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El Jadida: Haro sur les fraudeurs dans un souk de céréales

Par L'Economiste | Edition N°:1787 Le 10/06/2004 | Partager

. A souk Sebt Douib, des commerçants trafiquent leurs instruments de pesage. Des tricheurs épinglés suite à une visite inopinée des agents de la répression des fraudes C’était l’effervescence à Sebt Douib (20 km au sud d’El Jadida) samedi dernier comme à l’accoutumée dans tous les souks hebdomadaires. Les étals variés attendent les cultivateurs qui viennent des Douars et villages voisins. Les visiteurs du milieu rural parcourent des dizaines de kilomètres pour venir au Souk. Des citadins s’y déplacent aussi, mais plus pour faire folklore. Pour les ruraux, c’est plus sérieux car devant faire leurs emplettes de la semaine. Ils viennent aussi pour se faire un revenu. Durant l’année, c’est la vente de bétail, de la volaille ou encore plus modestement des œufs qui permettent d’avoir des recettes. Mais actuellement, c’est la période de la moisson. Et c’est naturellement la Rahba (grande place) des céréales qui connaît donc la plus grande animation. Les agriculteurs de la région s’y rendent très tôt le matin pour vendre au moins une partie de leur récolte. Ils transportent une partie de leurs biens dans des charrettes ou dans les baudriers de leurs ânes. Les transactions céréalières commencent dés l’aube car les agriculteurs ont besoin d’argent le matin pour faire ensuite leurs achats en produit de premières nécessités. Les commerçants et les intermédiaires céréaliers ambulants les attendent au tournant pour acheter leur blé au kilo. Ils sont plus nombreux cette année car le rendement de la saison agricole a été particulièrement favorable. Depuis le 15 Mai, plus de 400.000 quintaux des céréales ont été commercialisés, selon des sources officielles. C’est l’équivalent du chiffre réalisé durant toute une campagne pour les années précédentes. Les commerçants occupant un espace non négligeable du souk ont apporté avec eux leurs instruments de pesage. Pour l’achat, la balance romaine est de rigueur pour les gros poids. Pour la vente, on utilise volontiers le double décalitre. Un double décalitre peut contenir près de 12 kilos de blé. Entre les étals de blé tendre, blé dur, d’orge ou de maïs, circulent les «Abbaras» (peseurs). Des «Hammalas» aussi (transporteurs) avec un sac en plastique sur la tête offrent leurs services. Les sacs en jute, plus onéreux, ne sont plus utilisés depuis longtemps. Le souk de samedi dernier a coïncidé avec une visite inopinée de 3 agents de la répression des fraudes à la Rahba des céréales. Les agents se sont au préalable concertés sur la stratégie à adopter pour surprendre les commerçants fraudeurs. Pas question de se faire escorter par des agents des forces de l’ordre pour ne pas se faire repérer. Les inspecteurs se sont dispersés pour se faufiler entre les étalages de la Rahba et les agrégats des céréales et quelques légumineuses. Seules les fèves sèches sont disponibles en cette période de l’année. Ces fèves intéressent des vendeurs ambulants qui les font bouillir pour les vendre assaisonnés au cumin et au sel dans des centres urbains. C’est le «Tayb ou Hari » qui veut dire cuit et tendre. Les agents de la répression des fraudes se sont arrêtés mine de rien devant un gros commerçant. Atteste de son importance, son camion est stationné derrière lui. Sa balance romaine rutilante neuve siége en face de ses nombreux gros sacs en plastique pleins de céréales. Assis sur un coussinet bien plat à même le sol, le commerçant est bien calé très près de sa balance. Il est entouré des Abbaras et des Hammalas. Les agriculteurs arrivent avec des sacs en plastique plus ou moins pleins pour les déposer sur la balance. Un sac à peine déposé pour la pesée que le commerçant manipulant avec dextérité les mécanismes, lance à la cantonade: «101 kilos». C’est à peine que le vendeur se penche pour vérifier que les hammalas armés de crochets en fer ont vite pris le sac pour le balancer derrière. C’est au moment de saisir le sac que les agents de la répression des fraudes interviennent, plongeant presque pour attraper le sac avant qu’il ne disparaisse. Les inspecteurs demandent au commerçant de répéter lentement l’opération de pesage. Ils se font connaître en présentant leurs cartes officielles. Le commerçant décontenancé éloigne ses pieds repliés de la balance. On apprendra plus tard qu’il se sert de ses pieds afin de bloquer les mécanismes de la balance pour tricher sur le poids. Les Abbaras et les aides se sont tenus à distance. Les Hammalas ne se sentaient pas concernés. Après tout, leur rôle est de transporter les sacs sur le dos. L’opération de pesage recommencée montre 1 kilo seulement de moins. «On soustrait des kilos car il faut tenir compte des impuretés», explique le commerçant. «Ce n’est pas légal», lui rétorquent les agents. Ces derniers pensent que l’acheteur a flairé leur présence et a commencé à retirer son pied qui faussait le pesage. Pas complètement car même avec un seul kilo, il sera verbalisé. Les agents demandent au commerçant de soulever la bascule de la balance pour vérifier l’état des mécanismes. Aucune arrestation, les agents demandent simplement la CIN du commerçant pour enregistrer ses références. On demande aussi comme renseignements son affiliation parentale. Des agriculteurs qui venaient vendre leurs produits étaient interloqués. Ils ne comprennent que vaguement que cette campagne de répression est faite pour les protéger. Le deuxième céréalier contrôlé vendait du maïs. Les agents ont repéré les aspects d’un double décalitre suspect. C’est après son remplissage que les agents interviennent pour le saisir. Il était clair qu’il avait été manipulé car le double décalitre avait un faux fond. Pour s’assurer, les agents procèdent par comparaison avec un autre instrument de même nature. La pesée se fait ensuite dans une balance romaine. Le double décalitre saisi présentait plus de 2 kilos de différence par pesée. Ce double décalitre trafiqué fait perdre 18 kilos environ pour chaque quintal. Le vendeur de maïs affirme que le récipient appartenait à un Abbar qu’il ne connaissait pas. Le double décalitre saisi comme pièce à conviction n’avait, comme par enchantement, plus de propriétaire. Ce n’est que sous la menace de se faire conduire au bureau du Caïd en présence de l’Amine (Garant et sorte de représentant des céréaliers) et après une demi-heure de palabres que le commerçant a sorti sa CIN. Cette dernière toute froissée et déchirée des rebords est périmée depuis 1997. Mais elle permet d’avoir des renseignements sur le commerçant avec cette fois l’Amine comme garant. «On a perdu trop de temps avec ces 2 céréaliers et la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans la Rahba», commente un inspecteur. Les Abbaras ont camouflé leurs instruments dans différents endroits, quitte à les jeter à l’arrière d’un camion, dit l’Amine. «Les «voleurs», entendons par là, les fraudeurs, et qui sont des céréaliers saisonniers préfèrent maintenant déserter l’endroit et les mécanismes des balances ont été réajustés», ajoute-il. Les fraudeurs se déplaceront pour commettre leurs méfaits dans d’autres souk. D’autres ont carrément préféré arrêter leurs négoces plutôt que de risquer de se faire prendre. Les inspecteurs poursuivent l’opération de contrôle sans grande conviction car ils savent qu’ils sont désormais «repérés». Des commerçants se font même à l’occasion «indics» pour dénoncer d’autres pratiquants. Mais une heure a suffi pour que tous les marchands de la Rahba soient désormais sur leurs gardes. On aurait aimé une présence quotidienne des agents de la répression des fraudes, commente un commerçant céréalier qui affiche son honnêteté. Les tricheurs portent préjudice au métier, se désole-t-il. Depuis que les opérations de contrôle sont devenues plus incisives, les constats d’anomalies sont devenus moins alarmants.


