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En 1977, comment voyait-on le Maroc de l'an 2000?
Par Zakia DAOUD

Par L'Economiste | Edition N°:1628 Le 22/10/2003 | Partager

En avril 1977, la revue Lamalif (1) publiait des projections sur le Maroc de l'an 2000 telles que les voyaient des prévisionnistes ayant rédigé une note d'orientation dans le cadre de la préparation du plan quinquennal de l'époque. Il n'est pas inintéressant de se pencher sur ces projections et de les confronter avec les chiffres du Maroc actuel. C'est, en tout cas, l'exercice auquel se livre ci-dessous Zakya Daoud(2).LA note d'orientation du Plan avec ses hypothèses hautes et basses, était très complète: elle examinait successivement le nombre des Marocains à 23 ans de distance, et ce qu'il fallait prévoir pour les nourrir, les occuper, les loger, les scolariser, et les soigner. Visiblement, les hommes qui l'ont rédigée avaient le souci de dresser un portrait du Maroc fiable et acceptable. Avec le recul, on pourrait dire que c'était des hommes de bonne volonté… ils exprimaient une inquiétude justifiée, qu'on ne pouvait que partager. L'ampleur des prévisions démographiques surtout suscitait naturellement la crainte: on ne voyait pas, à l'époque, comment on pourrait surmonter le dilemme. Aussi écrivions-nous que “cette croissance (démographique) posera d'énormes, pour ne pas dire, en l'état actuel et avec le retard pris, d'insurmontables problèmes de nourriture, de logement, de scolarisation, de santé, que le document ne dissimule pas, même si, et cela est très net dans tous les domaines, les solutions préconisées paraissent extrêmement timides et limitées eu égard à l'ampleur des problèmes posés”. Démographie: Surévaluation et sous-évaluationSelon l'usage plus ou moins répandu du planning familial, il était estimé, en fonction d'une croissance démographique qui devait rester forte jusqu'en 1987 (entre +3,8% et +3,1%) et baisser par la suite, et une espérance de vie dont il était calculé qu'elle allait évoluer de 51 à 60 ans, que la population du Maroc se situerait entre 32 et 37 millions d'habitants. En 1977, la population était de 18, 5 millions.Nous en sommes aujourd'hui, en 2003, à 30,1 millions, sans naturellement compter les émigrés (entre 2 et 3 millions). L'espérance de vie est aujourd'hui de 69 ans, soit 19 années de plus qu'en 1977 et 9 de plus que ne le prévoyaient les experts, il y a vingt-trois ans. Nous sommes donc moins nombreux et nous vivons nettement plus longtemps. Alimentation: L'autosuffisance n'est plus une préoccupationComment nourrir cette population? se demandaient, avec une inquiétude palpable, les planificateurs. En fonction de la production de l'époque qui couvrait moins de 80% des besoins alimentaires et des plans de développement sectoriels qui devaient être lancés, on pensait que les besoins alimentaires pourraient être relativement couverts en viandes, produits laitiers, huiles, mais pas en céréales. Le déficit devait se creuser pour atteindre plus de 600.000 t/an. Et encore était-il espéré que le PIB agricole croisse de 3,6 % par an, grâce à la politique des barrages, à la fourniture partout d'une eau suffisante et au remembrement. Mais déjà, le plan estimait qu'il fallait en finir avec les petites exploitations agricoles et que “le secteur agricole est un secteur d'attente qui connaîtra un développement rapide quand les exploitations seront de taille suffisante pour justifier un investissement rentable”. 