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    El Kelâa des Sraghna : Examen réussi pour une cellule de création de PME

    Par L'Economiste | Edition N°:113 Le 20/01/1994 | Partager

    Les organismes de soutien à la création des entreprises prolifèrent, tambour battant. Le bilan de leurs actions reste mitigé. Une cellule d'assistance-conseil aux PME sort de la règle. Elle chiffre ses réalisations.

    A 37 ans, M. Abdelaziz El Caïdi ne cache pas sa satisfaction. Après 36 mois de travail, la "cellule" qu'il dirige à El Kelâa des Sraghna a réussi sa mission : promouvoir des affaires. En termes de chiffres, le bilan réalisé a de quoi susciter des envies : 13 petites et moyennes entreprises sont en "activité ", deux sont en "phase de démarrage", cinq ont déposé leur "dossier de crédit à la banque" et trois sont "constituées sur le plan juridique". Les entreprises en chiffre d'affaires pèsent environ 8,9 millions de DH, emploient une centaine de personnes et ont "bénéficié" d'un crédit total d'un peu plus de 6 millions de DH. Pour M. Mossadeq, secrétaire général du Ministère du Commerce et de l'Industrie, ce bilan est "suffisamment positif". Bientôt, la formule de travail devra être "appliquée" à d'autres régions, a-t-il annoncé. Sidi-Bennour dans les environs d'El Jadida et Khouribga seront les prochaines destinations.

    Le titre officiel de l'entité que gère M. El Caïdi est en réalité plus long. Il s'agit de la "Cellule d'Assistance Conseil aux PME/PMI"(C.A.C.). Cette structure a été créée par le MCI dans le cadre d'une "expérience-pilote" lancée et menée dans la province d'El Kelâa des Sraghna, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Comme son nom l'indique, la Cellule est chargée de susciter le "développement des petites et moyennes industries".

    Assurer la relève

    Côté effectif, la structure est assez souple. Elle comprend, outre M. El Caïdi au poste de directeur, un ingénieur-conseil et une assistante. Ce trio travaille toutefois avec une logistique totalement informatisée. A l'actif de la Cellule, un "guide de l'investisseur" adapté à la province d'El Kelâa des Sraghna, une banque de données, neuf études technico-économiques, des études de pré-faisabilité, des enquêtes...Au total, 200 personnes ont "sollicité l'appui de la Cellule", indique un document de la CAC.

    Au-delà de la relance des affaires, la Cellule était chargée "d'élaborer une méthodologie de travail en milieu rural pour pouvoir réappliquer l'expérience d'El Kelâa des Sraghna avec un minimum de défaillances", explique le directeur de la C.A.C. Le rapport méthodologique vient d'être bouclé. Il devra être incessamment remis au Ministère du Commerce et de l'Industrie. Pour l'heure, la "mission" de M. El Caïdi touche à sa fin.

    Il s'emploie actuellement à "former des cadres de la ville" pour assurer "la relève" de l'équipe.

    Lorsqu'en décembre 1990, M. El Caïdi débarque dans cette province "rurale et déshéritée" d'El Kelâa des Sraghna, peu de personnes arrivent à "comprendre son travail". Il aura fallu "beaucoup de conviction" à ce jeune docteur d'Etat en gestion-économie pour aplanir les difficultés de réception. Pour les promoteurs de l'expérience-pilote, le choix d'El Kelâa n'était pas, non plus, fortuit. La province vit à côté du temps, repliée sur elle-même. Son économie repose sur la céréaliculture et l'arboriculture fruitière. Côté industrie, "le tissu est encore embryonnaire". Durant les deux années qui se sont écoulées, "les habitants ont beaucoup souffert du fait de la sécheresse", raconte le chef d'une agence bancaire. Il ajoute: "les familles vivent grâce au soutien de leurs fils, émigrés pour la plupart en Italie". Selon des banquiers de la place, les apports des RME représentent plus de 60% de l'économie d'El Kelâa.

    Du bois et des olives

    C'est dans ce contexte que M. El Caïdi devait entamer sa mission. "Il s'agissait d'identifier des promoteurs et des projets porteurs en fonction des potentialités de la province et de fournir une assistance personnalisée et directe", explique-t-il.

    M. Saïd Farih, 26 ans, fait partie de ces promoteurs soutenus par la Cellule. Lauréat de l'ITA de Settat, il gère actuellement une menuiserie industrielle. Le montant de l'investissement s'élève à 140.000DH financé à hauteur de 90% par crédit jeune promoteur, octroyé par l'agence de la Banque Populaire. M. Farih s'est initié, grâce à la Cellule, aux rudiments de la gestion et de la comptabilité. "M. El Caïdi nous a permis d'ouvrir plusieurs portes", note-t-il. C'est également l'avis de M. Mohammed Ouzif, 36 ans, ingénieur en chimie et administrateur-délégué d'Agmos, conserverie d'olives implantée dans la zone industrielle aménagée. L'assistance de la Cellule aux dirigeants d'Agmos était plus affinée, notamment sur le plan du montage financier du projet (6,5 millions de DH) où il aura fallu tirer avantage des produits de la BCP, de Bank Al Amal et du fonds de garantie de l'USAID. "La Cellule a facilité le travail des banquiers au niveau de l'octroi des crédits d'investissement. Si M. El Caïdi part, la ville va le regretter", confie un banquier

