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Tribune

Emigration clandestine et coopération CEE-Maghreb : L'Europe doit repenser la frontière de la faim

Par L'Economiste | Edition N°:65 Le 04/02/1993 | Partager

Les candidats à l'émigration clandestine sont comme les oiseaux migrateurs Ils partent par tous les moyens, car ils n'ont rien pour vivre. Les problèmes de l'émigration, comme ceux de l'écologie, n'acceptent que des solutions transnationales. Pour arrêter les voyages de l'horreur, sur le Détroit-frontière, la coopération Europe PVD devrait se renforcer, pour fixer les populations.

Entre l'Espagne et le Maroc coule un "Boulevard maritime": le Détroit de Gibraltar. En cette fin de siècle, il est devenu une frontière contre laquelle déferlent des vagues humaines venant du Sud, pleines d'illusions, mais qui laissent leurs rêves et souvent la vie.

Le Nord entend se fermer face aux flux migratoires; le Sud y voit le passage vers une vie meilleure: un passage à franchir coûte que coûte, quels qu'en soient les risques.

En ce début des années 90, ce qu'il est convenu d'appeler "l'émigration clandestine" y est devenu un phénomène important, grave et surtout non épisodique tant ses causes sont ancrées dans le vécu, dans la réalité quotidienne et dans les représentations de l'imaginaire individuel et collectif.

Causes multiples

Parmi ces causes figure d'abord le chômage qui sévit dans les pays d'origine ou fournisseurs de main-d'oeuvre, à savoir les pays maghrébins et africains; un chômage doublé de l'inexistence d'une couverture sociale pour pallier le manque de travail et le sous-emploi. Le candidat à l'émigration est, de ce fait, convaincu qu'en Europe, même s'il n'arrive pas à trouver un emploi stable, il pourrait toujours bénéficier d'allocation de chômage souvent supérieures à ce qu'il pourrait obtenir en contrepartie d'un emploi dans son pays d'origine.

Les bas salaires et les rémunérations adaptées aux besoins constituent, notamment pour les jeunes, une deuxième cause d'incitation à l'émigration. A titre d'exemple, les émigrés obtiennent en Espagne environ 500 Pesetas par heure de travail dans l'agriculture, 4.000 Pesetas pour les travaux journaliers ou encore 80.000 Pesetas comme salaire mensuel (100 Pts = 7,822 DH).

Comparativement, cela représente cinq à six fois le salaire minimum ou le salaire versé aux débutants au Maroc. Or, ce salaire minimum étant pratiquement à peine égal, sinon inférieur, au loyer requis pour un très modeste logement, les jeunes sont incités à sauter le pas. Ne voient-ils pas, d'ailleurs, les émigrés revenir au pays au volant de grosses voitures, se marier, construire ou acheter leurs maisons...

D'autres causes évidemment peuvent être ajoutées à ces raisons matérielles. Cette fin de siècle est une période de grandes mutations qui restera certainement dans l'histoire comme une période qui a enterré beaucoup d'illusions et d'espérances en matière de changement et de partage des richesses. Elle a aussi accompagné l'émergence de nouveaux mythes fondés sur le "self made manisme" dont le mauvais corollaire est la capacité à s'enrichir à tout prix. Quoi donc de mieux que l'émigration pour ouvrir une telle perspective?

Plus, pour les régions limitrophes de l'Espagne, la télévision ajoute à la confusion. Omniprésente dans tout le Nord du Maroc, elle constitue une véritable vitrine pour ce que les jeunes espèrent atteindre. Elle exerce une fascination quotidienne au point de créer des besoins impossibles à satisfaire sur place. En revanche, pour la masse des téléspectateurs oisifs, rien ne reste plus impossible à la condition de partir. Pourquoi ne pas tenter le coup comme le montre l'image des "boat peoples" ou des émigrés mexicains qui remontent vers le Nord?

La télévision fausse également la perception du champ politique. Nombre de téléspectateurs, candidats à l'émigration ou non, en sont arrivés à connaître mieux les positions et les idées des leaders politiques ou l'actualité espagnoles que celles de leur propre pays. Il faut dire, toutefois, que la télévision marocaine n'est pas sans responsabilité à ce sujet.

Frontière contre la faim

Pour toutes ces raisons qui impliquent fuite de la pauvreté, de l'ennui et de l'oisiveté, les candidats à l'émigration clandestine par le Détroit de Gibraltar seront toujours plus nombreux. Leur nombre grossira encore sous l'effet de l'explosion démographique et par l'arrivée des candidats d'autres pays maghrébins et africains: Algériens, Mauritaniens, Sénégalais, Libériens, Zaïrois... Pour tous, les arguments sont imparables "Personne ne peut dresser des frontières contre la faim".