23 ans après, nous sommes en économie ouverte: l'autosuffisance, même alimentaire, n'est plus à l'ordre du jour. 2003 est une bonne année. Y a-t-il autosuffisance? C'est une donnée qui ne se calcule plus… Il semble pourtant avéré que la taille des exploitations est désormais suffisante pour justifier des investissements qui rendent une partie de l'agriculture rentable. Bien entendu, comme il était prévu, la population agricole a baissé: elle est passée de 65% de la population active en 1971 à 45% en 2000, ne représentant plus que 8% de la population totale, schéma visiblement inspiré du bouleversement vécu par la France des années 60. Mais selon la direction des Statistiques, l'offre de travail dans le monde rural a augmenté de 10,2% au premier trimestre 2003. Elle serait donc supérieure, après une longue baisse. C'est là une donnée à creuser. Emploi: Une population occupée, mais pour moitiéLa population active, c'est-à-dire en âge de travailler, de 9,5 millions d'individus potentiels en 1977, devait passer à 11 en 1982 et à 20 millions en 2000. Ces chiffres se sont avérés relativement exacts: la population active totale calculée aujourd'hui au-dessus de 20 ans est estimée à 16,2 millions, mais en 1977, on calculait à partir de 15 ans, ce qui, si on ajoute les 15-20 ans (3, 2 millions) donne les quelque 20 millions attendus. Cette population est aujourd'hui occupée à 53,1%, donc à un peu plus de la moitié. L'offre en urbain n'aurait augmenté que de 6,4%. Le chômage aurait donc baissé, mais serait toujours de 12% environ dans l'urbain. En 1977, pour occuper cette population accrue en ville, certaines mesures étaient envisagées: révision du code des investissements et des régimes douaniers, mesures en faveur des émigrés (ce sont les années où ils partent en masse pour l'Europe), politique de régionalisation, développement de petites industries rurales et des PME/PMI, poursuite de la promotion nationale, développement et diversification énergétique (solaire, schistes bitumineux, nucléaire…). Le plan estimait que l'énergie pouvait progresser de 7 à 8%/an, les mines de 5%, 5 à 6% pour l'industrie et l'artisanat, 8 voire 10 % pour le TP bâtiment, 5 à 6% pour les services et le commerce, ceci afin de développer les exportations et en escomptant une restructuration de certains secteurs industriels pour les rendre plus compétitifs.Ces prévisions se sont avérées relativement exactes, sauf pour l'énergie, en baisse de 18,8% en 2003 et pour les mines. Par contre, les rédacteurs de 1977 ont sous-estimé la chimie, la parachimie et l'informatique: ils ne pouvaient pas tout savoir! Il apparaît, au contentement manifeste des chiffres de la direction des Statistiques, que, finalement, l'industrie aurait suppléé beaucoup plus que ne le croyaient les prévisionnistes de 1977, à la baisse des emplois dans l'agriculture. Les services eux aussi y ont été pour beaucoup: en 1977, on pouvait encore difficilement l'appréhender.La politique de 1977 était celle de la valorisation nationale, de l'importation minimale qui devait, à la fin de cette année-là justement, se transformer en contrôle strict du commerce extérieur, en vision bureaucratique d'une maîtrise des équilibres, laquelle, non atteinte, a fini par se terminer en politique de rigueur et d'austérité. Ces préoccupations sont sensibles dans le document du plan. Logement: Un “loupé” programméLa population urbaine du Maroc, qui était de 10% du total en 1920, soit 400.000 personnes (seule la ville de Fès dépassait alors 100.000 habitants), de 20% en 1936(3), atteignant alors 1,739 million de personnes, passait à 3,4 millions en 1961 puis à 7,7 millions en 1977, se concentrant au surplus sur l'axe atlantique Casablanca-Kénitra, d'ailleurs prévu au début du siècle par Prost et Ecochard. Cette population en augmentation rapide devait atteindre, selon les prévisions, 9,8 millions en 1982 et 20,4 millions en 2000(4), le Maroc devenant, à partir des années 90, à majorité urbaine, ce qui s'est avéré exact. En effet, la population urbaine est aujourd'hui de 16,7 millions.Evidemment, pour loger une telle population, alors que le parc immobilier de 1977 n'était déjà ni suffisant, ni performant, il avait été alors calculé qu'il fallait construire 3,5 millions de logements au rythme annuel ininterrompu de 130.000 par an, au minimum. Pour y parvenir, l'accent devait être porté sur les classes moyennes, la construction privatisée, et des mesures devaient être prises pour libérer le foncier et réorganiser la fiscalité immobilière, tandis qu'il n'était pas caché que, déjà, l'approvisionnement