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    Economie

    Emploi et Développement
    Mieux répartir les fruits de la croissance
    Entretien avec Robert Holzmann, expert de la Banque mondiale

    Par L'Economiste | Edition N°:2771 Le 07/05/2008 | Partager

    . Faire que la législation protège plus le travailleur que le travail . Pour que flexibilité et sécurité de l’emploi aillent de pair Spécialiste du développement humain à la Banque mondiale, Robert Holzmann anticipe l’impact des résolutions du dialogue social. Gains de productivité aidant, l’augmentation du Smig n’aura pas d’effet économique négatif. Mais du chemin reste à faire pour rendre plus flexible le Code du travail et adapter la formation au marché de l’emploi. - L’Economiste: Que pensez-vous de la manière dont le gouvernement a mené le dialogue social?- Robert Holzmann: Il est très important que gouvernement et partenaires sociaux entrent en dialogue. Et à ce titre, les autorités marocaines ont prouvé leur bonne volonté. Maintenant, et pour ce qui est du contenu des négociations, le salaire minimum aura été l’un des points les plus disputés. Normal, quand on sait que ce salaire minimum vise un double objectif d’égalité et d’efficacité. En cela, il partage. D’un côté, les salariés espèrent, légitimement, le voir augmenter pour gagner en pouvoir d’achat. De l’autre côté, les employeurs ne le perçoivent que comme poste de charge et cherchent donc à le minimiser. Entre le souci de partager plus efficacement les fruits de la croissance et le risque de dérapage du salaire minimum, le défi était de taille pour le gouvernement. Tout le challenge était de trouver un compromis entre les partis en présence. Le Maroc y est arrivé.- Qu’est-ce qui était en jeu au juste?- Principalement, la confiance des patrons. Si le gouvernement avait trop augmenté le Smig, les employeurs auraient anticipé des hausses toujours plus importantes à l’avenir. Inutile de dire que cela aurait impacté leurs décisions d’investissement futures. Le coût du capital humain devenant prohibitif, ils auraient de plus en plus préféré investir dans des machines. - Quel impact économique aura la décision du gouvernement d’augmenter le Smig de 10% sur 2 ans?- Si le niveau d’inflation actuel de 3,6% reste inchangé, l’augmentation annuelle du Smig de 5% se traduira en fait par une croissance nette de 2,6%. En principe, dans une économie performante, augmentation nette du Smig et gains de productivité doivent au moins s’équilibrer. La trajectoire d’évolution de la productivité au Maroc sur les dernières années a été correcte. Si on projette cette évolution et qu’on la rapproche des hausses attendues du Smig, on constate une bonne évolution comparée de ces indicateurs.Donc, vu sous cet angle, l’augmentation concédée ne devrait pas avoir d’effet négatif ni sur le fonctionnement de l’économie ni sur le marché du travail d’ailleurs. - Début 2007, la Banque mondiale rendait compte dans un rapport sur le climat d’investissement du Maroc de «la rigidité du code du travail». Votre critique est-elle toujours valable?- La réforme du Code du travail en 2003 a introduit plus de flexibilité. Néanmoins, la législation du travail devrait être un peu plus flexible pour convenir aux attentes des employeurs.- Qu’entendez-vous par «plus flexible»? - Le Code du travail contient des réglementations et des protections de l’individu, encore fermes. Paradoxalement, le travail reste plus protégé que les travailleurs. Ce qui manque au Maroc tout comme à d’autres pays d’ailleurs, c’est le soutien au travailleur qui perd son emploi. Les pistes à explorer sont nombreuses, à commencer par les allocations au chômage. Le tout étant d’assurer un revenu au salarié ayant perdu son emploi. A terme, et comme le prouve l’expérience de certains pays, flexibilité et sécurité finissent par aller de pair pour dynamiser davantage le marché de l’emploi. En effet, grâce à la flexibilité du marché du travail, le travailleur sait qu’il peut perdre son travail et être réembauché sous peu. Entre-temps, il perçoit des allocations chômage qui ne financent pas en fait son inactivité mais sa recherche d’emploi.- L’éducation au Maroc engrange 20% du budget, mais au final les entreprises peinent à subvenir à leurs besoins en compétences... A quoi cela est-il dû à votre avis?- Cette situation n’est pas spécifique au Maroc. Le propos aujourd’hui est de penser le système de formation de manière à ce qu’il puisse assurer une intégration effective au marché du travail. Pour cela il est capital de réaliser que tout commence à la base. Il est impératif d’avoir une formation de base assurée de manière universelle. Si ces conditions ne sont pas remplies, le reste ne suivra pas. - Quelle part de responsabilité pour l’Etat? - Le Maroc dépense relativement beaucoup d’argent pour son éducation. Mais le fait est que ce n’est pas seulement l’argent qui compte. Structure et organisation importent bien plus. Ceci étant, l’Etat peut soutenir, faciliter mais il ne peut pas décider ce que les gens doivent apprendre. II n’en serait pas capable de toutes les manières vu que c’est l’économie qui a le fin mot. Partant, la main passe au secteur privé à qui appartient de mettre en place des mécanismes de formations. Les modèles dont pourrait s’inspirer le Maroc ne manquent pas. Le Chili par exemple délivre des dotations directes aux étudiants afin qu’ils choisissent eux-mêmes leur école. Cela crée une émulation entre les différents établissements et au final c’est la qualité de l’offre d’enseignement qui s’en trouve améliorée.- Quel impact peuvent avoir les coûts non salariaux sur la compétitivité de l’entreprise?- En principe, ces coûts n’ont aucun impact, du moment que l’employeur les considère comme composante de coût du facteur travail et que l’employé perçoit leur intérêt. La situation change quand le salarié ne considère plus ces prélèvements comme un avantage. En réaction, il fait pression sur l’employeur pour être augmenté. Un impératif donc pour prévenir cela. Les programmes sociaux doivent être pensés de manière à ce que l’individu prenne conscience de leur avantage direct. Le minimum syndical étant qu’ils soient bien gérés et transparent.Propos recueillis par Réda HARMAK & Bachir THIAM

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