Dans tous ces pays, la pression démographique est, en effet, très forte. Au Maghreb, la population est appelée à passer d'ici à 2.015 de 60 à 120 millions d'habitants, avec la perspective d'une situation économique le plus souvent difficile, impliquant une forte inflation et un chômage important. C'est certainement en ayant ces données et ces causes à l'esprit que Felipe Gonzalez, Chef du Gouvernement espagnol et d'origine andalouse, a précisé que "si j'étais un Nord-Africain de 20 ans, je serais dans une de ces barques (qui traversent le Détroit). Et si je suis refoulé après avoir eu la chance d'arriver ou de ne pas me noyer, je recommencerai à nouveau le mois suivant" (El Pais Semanal, Juin 1992).

La vie à tout prix

En effet, faute de ne pouvoir parvenir en Europe normalement, les candidats à l'émigration recourent aux moyens que laisse à leur disposition l'arsenal juridique européen en matière de fermeture des frontières. En l'occurrence, il s'agit particulièrement de la loi organique relative aux droits et libertés des étrangers en Espagne (1985) qui organise la condition des étrangers et du Traité de Shenghen (1990). L'institution du visa d'entrée en territoire européen qui découle de ces deux textes mais surtout les difficultés pour l'obtenir, ont ainsi amené 12 à 15.000 personnes à franchir illégalement le Détroit. Il s'agit et pour cause de chiffres forcément estimatifs . Cependant, ils peuvent être largement corroborés par le nombre de voyages effectués entre les deux rives et estimés à 800 voyages pour les deux dernières années. Ils sont aussi confirmés par la progression du nombre d'arrestations par les autorités espagnoles qui étaient de 263 et 842 respectivement en 1990 et 1991 et qui ont atteint 1.208 détentions pour la seule ville d'Algesiras pour les huit premiers mois de 1992.

Rentabilité de l'horreur

Ces indications montrent que l'appel à l'exil est de plus en plus irrésistible, malgré tous les dangers de la traversée et peu importe les moyens utilisés; serait-ce par le moyen de barques rudimentaires. De fait, la traversée du Détroit suppose une capacité à faire face à de nombreux courants sous-marins et à des ressacs toutes sortes, susceptibles d'engloutir et d'envoyer irrémédiablement au fond. Or, aucune barque parmi celles utilisées n'est à l'abri de tels danger mortels. C'est ce qui laisse supposer et deviner un nombre élevé de mort et disparus dont chacun est en soi un drame et un deuil qui interpelle tout notre humanité. La presse qui suit les traversées est devenue à cet effet un véritable registre nécrologique. Certes, des investigations récentes on révélé les nouvelles stratégies adoptées par les passeurs qui consistent à utiliser des embarcations parfois de 6 mètres, plus sûres et pouvant servir la fois au transport des hommes et de la drogue. Mais, pour la plupart, le barques demeurent des embarcation légères de cinq mètres de long et d'un mètre et demi de large dont le prix de revient ne dépasse guère 30.000 Pesetas sauf à les sophistiquer par des moteurs hors-bord. Si, par ailleurs, on sait que chaque voyage est organisé pour 20 à 30 personnes dont souvent des ressortissants d'Afrique Noire, payant chacune entre 60 et 100.000 Pesetas, on constate vite que les opérations de passage sont extrêmement lucratives. En moyenne deux millions de Pesetas par voyage d'une nuit. A titre comparatif, un bateau de pêche de 12 mètres et une dizaine du marins à bord arrive juste à un million de Pesetas par mois dans les zones de bon rendement halieutique et à un chiffre moindre dans les zone d'émigration clandestine entre Asilah et Mellilia. Cette rentabilité de l'horreur contient tous les ingrédients pour encourager les passeurs, étendre le réseaux de l'intermédiation et développer des complicités de part et d'autre des frontières.

Réactions espagnoles

Cette situation, d'un autre point de vue, ne pouvait, de par son ampleur, laisser indifférents les pouvoirs politiques et la société civile. Plusieurs réactions se sont ainsi fait connaître. Les déclarations d'intention de la part des gouvernements, des partis politiques et d'associations européens concernés se sont succédés. Des dispositifs ont aussi été mis en place pour arrêter le flux migratoire clandestin

Des marches pacifiques à la mémoire des disparus ont été organisées. Celle de l'Association humanitaire "Algesiras Acoge" rappelle notamment que les disparus ne sont pas victimes du destin, mais de personnes qui portent noms et prénoms.

