sharon, le retrait de Gaza est sans aucun doute une étape importante, qui a ouvert plusieurs éventualités, certaines positives et certaines négatives. A ce jour, la signification véritable de ce retrait n’est pas encore de mon point de vue entièrement limpide. Nous avons parfois la crainte de voir Israël poursuivre sa politique unilatérale. Mais restons positifs et espérons que cette embellie consécutive au retrait de Gaza a créé une situation nouvelle, disons une éclaircie qui augure une ère nouvelle, celle en premier lieu de la fin d’un cycle de violences effroyables et le commencement d’un chemin qui mène vers la paix, la stabilité et la prospérité. D’ailleurs, ce n’est pas un secret: aussi bien les Israéliens que les Palestiniens ne souhaitent qu’une chose: le retour à la table des négociations. Le Premier ministre en exercice M. Ehud Olmert a fait une déclaration très encourageante à ce propos et j’accueille favorablement son intention de reprendre les négociations. Pour ma part, je le répète, je suis prêt à reprendre ces négociations sans aucun délai. - Comment voyez-vous le déroulement des élections?- Les élections doivent se passer dans le calme. Il n’y a pas d’autre alternative. Nous avons choisi la voie de la démocratie, en accord avec la tradition établie du peuple palestinien à privilégier le pluralisme et la démocratie. Ce n’est qu’au travers de ce processus électoral que nous pourrons régénérer notre système politique et donner un mandat clair et légitime à nos institutions. Je le dis avec force et fermeté: ceux qui tenteront de perturber le bon déroulement de nos élections porteront directement atteinte au peuple palestinien et à la cause palestinienne. J’ai donné les plus claires instructions pour que nos forces de sécurité dans le cadre de la loi s’opposent de toute leur force à d’éventuels actes de sabotage. Je pense que les électeurs ont en majorité conscience de l’importance de cet enjeu électoral dont ils sont entièrement partie prenante. Il s’agit bel et bien de la réalisation de notre projet national. - Que dites-vous du soutien de la communauté internationale à votre cause?- Nous serons toujours reconnaissant à la communauté internationale pour son soutien. Mais je pense que l’effort doit être poursuivi et amplifie particulièrement dans les secteurs les plus sensibles.Je confère un caractère d’urgence prioritaire à la mise à niveau des capacités de nos forces de sécurité. En ce qui concerne la dimension politique, nous souhaiterions que la communauté internationale mette plus de poids dans ce qui nous semble être l’expression de notre cause, à savoir les questions qui seront l’objet de négociations comme Jérusalem, les frontières du futur Etat palestinien, les implantations et les réfugiés.La communauté internationale doit articuler clairement son discours pour que les questions politiques soient résolues par la concertation et le retour à la feuille de route.- En ce qui concerne la communauté internationale et la diplomatie du Monde arabe et ses initiatives diplomatiques, ne vous seraient-elles pas plus utiles luttant sur place à Tel-Aviv, à vos côtés?- A ce propos, une résolution de la Ligue arabe indique clairement que dès la fin de l’occupation, l’ensemble de la nation arabe s’ouvrira à Israël. Je soutiens les termes de cette déclaration et il appartient à Israël de vivre en paix avec ses voisins. Ce serait une décision des plus sages et elle ouvrirait des perspectives régionales gigantesques.- Quel est votre bilan après une année au pouvoir?- Malgré de réelles difficultés que nous avons rencontrées, je crois que nous avons réussi à réaliser des progrès substantiels. Nous avons dû faire face à la situation créée par la disparition cruelle du père de la nation, notre leader historique Yasser Arafat, mais nous avons dû faire face à une situation où les opérations militaires israéliennes ont détruit notre appareil sécuritaire et nos infrastructures économiques. Malgré cela, nous avons mis toute notre énergie et notre conviction dans une dynamique de progrès. Après une année, nous avons un bilan à présenter. Dans le domaine sécuritaire, nous avons réussi à compresser le fonctionnement de l’appareil sécuritaire en réduisant les différentes agences qui sont passées du nombre de 8 à 3. En ce qui concerne les diverses factions militantes palestiniennes, nous avons engagé les différentes parties à une période de calme au cours de laquelle les incidents violents ont été considérablement réduits. Nous avons en Cisjordanie, malgré les tentatives israéliennes de minimiser nos efforts, réussi à engager un certain nombre de mesures qui nous permettent de mieux contrôler certaines villes. Il y a encore à faire et nous en sommes conscient. Nous avons en son temps assuré une situation de calme absolu lors du retrait israélien de Gaza. Dans le domaine de l’administration et des réformes, nous sommes entré dans un processus électoral qui concerne les élections municipales, les élections législatives et l’élection du président.Nous avons réussi à dégager