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    Energie: 30 ans pour rien, et maintenant?
    Par Omar Elfetouaki

    Par L'Economiste | Edition N°:2754 Le 11/04/2008 | Partager

    Omar Elfetouaki est un ancien cadre du ministère de l’Energie et des MinesDepuis la création du ministère de l’Energie et des Mines en 1979, les ministres se sont attelés, grosso modo, à prendre des mesures pour approvisionner le marché national en produits énergétiques dans de bonnes conditions et de réduire un tant soit peu la dépendance énergétique. Et jusqu’à présent, aucun n’est arrivé à atténuer l’ampleur des importations. Tous, sans exception, ont échoué dans leur mission. Chacun voulait tout faire durant son mandat et toutes les stratégies élaborées, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, ont été vite remplacées par d’autres lancées par le ministre suivant. C’est ainsi qu’une succession d’erreurs, de vision et de stratégie ont toujours entaché l’histoire de notre politique énergétique. Cependant, le contre-choc pétrolier de 1986 avait donné l’impression d’abondance d’un pétrole bon marché. Les trois établissements (voir encadré) sont devenus un fardeau financier. D’une manière concomitante leurs missions ont été chamboulées ou carrément abandonnées. Pour l’Onarep, la recherche pétrolière trébuchait à cause d’un code des hydrocarbures dépassé et l’organisme se spécialisa dans la recherche hydraulique. Par contre, les schistes bitumineux ont été porteurs d’espoir. Une unité de pyrolyse a été inaugurée au début des années 80. Les premières gouttes d’huile de pétrole issues de ces roches ont été médiatisées à outrance. Le projet fut abandonné pour des considérations purement économiques. Le CDER se contente d’homologuer tout simplement des normes et standards des installations de kits solaires et photovoltaïques achetées par des particuliers à l’étranger. Quant au CNESTEN, il a mis de côté la recherche nucléaire. Il est réduit à un organisme qui aide à l’application des techniques nucléaires, dans le domaine de l’eau, l’agriculture et de la santé. Que cela soit dit en passant, ces deux derniers organismes doivent être actuellement réformés ou disparaître. Ils sont maintenus, vaille que vaille, pendant trente ans malgré leur médiocre résultat. Leur maintien obère lourdement l’efficacité de l’Etat dans le domaine énergétique .Avec l’échec de ces trois organismes dans leur mission, le drapeau du développement des ressources nationales fut à nouveau mis en berne. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à introduire quelques notions modernes de gestion en matière d’énergie: incitation à l’économie d’énergie par la lutte contre le gaspillage, tentative de développement de modèles énergétiques et plus récemment la notion de l’efficacité énergétique. Toujours dans le souci d’utiliser les ressources énergétiques importées à bon escient à défaut des ressources nationales. Cependant, même la mise en œuvre de ces notions sera elle aussi vouée à l’échec. Les énergies renouvelables n’avancent toujours pas. La production hydroélectrique est aléatoire dans un pays semi-aride comme le Maroc. Et il fallait attendre 1991, juste après la guerre du Golfe, pour qu’un code des hydrocarbures voit le jour. Toutefois, le code n’a pas attiré beaucoup d’investisseurs étrangers à cause de sa rigidité et de son opacité. Les plans quinquennaux qui suivirent placeront la recherche pétrolière au dernier rang de la politique énergétique et le développement des schistes bitumineux y sera cité sans conviction. En revanche, l’électronucléaire fut relancé en 2001 par la création de la Commission permanente du suivi des affaires nucléaires (Copsan) au niveau du Premier ministre dont la mission était la mise en place d’une stratégie nationale dans le domaine nucléaire. La commission fit long feu et fut suspendue 20 mois après sa constitution. Le rapport élaboré par cette commission ne sera jamais publié et l’option nucléaire sera de nouveau mise en veilleuse. Durant la même année, l’affaire Talsint replonge la recherche pétrolière dans le désespoir. Ce n’est qu’en 2005 qu’un nouveau code des hydrocarbures, celui-là beaucoup plus attrayant, fut promulgué et l’Onhym (Office national des hydrocarbures et des mines), rejeton de la fusion entre l’Onarep et le Bureau de recherches et de participations minières (BRPM) fut créé en 2006 pour la mise en application dudit code. Cependant, et malgré l’ampleur des explorations faites par des sociétés multinationales spécialisées, les résultats n’indiquent pour le moment que des indices peu concluants. C’est ainsi qu’on est revenu à la case départ après trois décennies de tâtonnement, d’improvisation, de louvoiement et de dépendance.