Au même titre, les positions de défenseur du peuple espagnol, Alvaro Gil Robles, sont significatives. Il a déclaré que "Nous assistons à un trafic d'êtres humains que nous pouvons pratiquement considérer comme un trafic moderne des négriers" et que les émigrés "doivent être protégés dans le cadre d'un Etat de droit, car il s'agit d'une migration économique à l'égard de laquelle il y a nécessité de faire preuve de solidarité... Les Espagnols avaient eux-mêmes quitté leur pays pour aller chercher du travail à l'étranger"

Jose Louis Corcuera, ministre espagnol de l'Intérieur, a de son côté jugé inutile l'envoi d'une vague d'immigration, soulignant que la coopération avec le Maroc était suffisante pour freiner ce phénomène. Cette déclaration a suivi le Séminaire pluriministériel franco-espagnol de Salamanque qui avait appelé les Etats du maghreb à oeuvrer à la réduction de l'émigration clandestine vers l'Europe, notamment en renforçant les contrôles aux frontières. Cet appel semble d'ailleurs avoir été bien entendu puisque, au Maroc du moins, des dispositions ont été arrêtées dans ce sens. Depuis le mois d'octobre 1992, suite à ces dispositions, le nombre des émigrés semble avoir assez significativement baissé. La surveillance des côtes est plus vigoureuse et les annonces quotidiennes des noyades et arrestations ont quitté la Une des journaux. Il faut s'en féliciter... et continuer de réfléchir et proposer les véritables solutions qu'appelle cette situation dramatique.

Il est d'ailleurs assez remarquable de relever que le ministre espagnol a, à cette occasion, lié cette question à l'avenir de l'Europe ."L'avenir de l'Europe serait menacé si un effort concerté (avec les pays maghrébins) n'était pas déployé pour résoudre le problème de l'immigration en provenance d'Afrique aussi bien que celle des pays de l'Est".

Une théorie de l'émigration globale

Cette position qui rattache l'avenir de l'Europe à l'effort de concertation avec les pays fournisseurs de main-d'oeuvre pose assez judicieusement les termes d'une théorie globale de l'émigration vers les pays riches.

En effet, du point de vue théorie, le phénomène migratoire est considéré, selon les conjonctures, par les pays d'accueil, soit comme une chance, soit comme une difficulté supplémentaire à gérer. Pour les pays fournisseurs, bien qu'elle soit source de rentrées de devises, elle constitue une hémorragie surtout lorsqu'il s'agit du départ des meilleurs, des jeunes diplômés ou de personnes dynamiques.

Cet aspect de la problématique de l'émigration, qui se solde donc par une perte en ressources humaines parmi les plus utiles pour les pays pauvres, est souvent négligé. Il a en effet surtout retenu la peur des pays riches devant le risque de multicultures et de pluri-ethnies. En fait, ce pseudo-risque ne représente-t-il pas l'une des composantes cardinales de la modernité? Car modernité n'est-elle pas d'abord ouverture, solidarité internationale, régulation et compensation, alors que la peur appelle plutôt à la fermeture des frontières, souligne le risque d'insécurité, l'atteinte à la paix sociale et l'assaut barbare contre la civilisation? En effet, que sont devenus à travers l'Histoire même moderne les Etats, les Nations et les Empires qui ont cultivé la fermeture et la xénophobie? Il ne s'agit pas d'ici de faire un cours d'histoire. Mais force est de constater que la question de l'émigration doit être au centre de la philosophie politique. Cette question n'est plus une question marginale, elle n'est plus que question de "resquilleurs".

Du côté de la rive sud, Habib El Malki, Président du Groupement d'Etudes et de Recherches sur la Méditerranée, relève à propos de cette question et de la coopération en général qu'il y a convergence sur le fait que les rapports euro-maghrébins traversent aujourd'hui une situation de crise pour trois principales raisons, essentiellement parce qu'elle évolue au gré de la conjoncture et des contingences.

Appréhensions sécuritaires

La politique méditerranéenne rénovée piétine d'abord en raison d'une approche trop globale incapable de tenir compte des spécificités locales. Elle ne dépasse pas en second lieu la démarche de la Banque Mondiale dont elle n'est qu'une "mauvaise copie". Enfin, elle ne traduit que le reflet d'appréhensions sécuritaires au sens large, c'est-à-dire englobant à la fois les réflexes de protection traditionnels, mais aussi des dimensions économiques et culturelles. C'est dire que cette démarche européenne doit être profondément repensée. Particulièrement à l'égard du Maroc qui a clairement exprimé son "option européenne" et dont l'économie est "mieux préparée" à rentabiliser cette coopération que celles de certains pays de l'Est européen.

La philosophie politique qui enseigne le dépassement des frontières grâce à la communication et aux innovations technologiques est encore aujourd'hui désarmée contre les slogans comme "Allemagne aux Allemands", "Europe aux Européens", pour ne pas multiplier les exemples. Elle est encore désarmée face à ces slogans par les discours hargneux des extrémismes de droite, par la violence des xénophobes et par le voyeurisme organisé autour de la médiatisation de la pauvreté du Tiers-Monde.