un consensus international sur la nécessité d’établir une plate-forme aussi large et représentative que possible de l’électorat palestinien. Ceci ne s’est pas passé sans difficulté et particulièrement la volonté des Israéliens à s’opposer à la participation de certains candidats. Ce processus électoral est une partie très importante de mon bilan et nous espérons qu’à la fin du mois, notre système politique sera entièrement renouvelé. En ce qui concerne la lutte contre la corruption, nous avons pris ce fléau à bras-le-corps et nous avons déféré les cas les plus flagrants devant la justice. Nous allons largement continuer à lutter contre la corruption et l’extirper définitivement du fonctionnement de la société palestinienne. En ce qui concerne la gestion de nos finances, elle est aujourd’hui entièrement transparente. Nous avons institué notre cour suprême. Nous avons aussi mis en place un système de protection social, nous avons aussi voté des lois qui nous semblent très importantes sur le système judiciaire et les systèmes de retraite. La liste serait longue, mais voici pour un bilan certainement perfectible mais qui trace la voie à de nouvelles réformes à la lumière d’un parlement neuf et vigoureux.Ce gouvernement aura deux objectifs prioritaires: poursuivre les réformes sociales, affronter avec une grande détermination les problèmes de sécurité intérieure. Sur ce plan, nous allons nous doter d’une panoplie de mesures qui permettront de lutter dans un cadre approprié contre le phénomène des milices armées. Il faut en finir avec ces troubles répétés à l’ordre public perpétrés par des éléments criminels qui portent atteinte à la propriété publique et privée. - Pensez-vous qu’Israël a rempli sa part d’engagement dans les accords de Sharm El-Cheikh?- Israël ne s’est pas retirée des villes de Cisjordanie et Israël n’a pas libéré nos prisonniers.- Et pourquoi?- Les raisons ne me regardent pas. Je constate qu’Israël s’est engagée et donc devrait respecter ses engagements. Malgré cela, je pense que nous ne devons nous laisser entraîner par aucune forme de provocation. Nous devons honorer nos engagements et, de mon point de vue, nous l’avons fait. Nous devons continuer par des moyens politiques à exercer les pressions nécessaires pour qu’Israël tienne ses engagements. Nous devons aider les Palestiniens à garder espoir et foi dans le processus de paix et la communauté internationale peut nous aider à cela. - Pensez-vous que Hamas est prêt à entrer dans des négociations avec Israël?- Je ne peux pas vous dire à quel moment Hamas adoptera une stratégie qui le conduirait à négocier avec Israël. Je remarque toutefois qu’en entrant dans l’arène politique et en participant aux élections qui sont aussi un volet des accords d’Oslo, il y a un changement. Il y a dix ans, Hamas déclarait que la participation aux élections était purement et simplement une trahison à la cause palestinienne. Aujourd’hui, ils participent à ces élections.- Auriez-vous une objection en tant que Président élu de former un gouvernement avec Hamas. Votre plate-forme politique est tout de même très différente de celle du Hamas, particulièrement en ce qui concerne les liens éventuels entre la religion et l’Etat?- Il est prématuré d’en parler sérieusement. Ces questions seront déterminées d’abord par le vote des électeurs. Ce n’est qu’après le résultat des élections que nous pourrons avoir une idée plus nette. J’utiliserai alors les moyens et les outils que l’appareil législatif me donnera pour que le projet d’une société palestinienne pluraliste et démocratique puisse émerger. Il s’agit d’un agenda politique sans ambiguïté que je me forcerai de respecter en face de mes électeurs.- En ce qui concerne les prisonniers, Marwan Barghouti pourrait être élu, cela pourrait mettre certains dans l’embarras… - Marwan Barghouti est devenu un symbole, il est emprisonné comme beaucoup d’autres. Lorsque l’on parle de paix, on doit aussi libérer les prisonniers. C’était pour moi un objectif extrêmement important. Je voudrais qu’Israël prenne en considération que la libération de nos prisonniers est un point crucial. Je ferais tout pour assurer leur prompte libération.- Kadima et le Parti Travailliste allant au-delà des déclarations de Sharon, ont indiqué qu’ils étaient prêts à retourner très vite à la table de négociations… - Je suis heureux d’entendre que ce soit dans la bouche d’Amir Peretz ou celle d’Ehud Olmert une disponibilité à reprendre le dialogue. Je suis complètement d’accord avec une telle initiative que j’ai appelée de mes vœux tout au long de ces derniers mois. Les électeurs israéliens se prononceront à la fin du mois de mars, c’est-à-dire dans deux mois. Globalement, j’espère qu’ils voteront pour la paix. Ne comptez pas sur moi pour faire des commentaires sur un sujet de politique intérieure israélienne comme nous apprécions aussi que l’on n’intervienne pas dans nos affaires intérieures. J’espère que c’est avec le prochain Premier ministre israélien que nous pourrons aborder les discussions sur le statut final.


