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Enquête

Enquête L'Economiste-Sunergia : cadres, d'où sortez vous?

Par L'Economiste | Edition N°:202 Le 02/11/1995 | Partager

Existe-t-il une fatalité sociale qui pousse les enfants des milieux aisés aux postes d'encadrement? Pour pouvoir juger de la mobilité sociale, L'Economiste à fait réaliser une enquête pour faire parler les cadres de leur origine géographique, sociale, et de leur formation.


Où sont passés nos provinciaux, ceux qui montaient de Fès, Marrakech ou Oujda à la conquête des nouvelles capitales, Casablanca ou Rabat?
Le flux s'est tari, et les bons postes ont probablement été saturés, freinant la mobilité, qui est d'abord géographique.
Ainsi, l'enquête réalisée par Sunergia pour L'Economiste révèle que 77% des cadres exerçant à Casablanca et 58,7% de ceux exerçant à Rabat y ont grandi et effectué leur scolarité.
Les deux villes, bassins d'emplois supérieurs, l'un dans le privé, l'autre dans le public, sont donc désormais alimentées localement; et Fassis et Meknassis réunis ne représentent plus que 8,4% des cadres de Casablanca (10,7% de Rabat), les Marrakchis respectivement 1,3% et 2%, et les Oujdis 3% et 2%(1).
Il y a désormais une reproduction géographique des 2 capitales, avec une attirance inégale. Si Casablanca attire quelques Rbatis (13%), l'attrait en sens inverse est quasi-nul.
Au-delà de la géographie, l'origine sociale a été recherchée à travers les quartiers d'habitation, pendant la tendre enfance.
Les Casablancais déclarent pour 1/3 être issus des quartiers populaires et pour 1/3 du moyen standing. D'ailleurs, avoir grandi à Derb Sultan ou dans les fins fonds de l'Ancienne Médina est toujours un motif de fierté; celui qui en sort est futé pour la vie.
Les cadres d'origine Rbatie ou Fassie affirment d'abord sortir des quartiers de moyen standing. Mais quelle que soit la ville, le haut standing est insignifiant: les classes riches et les beaux quartiers de villas étaient, de toute façon, limités il y a une trentaine d'années.

La voiture à papa

Outre le lieu d'habitation, la voiture a été sélectionnée par les enquêtes comme un signe du niveau social des parents.
La moitié des cadres seulement répondent que leurs parents possédaient une voiture, que les familles n'ont acquis que lentement dans les années 50 ou 60.
Les modèles ne sont bien sûr pas ceux d'aujourd'hui.
L'évocation des modèles nous transporte dans le temps. C'est surtout de la classique R12 qu'ils se souviennent puis des increvables R4 et Simca 1100, qui emmenaient la semaine à l'école, et le dimanche à la forêt. Dans le haut de gamme, papa avait une Mercedes (les modèles à la mode à l'époque sont devenus taxis), une Peugeot 504 ou une R16, véhicules très familiaux. Un seul cadre parle de l'Alfa Romeo de son sportif de père.
Hormis ces signes de richesse, c'est surtout la profession du père qui permet de définir la classe sociale d'origine et permet de repérer un éventuel déterminisme social.
Ainsi, plus du quart des cadres, soit 26,4%, avaient des parents commerçants et donc aisés (les parents petits commerçants constituent une catégorie à part dans l'enquête). Les autres catégories socio-professionnelles, professions libérales (3,9% des parents) ou cadres supérieurs (1,3%) ou chefs d'entreprise (10,7%), hauts fonctionnaires (2,8%) n'étaient pas développées. Au total, ils sont donc 45% des cadres à provenir de ces catégories favorisées, qui étaient minoritaires dans la population.
L'enquête confirme ici un phénomène évident: un milieu matériellement aisé aide à l'ascension sociale.
A l'inverse, les fils d'agriculteurs, qui, longtemps, constituaient la majorité des Marocains, n'ont donné que 6,1% des cadres. Ils sont derrière les fils d'employés (11,3%), qui faisaient l'essentiel du salariat marocain.

Reproduction professionnelle

Outre l'influence du niveau social des parents sur l'accès aux postes d'encadrement, l'enquête révèle quelques corrélations entre les professions des deux générations. Autrement dit, à la reproduction sociale se greffe la reproduction professionnelle.
Ainsi, les chefs d'entreprise sondés sont essentiellement des fils de chefs d'entreprise (26,2%), de commerçants (15%) ou de professions libérales (10%). Il faut supposer que la famille donne un coup de pouce pour le capital de démarrage, et aussi pour l'esprit entrepreneurial. Seuls près de 10% des chefs d'entreprise avaient un père fonctionnaire.
En complément, l'enquête révèle que les cadres moyens (du privé) ou les fonctionnaires moyens (du public) sont d'abord des enfants d'employés où de fonctionnaires moyens. Le petit salariat génère d'abord de petits salariés, cols blancs et fonctionnaires d'abord, car l'impératif sécurité prime.
Un jeune, qui baigne dans un milieu où l'on parle d'associés, de crédits, de marchandises, d'affaires, développe une vocation différente de celui dont le père ne parle qu'échelon, avancement et retraite.
Or, tous les programmes du CNJA et toutes les théories qui croient résoudre les problèmes de l'emploi en "incitant" les jeunes à créer leur entreprise ignorent cette dimension et entretiennent quelques illusions.

Cependant, la plus forte reproduction professionnelle révélée est celle des gros commerçants.
Deux tiers d'entre eux ont eu des parents gros commerçants. Le milieu de Derb Omar et de la Route de Mediouna est donc le plus fermé.
Quand ils sortent des affaires de leur père, les fils de commerçants optent en priorité pour les professions libérales; ils gardent donc l'indépendance et ajoutent le prestige du savoir. Ils sont 27,7% des médecins, pharmaciens, architectes, avocats et n'ont comme concurrents que les enfants de fonctionnaires moyens (22,9% des professions libérales sondées). Ceux-ci, lorsqu'ils ont un enfant prodige, investissent pour qu'il s'en sorte: "Je ne peux te léguer d'héritage, de capital, et la fonction publique n'enrichit pas son homme. Alors travaille pour décrocher ces fameux diplômes qui garantissaient, jusqu'à encore il y a quelques années, l'opulence et le prestige social".

Khalid BELYAZID

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