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Et si on assurait les salaires…?!
Par Robert J. Shiller

Par L'Economiste | Edition N°:2255 Le 14/04/2006 | Partager

Beaucoup d’attentions et d’inquiétudes entourent aujourd’hui les nouveaux risques que la mondialisation et les technologies de l’information font courir à nos salaires et à nos moyens de subsistance. Mais il y a beaucoup moins de nouvelles discussions constructives portant sur la manière de faire face à ces risques. En fait, nous sommes peut-être en train de perdre l’énergie que nous avions il y a quelques années pour mettre en application certaines de ces idées.Malgré toute l’approbation intellectuelle dont ils sont l’objet, les programmes d’assurance de salaire ne constituent toujours pas une force significative de l’économie mondiale. Ils le devraient pourtant. Mais ils devraient aussi être complétés par d’autres moyens.Un avantage de l’assurance de salaire est qu’elle peut être une manière plus efficace de subventionner les formations dans le cadre de l’entreprise que les formations traditionnelles gérées par le gouvernement. Souvent, après avoir terminé un programme sponsorisé par le gouvernement, les participants n’arrivent pas à trouver un travail avec l’augmentation de salaire promise. Il vaut beaucoup mieux, expliquent les partisans de l’assurance de salaire, que la formation soit assurée par un employeur qui veut que le travail soit fait et qui sait ce que son employé a besoin d’apprendre. Il semble plausible que deux ans soient une période assez longue pour se re-former, après quoi l’employé peut prétendre à un salaire supérieur sans recours à des subventions gouvernementales.Mais les gouvernements, craignant les dépenses occasionnées par l’assurance de salaire si beaucoup de personnes se mettent à en profiter, n’ont pas eu très envie de la mettre en place à grande échelle. Par exemple, le programme d’assurance de salaire américain est confiné aux employés d’usine de plus de 50 ans dans des industries vulnérables d’un point de vue compétitif et qui, selon le ministre du Travail, ont des compétences non-transmissibles. En outre, l’allocation est restreinte à 5.000 $ par an. Le programme a pratiquement été oublié et expirera l’an prochain s’il n’est pas renouvelé. Vu que le déficit gouvernemental est devenu la norme, cela semble peu probable. Le moyen de retrouver le dynamisme perdu est de reconnaître que l’assurance de salaire n’est qu’une idée parmi plusieurs idées nouvelles pour s’assurer contre les risques émergents de ce siècle. La faiblesse de la proposition d’assurance de salaire actuelle est qu’elle ne verse des allocations que pour une période limitée et se repose pour ses effets à long terme sur les motivations de nouvelles formations qu’elle crée. En réalité, cependant, perdre un emploi à haut niveau de salaire peut être un événement sans fin, et la supposée nouvelle formation que l’assurance de salaire encouragerait chez un travailleur de 50 ans ayant perdu son emploi peut souvent s’avérer inefficace. Dans mon ouvrage de 2003, New Financial Order: Risk in the 21st Century, je propose une idée différente, que j’ai appelée “livelihood insurance (assurance de subsistance)”. Comme son nom l’indique, l’assurance de subsistance est destinée à fournir davantage qu’un bref répit ou une allocation pour une nouvelle formation. Elle se destine à gérer les changements à long terme dans le marché du travail, plutôt que d’assurer un niveau de salaire temporaire. Elle s’appuierait plutôt sur le marché que sur un programme gouvernemental. L’assurance de subsistance ne veut pas dire que l’assurance de salaire soit une mauvaise idée, ou qu’il ne faille pas la mettre en place à plus grande échelle. À la fois les assurances de salaire et de subsistance semblent présenter d’importantes fonctions de gestion des risques. En effet, pour l’avenir, il est impératif d’imaginer beaucoup de nouvelles méthodes, impliquant à la fois gouvernements et marchés, pour nous assurer que nous gérons mieux les plus grands risques personnels auxquels les travailleurs du monde entier sont confrontés aujourd’hui.


Pour toute une vie…

Avec l’assurance de subsistance, un assureur privé paierait un revenu au détenteur d’une police si un index de revenu moyen dans le domaine et la région de la personne assurée déclinait de façon substantielle. En outre, ce revenu serait versé aussi longtemps que l’index resterait bas, pas juste deux ans (ou quelque autre période arbitraire). En d’autres termes, cette police d’assurance assurerait contre des risques de fluctuations de revenus de toute une vie. Une raison pour laquelle les programmes d’assurance de salaire gérés par le gouvernement doivent avoir une durée limitée est qu’ils impliquent ce qu’on appelle des “dangers moraux”: le risque que les gens deviennent paresseux ou acceptent des emplois plus faciles et moins payés tout en continuant de toucher les allocations qui leur assurent le salaire d’un emploi plus exigeant. Cela ne s’appliquerait pas dans le cas d’une assurance de subsistance, car ses allocation seraient liées à la montée et à la baisse des indices de revenus, qui sont incontrôlables par des individus. L’assurance de subsistance comporterait en outre un autre avantage. Comme la prime serait déterminée par le marché, elle serait plus élevée pour des métiers pour lesquels le marché pense qu’ils sont en danger de délocalisation ou de changements techniques. Cela, à son tour, donnerait aux travailleurs une alerte tangible et une motivation pour anticiper la perte d’un emploi avant qu’elle ne survienne.. Compassion n’est pas actionL'aturellement, nous compatissons toujours avec des gens qui, en atteignant un âge mûr ou au-delà, sont remplacés par des salariés moins payés dans d’autres régions du monde, voire par un ordinateur ou un robot. Mais allons-nous vraiment réagir face à ces risques? Une nouvelle idée qui semblait valable il y a quelques années était celle de “l’assurance de salaire.” Telle qu’elle était, c’était une idée simple: le gouvernement protégerait les personnes du risque de perdre leur emploi et d’être incapables d’en retrouver un autre au même niveau de salaire. Un programme d’assurance par le gouvernement paierait une fraction, disons la moitié, de la différence entre leur ancien salaire et leur salaire dans un nouvel emploi pendant une période définie, par exemple deux ans. Cette idée a d’abord été proposée par Robert Z. Lawrence et Robert Litan dans leur ouvrage de 1986, Saving Free Trade, et ressuscitée dans un article de 2001 de Litan et Lori Kletzer. La proposition suscita des intérêts. Un programme de démonstration fut adopté aux Etats-Unis en 2002. Cette même année, la Commission Hartz recommanda une version en Allemagne. Les programmes d’assurance de salaire ont été activement débattus ou même mis en place sous une forme ou une autre en Grande-Bretagne, France, Suisse et Irlande.Copyright: Project Syndicate, 2006Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot-----------------------------------------Robert J. Shiller enseigne l’économie à l’Université de Yale, dirige Macro Securities Research LLC, et a écrit Irrational Exuberance (L’exubérance irrationnelle) et The New Financial Order: Risk in the 21st Century (Le nouvel ordre financier: le risque au XXIe siècle)

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