Le Maroc, un exemple admirable de coexistence communautaire

- Comment peut-on rétablir une relation de confiance entre les différentes communautés?- Les musulmans, les juifs et les chrétiens ont vécu ensemble et en paix dans cette région. La nature du conflit n’est pas religieuse. C’est un problème d’occupation. Terminez l’occupation, vous terminez le conflit. Voilà la solution. Avec un terme à l’occupation, seront éradiquées aussi la violence, l’animosité et la défiance des peuples. Le Maroc, dont vous êtes originaire nous a donné et nous donne un admirable modèle de coexistence et une leçon de pluralisme et de tolérance. Nous devons nous inspirer de cette expérience. Je voudrais m’adresser aux Marocains en rendant hommage à Sa Majesté et à sa sagesse reconnue sur le plan régional et international. Je considère le Roi Mohammed VI comme un ami très cher et comme un ami du peuple palestinien.Il a conquis par son rôle dans le comité Al Qods, l’estime et le respect du Monde arabe. Je suis persuadé qu’au moment venu, il poursuivra son destin de bâtisseur de paix. Il est en Palestine un des nôtres et par là même, toujours bienvenu en Palestine parmi son peuple.


Pourquoi il faut soutenir Abbas

UNE incertitude plane sur le résultat des élections palestiniennes. Le Fatah et Hamas sont donnés au coude à coude dans certains sondages et dans un mouchoir de poche avec une avance très faible de Fatah pour d’autres sondages.Quand bien même, on ne voudrait pas spéculer sur la démocratie, une chose est aujourd’hui certaine: Hamas sortira sinon vainqueur du moins victorieux de ces élections.Israël a réuni son cabinet de crise sécuritaire pour analyser la situation. Mais Israël n’a pas, à ce jour, donné au Président sortant le coup de pouce nécessaire à sa réélection. Manque d’anticipation? La partie de la communauté sécuritaire israélienne qui s’oppose à la reprise du dialogue sans un désarmement total des milices palestiniennes pourrait invoquer le fait que l’on ne peut négocier avec Hamas qui a dans sa charte l’anéantissement d’Israël. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui les politiques israéliens, qui j’en suis convaincu, ont une vision du processus de paix différente de leur prédécesseur, doivent sacrément se poser des questions. C’est une situation très compliquée. Shimon Pérès a indiqué que sous certaines conditions, il pourrait y avoir une amorce de dialogue entre Hamas et Israël.Tout cela se déroule dans une ambiance assombrie par les tensions très vives créées par la situation iranienne. Même si l’on ne veut pas croire à une action préventive, même si la voie de la négociation avec l’Iran n’est pas totalement coupée, cette fois, les invectives, les insultes, les menaces sont allées trop loin. Le Président Abbas lui-même a dénoncé avec fermeté et sans équivoque les propos outranciers du Président iranien en excluant toute tentative par les groupes palestiniens basés à Damas d’amalgame et de confusion entre la lutte nationale du peuple et la négation de la Shoah. Les Israéliens ont un partenaire pour la paix et il faut souhaiter que ce partenaire intègre, courageux et réaliste puisse entraîner dans les prochaines heures son peuple sur la voie du pragmatisme et de la raison. Alors, on pourrait me dire que je sors de ma réserve et que je ne devrais pas exprimer mon avis. Ce à quoi je répondrais deux choses: pour la paix, il faut prendre des risques et ces risques, je les assume et donc je pense que le meilleur candidat est Mahmoud Abbas. Il faut et il faudra l’aider.La deuxième chose est qu’il faut maintenant que Palestiniens et Israéliens puissent intégrer Hamas qui représente 30% de l’électorat dans un processus démocratique et aussi dans un processus de négociation avec Israël. Ceci implique de la part de Hamas l’abolition de sa charte de destruction d’Israël, le renoncement et la condamnation de la violence. De la part d’Israël, une libération conséquente des prisonniers, y compris celle de Barghouti qui déclarait sur Al Jazeera la nécessité de former un gouvernement palestinien, uniquement avec les partis décidés à poursuivre le processus de paix et enfin de mettre un terme aux exécutions ciblées. Une unification des listes du Fatah et un retrait des candidats dissidents donneraient un avantage plus net à Mahmoud Abbas et il reste quelques heures pour qu’un compromis soit trouvé sur la présentation de listes uniques du Fatah.Propos recueillis par Claude SENOUF

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