en eau et l'environnement posaient problème. On sait que cette gageure n'a pas été atteinte et que si la population a augmenté, les logements et l'infrastructure urbaine n'ont pas suivi. Il en est résulté des distorsions, bien prévues à l'époque, qui restent un des problèmes majeurs d'aujourd'hui. Scolarisation: Réussite au niveau des chiffres? En 1977, l'analphabétisme était estimé à 75% de la population, il fallait pour scolariser les milliers d'élèves se présentant chaque année, construire 6.800 classes par an. Les taux de croissance, pour rattraper les retards, étaient calculés à 6,4%/an dans le primaire, 12% dans le secondaire et, d'après sa formulation, le plan baissait déjà les bras sur la possibilité de scolariser toute la population d'âge scolaire de façon performante, rejetant les surplus sur une formation professionnelle et technique qui n'était pas définie. Le constat était, clairement, d'échec programmé.En 2003, c'est l'autosatisfaction qui est de mise si l'on considère que la direction des Statistiques estime le nombre d'élèves à 5.909.000 et celui des étudiants à 286.000. Le taux de scolarisation atteint dans le primaire serait de 95%, de 73% dans le secondaire. L'analphabétisme aurait diminué de moitié, surtout grâce à un effort durant les 4 et 5 dernières années : 48% du total (63% des femmes, 34% des hommes, 67% dans le rural, 34% dans l'urbain). L'effort porté au fil des années sur les enseignements aurait, au vu des chiffres d'aujourd'hui, porté ses fruits: ce qui n'interdit pas de s'interroger sur la qualité de cet enseignement et son adaptabilité à la société marocaine et au monde international d'aujourd'hui. De plus, l'éducation nationale serait le plus gros employeur du pays avec 229.519 personnes et donc le plus gros pourvoyeur de cette classe moyenne que le document de 1977 n'osait appeler de ses voeux sinon dans l'immobilier. Clairement, le temps n'est plus, comme en 1977, au doute, l'enseignement serait une réussite, tout au moins au niveau des chiffres!Santé: Explosion de l'offreAu niveau de la santé, le document du plan faisait aveu d'impuissance. En 1975, il n'y avait au Maroc que 1.319 médecins, soit 1/13.120 habitants. Pour parvenir à 1 pour 5.000 habitants en 2000, il fallait former 6.000 médecins supplémentaires comme, du reste, tout le personnel de santé, ce que le document, avec modestie et prudence, n'osait même pas prévoir. Aujourd'hui, il y a 2.341 unités de santé, soit une pour 12.460 Marocains, et 12.915 médecins, soit un pour 2.038 habitants. Le retard, énorme, aurait donc été rattrapé. Ce qui n'interdit pas non plus de se poser des questions sur la qualité de cette santé marocaine, son coût, surtout pour la médecine privée et l'égalité ou non de sa répartition sur le territoire. Sans oublier cette donnée, essentielle, que la demande en soins de santé performants est beaucoup plus grande qu'en 1977 où on n'osait même pas l'envisager! Finances: Le gap!La note de 1977 estimait que l'application du plan quinquennal de l'époque avait “produit des déséquilibres financiers et des recours excessifs à l'emprunt extérieur”. Mais, de manière volontariste, elle dressait une situation optimiste: +6% par an du PIB, +12,3% des exportations, + entre 6 et 15% an pour les investissements, +5% pour la consommation, les importations devant, elles, baisser de 4%. Il était prévu une hausse des taxes et impôts pour faire face à l'ampleur des investissements à opérer. Les recettes touristiques devaient croître de 8,5% par an, les envois des MRE de 10%. Néanmoins, dans toutes les hypothèses, basse, haute ou moyenne, l'équilibre budgétaire n'était même pas espéré, les investissements restaient toujours insuffisants et le déficit budgétaire s'imposait. Les rédacteurs de la note avaient raison d'avoir peur: 5 ans après, l'Etat marocain faisait faillite, la catastrophe annoncée se produisait et le Maroc entrait, pour 10 ans, de 1983 à 1993, dans un sévère ajustement structurel. Ensuite, une nouvelle politique, plus