    Abdelkhalek ZYNE


    Brainstorming sur la promotion d'entreprises

    "L'argent existe. Ce sont les promoteurs qui n'existent pas". C'est en substance l'idée majeure qui a surgi lors d'un débat engagé en marge du séminaire de formation, tenu à El Kelâa des Sraghna sur la PMEI. Délégués du Ministère du Commerce et de l'Industrie, cadres des CCI et animateurs du séminaire ont confronté leurs expériences en la matière. La présence, à titre personnel, d'un banquier, a été une occasion pour sauver le débat des éternels clichés avancés par les jeunes entrepreneurs : "les banques ne prêtent pas" ou "les banques ne prennent pas de risques". Au même titre, la présence de M. Abdelaziz Slaoui Andaloussi, chef du Département d'Assistance internationale aux PME/PMI à l'ODI. a permis à l'assistance de mieux cerner "l'approche promoteur". M. Slaoui est actuellement détaché en Guinée où il supervise depuis 6 ans l'exécution d'un programme de promotion des PME dans ce pays. Pour une raison ou une autre, le chapitre sur le Crédit Jeunes Promoteurs a focalisé l'essentiel des discussions. Dans son sillage, les rapports entre banquiers et entrepreneurs ont été abordés.

    Des escrocs de tout genre

    S'il est un fonds bancaire qui véhicule le plus l'idée de "promotion" des PME, c'est bien le Crédit Jeunes Promoteurs. Cette impression s'est largement vérifiée lors des débats. S'appuyant sur les statistiques du GPBM, M. Mustapha El Jai, cadre bancaire, a révélé que, tout compte fait, le 31 décembre 1992, 3.522 autorisations ont été octroyées aux jeunes promoteurs pour un montant global d'investissement d'environ 1,6 milliard de DH. Les banques ont consenti des prêts totalisant près de 353 millions de DH. Mais autant l'espoir était grand dans cet instrument de crédit, autant la déception est forte. Le montant des échéances impayées s'élève à 7,4 millions de DH. Par secteur d'activité, les lauréats de la formation professionnelle et autres viennent en tête des mauvais payeurs avec un total d'échéances impayées de l'ordre de 2,8 millions de DH, suivis de tout près par le corps des professions libérales (2,7 millions de DH). Sur le chapitre des impayés, les histoires abondent. Le produit semble avoir attiré toutes sortes d'escrocs et de faux entrepreneurs. Dans certains cas, le jeune promoteur abandonne purement et simplement l'entreprise après l'avoir lancée. "Dans ma ville, il existe un promoteur qui a fermé boutique dès qu'il a trouvé un travail salarié à Casablanca", s'indigne le directeur d'une Chambre de Commerce. Un autre intervenant révèle que dans sa localité un jeune promoteur "est parti en Italie puis n'a plus donné signe de vie". Un autre participant souligne que de jeunes promoteurs ne veulent pas payer les traites car "ils s'attendent à en être exonérés". Le crédit est perçu ainsi comme un don. Les cas d'escroquerie avec mauvaise foi abondent aussi. Les connivences entre promoteurs et fournisseurs d'outillage en sont un exemple avec en toile de fond des factures d'achat falsifiées. Le montant du crédit est mobilisé pour d'autres dépenses, souvent personnelles (acquisition d'une voiture, mariage, loisirs...).

    Dans un document du GPBM, il est indiqué que les raisons des impayés se rapportent à une dizaine de causes dont notamment la mauvaise gestion, le désaccord entre les associés, la disparition ou le décès des promoteurs et la conjoncture défavorable.

    A un moment du débat, l'assistance se demandait "si le pays dispose ou non de vrais promoteurs, qu'ils soient jeunes ou non ". Pour M. Slaoui, la "méconnaissance des promoteurs" et "l'absence de mécanisme d'assistance technique" sont derrière les cas d'échecs du Crédit Jeunes Promoteurs. "Il faut, avant de mobiliser des crédits, chercher de vrais entrepreneurs", souligne-t-il. Et d'ajouter : "le banquier n'est qu'un élément du projet d'une PME ; il n'est pas le projet". Le promoteur concentre son effort sur le financement et néglige les autres composantes d'un dossier d'investissement, comme les volets technique et commercial du projet. L'importance de l'étude de faisabilité dans un dossier a été, à maintes reprises, rappelée par les consultants du cabinet-conseil Prometude. Or, il existe toujours des promoteurs qui viennent voir les banquiers "les mains vides "

    A. Z.

    (1) Le Ministère du Commerce et de l'Industrie a organisé du 13 au 15 janvier à El Kelâa des Sraghna un séminaire de sensibilisation et de formation en matière d'assistance/promotion des PMEI. L'organisation a été confiée à Prometude. un cabinet de conseil en investissement.


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