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Emploi & Carrière
Lecture: Patrons, pourquoi vos collaborateurs vous détestent!

Par L'Economiste | Edition N°:2373 Le 02/10/2006 | Partager

. Dans «Je hais les patrons» (Seuil), Gisèle Ginsberg décrypte la terreur qui règne dans l’entreprise et le mépris des managers envers les «gens d’en bas»C’EST une charge d’une rare violence contre patrons et managers (cols blancs), accusés de mépriser leurs collaborateurs. «Je hais les patrons» de Gisèle Ginsberg, publié au Seuil en 2003, est une sorte de revanche des salariés d’en bas envers les «méchants» patrons et des responsables hiérarchiques qui les traitent avec arrogance au quotidien. S’il n’a pas eu le même retentissement qu’un «Bonjour paresse», l’ouvrage de Gisèle Ginsberg continue de faire parler de lui. A lui seul, le titre annonce la couleur. L’auteur de ce brûlot est une journaliste et ancienne syndicaliste. Il est parti d’une enquête auprès des gens «d’en bas» dans pour dénoncer la manière dont les managers (pas seulement les dirigeants, mais aussi des cadres) traitent les employés et les ouvriers. Même Arlette Laguiller, chef de file de l’extrême gauche en France, aurait été plus pondérée, ironisent les détracteurs de Gisèle Ginsberg. S’il y a en effet un côté excessif dans «Je hais les patrons» et beaucoup de raccourcis, il reste que de nombreux employés se retrouveront dans cette enquête. Il suffit juste de remplacer «France» par «Maroc» dans le texte, avec un moindre risque de se tromper.Tout se résume au mépris dans lequel les managers tiennent leurs collaborateurs, dans un monde où la pénibilité au travail est devenue la règle. Gisèle Ginsberg dénonce les conditions de travail et le despotisme qui règnent dans les entreprises. Le constat de cette ancienne assistante sociale est sans ambages: «contrairement à l’idée reçue, les conditions de travail se sont nettement détériorées ces vingt dernières années: pénibilité physique, tension psychologique ont augmenté considérablement». Le lot quotidien des salariés se résumerait en ceci: «peur du chômage, de la précarité, crainte de ne pas être à la hauteur vis-à-vis des nouvelles technologies et des nouvelles exigences de patrons, angoisse permanente de la contre-performance et des réprimandes et méfiance à l’égard de collègues métamorphosés en rivaux potentiels». Sur la foi des sondages, Gisèle Ginsberg soutient que les entreprises sont de plus en plus indifférentes à la carrière des employés, qui sont contraints d’évoluer dans une «atmosphère rude et moins sûre». Malheur aux exécutants, qui non seulement affrontent le mépris quotidien et l’irrespect de leur employeur mais ils doivent en outre «se la boucler».L’auteur cite l’exemple des téléopérateurs dans les centres d’appels, une activité bien connue au Maroc. Des milliers de jeunes employés dans ce secteur travaillent dans des conditions pesantes et à la limite de la robotisation. Ce sont presque des robots. Karine, 29 ans et deux ans de travail dans les centres d’appels, emprunte un pseudonyme pour témoigner par peur de représailles de son employeur: «C’est quoi ce boulot à la con?», tempête la jeune dame. On est enchaîné à notre téléphone. Au lieu d’être reconnus comme des adultes, d’être respectés, on fait tout pour nous infantiliser, constate-t-elle. La preuve, dit-elle, «on doit lever le doigt pour aller faire pipi!». Et ce n’est pas fini. Dans ces «nouveaux temples d’esclavage social», les salariés sont soumis à la «flicaille» en permanence: «on est réprimandés si on parle au collègue d’à côté, on nous parle comme à des chiens et si le nombre d’appels augmente, la pause est mise entre parenthèses». Les centres de relation-client (qualificatif plus valorisant des centres d’appels) en prennent pour leur grade. Leurs conditions de travail semblent sorties d’un vieux film de Charlot et du taylorisme des années 50 dans sa forme la plus rétrograde, accuse l’auteur de «Je hais les patrons».Le déséquilibre sur le marché de l’emploi et un chômage endémique ont modifié les rapports de force. Résultat: le management a peur et le chantage gagne du terrain dans de nombreux secteurs d’activité. «Partout l’épidémie progresse; de plus en plus, on bouscule, on accélère le tempo, vite, toujours plus vite, à n’importe quel prix».


«Le chef dit rarement merci»

ETRE officier ou quitter l’armée! Tel semble être le trait principal des relations au sein des entreprises, si l’on en croit la description que fait Gisèle Ginsberg de la manière avec laquelle l’encadrement supérieur et les patrons traitent leurs collaborateurs. «Je hais les patrons» relève ainsi une fracture entre les différentes catégories de salariés au sein de l’entreprise. Ceux d’en bas ne souffrent pas que de l’étroitesse de leur fiche de paie mais également d’un manque de considération de la part de leur hiérarchie. Patrons, DRH, directeurs, cadres supérieurs, les chefs de tous bords ne se remettent jamais en question. Il est vrai que «le chef a toujours raison», dit la maxime. Le doute n’est pas leur fort ni leur priorité, constate l’auteur de «Je hais les patrons». Dans les conventions ou les séminaires internes, ils déroulent une logorrhée verbale sans pareille où ils invoquent le dialogue, le management participatif, la communication et la transparence. Tout ce beau discours est en réalité l’inverse de ce qu’ils pratiquent au travail. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais! L’intranet de l’entreprise est inondé de «dissertations hasardeuses», une véritable langue de bois.Qu’ils soient dirigeants ou cols blancs, les chefs ont le sentiment que leur collaborateur est prêt à tout faire. Pour ajouter à la pression, tous les dossiers sont d’emblée urgents, et gare à la «pauvre» assistante qui n’aura pas sacrifier une heure sur son temps libre pour régler le cas d’urgence du patron qui, en retour, dit rarement «merci».


Morceaux choisis

. Les vrais gagnants des «35 heures»Les 35 heures, aubaine pour les uns, supercherie pour les autres.Temps libre pour les cadres mais aussi, intensification de travail pour les employés et dépendance de planification des horaires et congés vis-à-vis de l’employeur avec gel des salaires ce qui en découle des déclenchements autonomes de grève.. Il ne fait pas bon d’être syndicalisteLa grève a permis de réintégrer des licenciés ou d’améliorer le plan social certes. Mais la délocalisation demeure une menace puis une finalité. Le syndicaliste est presque l’ennemi du patron, est mis en quarantaine dans l’entreprise, son évolution professionnelle est bloquée; et ses tâches, ingrates. Les syndicalistes sont dans le collimateur des patrons. Le harcèlement moral, la discrimination et le dénigrement de compétences sont monnaie courante, et aboutissent enfin à la démission; pire, à la déshumanisation. . L’impunité gagne du terrainParmi les salariés, quelques rebelles s’insurgent, militent pour leurs droits. Or, les inspecteurs du travail se font rares. Conséquence: l’impunité des patrons qui fraudent à la législation sociale se développe. Les heures supplémentaires impayées et les fortes cadences de travail figurent parmi les problèmes encourus à cause de la sous-traitance qui emploie des populations immigrées vulnérables dans des conditions inhumaines. La précarité est ce qui les pousse à manifester leur indignation et leur colère à un système de l’emploi qui sacralise le profit et sacrifie le salarié.A. S. & W. M.

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