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    Economie

    Emploi et Développement
    Une recette Banque mondiale?

    Par L'Economiste | Edition N°:2771 Le 07/05/2008 | Partager

    . Le travail ne réduit pas forcément la pauvreté . La croissance ne régule pas les inégalités Qu’englobent les concepts d’inégalité de revenus, d’accès à l’éducation, au marché du travail, à la santé…? La polémique n’est pas près de s’éteindre sur les inégalités sociales, leur origine et les moyens d’y remédier. Des économistes de la Banque mondiale, du ministère de l’Emploi et de près de 150 pays du monde entier, réunis à Skhirat les 5 et 6 mai, ont peiné à accorder leurs violons. Bien qu’ils interprètent cette polémique dans un sens assez strict en termes d’inégalité de revenus, de consommation, de salaires, des éléments assez faciles à quantifier, les choses ne sont pas simples. Mais, pour le spécialiste du développement, de la pauvreté et de la redistribution des revenus, «il n’en reste pas moins que l’évolution des inégalités sociales peut être perçue de façon différente par chacun». Parlant d’exclusion sociale, par exemple, François Bourguignon, directeur de l’Ecole d’économie de Paris, pointe du doigt l’accès au marché du travail, les discriminations, l’inégalité devant l’accès aux infrastructures, à un environnement satisfaisant. Les statistiques suffisent-elles à évaluer la pauvreté, le revenu disponible? Là-dessus aussi, les experts présents à Skhirat pour traiter de la problématique «L’emploi et le développement», sous l’œil bienveillant de la Banque mondiale et du staff du ministère de Jamal Rhmani, ont un avis partagé, bien qu’admettant que d’énormes progrès ont été faits dans l’évaluation des revenus et du bien-être matériel des populations. Ainsi, la comparaison entre deux villes peut révéler que le salaire perçu à Fès n’a pas la même valeur réelle que le revenu équivalent perçu à Rabat. Mais là où la différence est plus nette, selon les experts, c’est dans le domaine social. «Conceptuellement, ce n’est pas très commode», met en garde Bourguignon. Car «il faudrait définir ce qu’est l’accès à un emploi correct et satisfaisant, alors que cela diffère d’une personne à l’autre. C’est très difficile à mesurer». La possibilité qui s’offre dans ce cas, c’est de faire des sondages d’opinion: c’est ce que le directeur de l’Ecole d’économie de Paris appelle être dans le domaine du qualitatif, pas du quantitatif. La démonstration de Bourguignon sur les bons et mauvais jobs est édifiante. Il met en situation une famille de 5 personnes où une seule travaille (M1) et gagne 250 dollars. Ce qui équivaut à un revenu par tête de 50 dollars. Pour le même exemple, la situation évolue et permet à deux membres de cette même famille de travailler. Mais la nouvelle donne réduit le salaire de M1 à 150 dollars et permet au second salarié de gagner 50 dollars, soit un revenu par tête de 40 dollars. Une situation qui, certes, fait progresser les statistiques d’employabilité mais aussi de la pauvreté. «Il est préférable, dans ce cas de figure, de rester sans emploi pour M2 que d’avoir un mauvais emploi», conclut Bourguignon.Parmi les sources d’inégalités, la mondialisation est incriminée. Là-dessus, les experts appellent à relativiser car «il faut voir que la réalité est plus ambiguë». Il est exact que certains pays pauvres sont encore plus pauvres et les pays riches encore plus riches. Néanmoins, d’autres pays parmi les plus pauvres il y a encore quelques années, ont au contraire énormément amélioré leur situation. C’est le cas de la Chine et l’Inde qui ont ouvert leurs économies au marché mondial. Les dernières statistiques montrent qu’en Chine, le rapport entre les exportations et le PIB dépasse désormais 25%. Alors que ce ratio n’est que de 10 à 15% aux Etats-Unis ou dans l’Union européenne. S’il est admis que cette ouverture peut créer une dynamique de croissance, elle n’est pas forcément régulatrice des inégalités. Le cas de la Chine où les inégalités se sont creusées de façon vertigineuse en même temps que s’accélérait la croissance, est emblématique. . Trappe à chômageIl ne suffit pas seulement de trouver un emploi pour espérer sortir de la spirale de la pauvreté. À partir des résultats d’une enquête de l’Institut français Insee, sur le devenir des allocataires du Revenu minimum d’insertion (RMI), des experts français ont réussi à évaluer la pertinence empirique des analyses en termes de trappe à chômage, selon lesquelles les RMIstes pourraient être, pour des raisons financières, découragés à accepter un emploi. La trappe à chômage fonctionne peu dans le cas des allocataires du RMI. Car ces derniers sont très actifs dans leur recherche d’emploi et refusent peu un job, et encore plus rarement pour des raisons financières. En revanche, soulignent les experts, ils sont confrontés à une insuffisance de la demande de travail. Ensuite, environ 1/3 des RMIstes, ayant (re)pris un emploi, n’y trouvent aucun gain financier significatif. «Bien qu’ils acceptent des emplois sans gain financier, ils en retirent pour la plupart un mieux-être». Le danger, pour les allocataires du RMI, est moins la trappe à chômage que la trappe à pauvreté, parce qu’ils occupent pour la plupart de mauvais emplois et restent très souvent confinés dans un secteur secondaire, sans transition ou presque vers un secteur primaire composé de bons emplois.


    Bouguignon tient la vedette

    François Bourguignon s’est forgé une réputation de spécialiste du développement, de la pauvreté et de la redistribution des revenus. Détenteur d’un PH.D de l’Université de Western Ontario, puis d’un doctorat d’Etat à l’université d’Orléans, Bourguignon a quitté la Banque mondiale où il était, depuis 2003, économiste en chef et premier vice-président. Il y a, en particulier, supervisé les travaux du rapport 2006 sur le développement mondial de la Banque, centré sur l’importance de l’équité. Il a été consultant pour les Nations unies, l’OCDE et la Commission européenne. Il est co-fondateur du Delta, l’un des principaux laboratoires à l’origine de l’Ecole d’économie de Paris dont il est le directeur depuis octobre 2007.B. T. & R. H.

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