    Trois organismes pour rien

    Justement, remontons et visitons cette histoire. La première politique énergétique qui fut élaborée en 1980, au lendemain du deuxième choc pétrolier, avait pour objectif principal, de développer les ressources énergétiques nationales. Vœu pieux qui a nourri pendant trente ans l’ambition des sept ministres qui se sont passé le flambeau au niveau de ce département hautement stratégique. Il fallait donc développer la recherche pétrolière, les énergies renouvelables et lancer l’électronucléaire. Pour ce faire, trois établissements furent créés: l’Onarep (Office national de la recherche pétrolière) pour donner un coup de fouet à la recherche pétrolière, le CDER (Centre des énergies renouvelables), pour développer les énergies renouvelables, et le CNESTEN (Centre national des sciences et techniques nucléaires) pour préparer l’introduction de l’électronucléaire.


    Le bilan

    Le bilan énergétique montre bien que l’échec de la politique menée jusqu’à présent est édifiant. Ce bilan nous enseigne que la part des importations des produits énergétiques est de 96,6% : le pétrole et le charbon occupent toujours à eux seuls plus de 94,9% (produits pétroliers 61,6% et le charbon 30,2% et 3,1% le gaz naturel), l’éolien ne représente que 0,4% et l’hydraulique 3,3% et l’électricité importée 1,7%. On voit bien que l’approvisionnent du Royaume est basé sur les produits pétroliers dont les stocks deviennent de plus en plus chers à constituer et à entretenir sur les énergies renouvelables qu’on n’arrive toujours pas à développer, sur les centrales hydroélectriques liées aux précipitations hydriques, et sur le gaz naturel qui est importé au même titre que l’électricité d’origine espagnole et le charbon. Avec cette politique de dépendance, le Maroc reste le pays le plus vulnérable de la région.


    Pour des assises nationales

    Pour tenter, comme l’ont déjà fait ses prédécesseurs, de réduire autant que faire se peut cette dépendance, la ministre de l’Energie et des Mines, de l’Eau et de l’Environnement mène actuellement une réflexion en vue d’élaborer, dans un proche avenir, une nouvelle politique énergétique. Le dossier serait confié à un bureau d’études spécialisé en la matière. C’est une bonne initiative et c’est une première. Car, depuis la création de ce département, l’élaboration de la politique énergétique a été toujours l’apanage de la bureaucratie. Le travail a été toujours confié à un groupe de cadres du département qui travaille à huis clos en collaboration avec la Banque mondiale, loin de toute concertation avec le secteur et les autres acteurs de l’activité économique. Après un discours incantatoire du ministre devant les deux chambres du Parlement, le texte sera adopté et prêt à être archivé. Pendant trente ans, les mêmes idées seront ressassées, la même stratégie «relookée» et partant les mêmes erreurs se perpétuent indéfiniment.Cependant, confier l’étude à des spécialistes dans ce domaine ne suffit pas. Il faut reconnaître que l’ampleur du problème dépasse la structure et la compétence managériale actuelle du ministère en charge du dossier. Il est donc suggéré, une fois que le bureau aura terminé l’étude en question, d’organiser des Assises nationales sur l’énergie pour débattre des termes de cette politique et de sa mise en application. Se complaire à perpétuer la culture de la non-communication, risque de compromettre inéluctablement l’approvisionnement normal du Maroc en produits énergétiques.

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