libérale, intervenait et a produit la situation d'aujourd'hui avec ces décalages sociaux et cette montée de la pauvreté, dont les calculs interviennent justement dès après 1993, qui, en 1977, n'était pas un critère au point de n'être même pas prise en compte. La pression internationale, le changement de regard sur la condition humaine font qu'elle l'est aujourd'hui. Où en est-on aujourd'hui de ces quelques indicateurs? Le PIB a augmenté en 2003 de 5,5% mais force est de constater que le pari des 6%/an n'a jamais été tenu et qu'il y a eu, durant ces 23 ans, des années de croissance négative. Les exportations, en 2003, baissent de 5,1%, au contraire, les importations augmentent de 3,3%. Le tourisme est le grand perdant par rapport aux prévisions de 1977, par contre, les apports des émigrés ont été largement sous-estimés: ils atteignent aujourd'hui 18 milliards de DH et ont donc dépassé toutes les prévisions.En 1977, on ne pouvait alors que constater la dichotomie incluse dans un document officiel qui chiffrait les besoins de manière correcte (sauf pour la santé et l'éducation) dans une perspective volontariste, mais ne calculait en rien les moyens pour atteindre les objectifs fixés ou avouait tout simplement qu'il doutait qu'on puisse les réunir. Vérité au niveau des constats, réflexion bloquée au niveau des solutions, telle était la conclusion. Aujourd'hui, la conclusion qui s'impose à la lecture des derniers chiffres de la direction des Statistiques, -que tout le monde s'accorde à reconnaître fiables-, est une grande autosatisfaction, la mise en avant non pas du doute mais des résultats atteints. Cette comparaison, à la fois rapide et quelque peu hasardeuse, est extrêmement instructive. Elle montre que les experts de 1977 avaient de bons instruments d'analyse statistique et que certains des gaps qu'ils pointaient du doigt ont été comblés, mais, on s'en aperçoit nettement avec le recul, au prix d'inégalités accrues ou, surtout, d'inégalités davantage dénoncées et de plus en plus mal vécues. Dans le social, il y a un problème majeur de répartition des efforts consentis, un creusement exponentiel des classes sociales et des différences qu'elles véhiculent. Telle est le problème majeur d'aujourd'hui, avec, aussi, la distorsion entre la réalité et l'idée que l'on s'en fait. Si en 1977, la pauvreté était taboue, les pauvres ne se plaignaient pas, acceptaient leur sort, il n'en est plus rien aujourd'hui. Les perspectives, surtout mentales, ont été modifiées, de fond en comble.


57 millions de touristes dans les années 2000

Oui , vous avez bien lu: 57 millions de touristes au Maroc dans les années 2000. C'est ce qu'en 1977, les experts du plan envisageaient. Dans les années 70, le tourisme apparaissait dans le monde entier comme une panacée. C'était l'essor de l'Espagne, de l'Italie, et, plus probant encore, mais dont on parlait moins, de la France. Le Maroc, estimait-on, avait tout pour plaire. Sur la base d'une année, 1972, qui avait été relativement bonne et au regard des chiffres initiaux, avec 1,3 million de touristes, des analystes ont alors évalué un possible accroissement annuel de 15%.Le calcul mathématique induit donc, en l'an 2000, 57 millions… Si vous ne me croyez pas, vous pouvez le refaire… Bien entendu, il fallait un milliard de DH au moins pour construire les infrastructures et notamment édifier 37.000 lits par an. Rappelons que l'on n'a jamais dépassé ici les 3 millions de touristes, MRE inclus.Zakya DAOUD-------------------------------------------(1) N° 87 d'avril 1977.(2) Ancien rédacteur en chef de la revue Lamalif.(3) Ainsi, Casablanca avait 16.500 habitants en 1898 et 682.000 en 1952. Marrakech avait alors 215.000 habitants, Rabat-Salé, 203.000, Fès 179.000, etc. (4) Dont, sur ce total, 5 à 6 millions pour la seule ville de Casablanca, 1 million à Rabat, etc, l'accroissement urbain étant de l'ordre de 100.000 habitants par an auxquels s'ajoutaient 100.000 supplémentaires dus à l'exode rural.

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