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    Société

    Exceptionnel, le quotidien d’une prison
    Droit de visite

    Par L'Economiste | Edition N°:2155 Le 22/11/2005 | Partager

    . L’administration pénitentiaire de Aïn Ali Moumen l’érige en privilège. Opportunisme et contrôle de faciès LA vie s’organise petit à petit dans l’espace clos de la prison. Pour un détenu, l’attente de la visite de la famille ou des proches et amis nourrit l’espoir et lui permet de traverser ces moments difficiles avec un soupçon de sérénité. Il vit ces instants au jour le jour, à bras-le-corps. La première visite est la plus intense en émotion, en larmes. On parle très peu et on passe chaque instant à regarder l’autre. Le visiteur prend souvent l’air grave, essayant de nous faire ressentir qu’il partage notre peine. L’appel à la visite se fait par l’intermédiaire d’autres détenus que l’administration du pénitencier “autorise”. Moyennant quelques dirhams, ils viennent chercher le prisonnier dans sa cellule ou dans l’une des cours du pénitencier. “Tu as de la visite. Je crois que c’est ta femme”, annonce l’un de ces prisonniers commis. On se dirige alors vers la cour réservée aux visites. Un gardien ouvre une lucarne et observe le prisonnier appelé avant d’ouvrir la porte. La cour est pleine. On est étonné la première fois par le nombre de paniers déposés à côté des visiteurs. Certains autres prisonniers désignés par l’administration accueillent ceux parmi les prisonniers qui peuvent payer, et leur proposent des chaises. “Vous serez mieux, assis, avec votre famille”, disent-ils. Le bakchich, ils le recevront à la fin de la visite. Ces chaises et tables ont pourtant été offertes gracieusement par un bienfaiteur dont le frère purge une peine pour émission de chèques sans provision, racontent des détenus. L’administration a trouvé le moyen d’en tirer profit: on loue donc les chaises et les tables, particulièrement aux détenus et familles qui consomment. Limonades et thé sont vendus dans la cour. Les visiteurs, surtout ceux qui y mettent les pieds pour la première fois, en scrutent les murs propres, il faut dire. De nombreux versets du Coran y sont inscrits. D’autres inscriptions leur rappèlent les règles à observer au cours de la visite. Une leur recommande de les multiplier. La visite est un droit réglementé par l’administration pénitentiaire. Mais en prison, il est érigé en “privilège”. On ne rate aucune occasion pour le rappeler aux détenus. Avant d’accéder à la cour des visites, les visiteurs doivent déposer leurs téléphones portables à l’entrée. Après, les paniers sont soigneusement fouillés. En fait, il s’agit plutôt d’un contrôle de faciès. C’est à la tête du visiteur et celle du détenu à qui on vient rendre visite. Cela aussi est considéré comme un “privilège”. “Toi, on te connaît et on ne fouille pas ta famille ni tes visiteurs”, répètent souvent les gardiens aux détenus. Les fouilles à l’entrée permettent aux gardiens de lutter contre l’introduction de produits défendus, notamment haschich et psychotropes. Pourtant, apparemment, certains réussissent à le faire. Les gardiens recherchent aussi les téléphones portables. Ils sont interdits en prison, affirme-t-on. C’est pour éviter que les détenus ne racontent ce qui se passe à l’intérieur, assure-t-on. Une interdiction que l’on s’explique mal du moment qu’il y a des cabines téléphoniques installées par Itissalat Al-Maghrib et que les cartes téléphoniques sont vendues dans la boutique installée dans la cour des visites. Une autre bizarrerie de l’administration. Il arrive que les gardiens saisissent des portables chez les détenus. On convoque la gendarmerie qui dresse alors un P.-V. Les détenteurs de GSM sont présentés après devant le procureur. Ce dernier les renvoie sans les poursuivre. Et pour cause, il n’existe aucun texte interdisant l’usage du portable dans l’enceinte de la prison. C’est ce qui fait que des centaines de téléphones sont ainsi déposés dans un local. Leurs propriétaires n’ont cependant aucune chance de les récupérer.Les minutes s’égrènent et passent vite. On ne sent pas le temps passer au cours des visites. Seul moment d’humanité et d’humanisme, la visite se déroule mal parfois. Des mères, des épouses ou des enfants de détenus pleurent, incapables de se résigner à l’évidente réalité: leur proche est bel et bien emprisonné. Il ne sortira de ces lieux qu’une fois sa peine purgée. A moins qu’il ne bénéficie d’une grâce. Visiteurs et détenus se mêlent les uns aux autres sous l’œil vigilant des gardiens. Ces derniers s’approchent de temps à autre d’un groupe de visiteurs pour leur rappeler qu’il est temps de mettre fin à leur visite. C’est que de nombreuses autres personnes attendent devant le portail de la prison. La cour ne peut contenir plus d’une cinquantaine de visiteurs et de détenus à la fois. Certaines familles ne viennent rendre visite au détenu qu’une fois par semaine. D’autres, c’est au-delà de deux semaines, voire un mois, du fait qu’elles habitent loin de Settat.


    Résumé

    Passé les premières quarante-huit heures de détention, le prisonnier attend avec impatience la première visite de sa famille. Rencontre qui aide à exorciser les démons du début de l’incarcération. Le doute fait alors place à l’espoir une fois que l’on a, un tant soit peu, commencé à s’habituer. Le passage chez le coiffeur, les discussions avec les codétenus et les premiers contacts avec l’environnement carcéral préparent en quelque sorte à cette visite. Jamal Eddine HERRADI Dans une prochaine éditionLe pavillon des étudiants

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