Pour le co-développement

L'une des questions primordiales qui se pose aujourd'hui à cette philosophie politique est de savoir que doivent faire les citoyens devant la pauvreté et le chômage? Se résigner ou se révolter en encourant la répression et la sanction? Partir et essayer de gagner sa vie ailleurs malgré les difficultés pour arriver? Risquer le refoulement après avoir perdu ses dernières économies ou perdre sa vie au fond de la mer ou dans le ventre d'un requin?

Tant qu'elle constituera l'unique moyen de s'en sortir et d'améliorer les conditions d'existence, l'émigration restera à terme un phénomène durable. Contre elle, servira de peu de choses la construction de "forteresses fermées" à coups de lois et de traités. Ceux qui ont faim seront toujours plus forts que les dispositions juridiques et les défenseurs des frontières. Le cas du Mexique et de Hong Kong sont à cet égard très significatifs. Au plus, peut-elle être contrôlée et endiguée à la condition d'agir à la racine, à l'intérieur des pays fournisseurs de main-d'oeuvre, en y combattant la pauvreté et les inégalités criantes.

Fixer les populations

Les populations de ces pays ont déjà des urgences dont celles d'assurer à leurs enfants le même devenir que celui que leur renvoie leur part de télévision quotidienne. Comment concilier ce besoin et l'arrêt de l'émigration? Un besoin qui n'est rien d'autre qu'un besoin de développement. Les pays riches d'Europe - par solidarité et dans leur intérêt bien compris devant l'explosion démographique à leur porte - peuvent contribuer à sa satisfaction.

Les grandes lignes d'un programme de développement en ce sens ont souvent été avancées. Il s'agit essentiellement de fixer la population locale, par la formation et l'éducation, en lui fournissant les moyens indispensables qu'exige une vie digne. Le programme est certes vaste, ses modalités de mise en oeuvre innombrables par le biais de la coopération économique, financière et technique, par l'encouragement du partenariat, du co-développement... A cet égard aussi, des mesures ont été clairement énoncées, par exemple, lors du Séminaire pluriministériel de Salamanque précité ou encore par le Conseil Economique et Social des Communautés Européennes dans son dernier avis d'initiative sur la coopération économique avec les pays du Maghreb (Septembre 1992).

Emigration et écologie

L'avis d'initiative précise les objectifs, le contenu et les instruments de la politique du co-développement entre les deux entités: des propositions précises sont avancées en matière de dette, d'adaptation structurelle, d'investissement, de recherche, de formation, de politique commerciale et de coopération financière. Reste la mise en oeuvre; c'est-à-dire l'essentiel.

En ce sens et avec beaucoup de perspicacité, certains ont comparé la question de l'émigration à l'écologie. Ils ont estimé que cette question doit être abordée dans un cadre transnational et au-delà des frontières. En effet, les oiseaux migrateurs, estiment-ils, quittent des régions dès que celles-ci sont déboisées pour des régions vertes, mais ils y reviennent après reboisement. Il en est de même pour les hommes. Les Espagnols ont quitté en masse leur pays durant la première moitié de ce siècle pour certaines régions du Maroc: Tanger, Tétouan, Casablanca, Rabat. Ils sont rentrés chez eux lorsque les conditions de vie et d'existence se sont améliorées en Espagne et ont dépassé le niveau de développement des régions d'immigration.

Pour que les candidats actuels à l'émigration restent en place et pour que même les immigrés installés retournent chez eux. il est nécessaire de coopérer à l'élaboration et à la réalisation de projets convenables susceptibles de fixer les gens chez eux.

D'une certaine façon. à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis d'Amérique n'ont pas fait autre chose. Ils ont largement contribué à la reconstruction et au développement de l'Europe. Aujourd'hui, les Européens sont bien fixés.

par Mohamed Larbi Benothmane, Professeur à la Faculté de Droit de Rabat

*Références choisies:

- J.P. Garson: Tendances des migrations internationales, OCDE, Paris, 1992 (Voir bibliographie citée).

- Habib El Malki (sous la direction de): Libre-échange: Quel avenir pour les relations Maroc-CEE, GERM, Casablanca, 1992.

- J.R. Saget: Les réfugiés économiques sont des réfugiés politiques, D+C, n°4, 1992.

- F. Zaim: La fracture du Détroit, L'Economiste, 3 Septembre 1992.

- Traités de Shengen et Mastricht.

- El Pais: Espaldas Mojadas, Morir en la frontera del Estrecho, Octobre 1992.

- Conseil Economique et Social des Communautés Européennes: Avis d'initiative, Septembre 1992.

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