Peine d’emprisonnement

Les fraudeurs dans les instruments de pesage selon la loi 13/83 sont punis d’une amende variant entre 1200 DH et 24.000 DH. Ils sont aussi punis d’une peine d’emprisonnement pouvant aller de 6 mois à 5 ans. Selon la loi, sont considérées coupables, les personnes qui trichent sur la substance ou la quantité de la chose pesée. L’année dernière, les agents de la répression des fraudes ont réalisé 236 opérations de vérifications des instruments de pesage. Les fraudes constatées varient entre 1 et 15 kilos par pesée. Pour éviter de passer par des intermédiaires ou grossistes fraudeurs, «les agriculteurs gagneraient en s’organisant en coopératives des céréales», explique un spécialiste du domaine. La vente en commun permet non seulement de ne pas se faire avoir au pesage mais permet également en évitant les intermédiaires de gagner sur les prix. Car les intermédiaires prélèvent une marge qui varie entre 25 et 35% en période de sécheresse. Des intermédiaires se sont installés dans des points tout près des douars pour se rapprocher des agriculteurs qui vendent leurs produits sur place.


Des inspecteurs se font tabasser

La mission des agents de la répression des fraudes est délicate. Ces inspecteurs sont parfois agressés par les contrevenants. Ils se font insulter par des mots vulgaires. Il est bien périlleux d’obtenir l’identité d’un Abbar contrevenant. Par exemple, un agent a reçu un coup violent sur le dos à l’aide d’un madrier en bois qui servait à soutenir une tente. Un autre a esquivé de justesse un kilo déplombé. «Nous traitons des fois avec des gens brutes et nous risquons à tout moment le passage à tabac», commentent les inspecteurs. Ces derniers sont obligés malgré tout de travailler dans la discrétion totale pour atteindre les objectifs et mettre fin aux pratiques des malfaiteurs d’un genre ignoré du grand public. Ceux qui entravent les inspecteurs dans l’exercice de leurs fonctions risquent une peine d’emprisonnement de 3 mois à 1 an assortie d’une amende variant entre 200 et 6000 DH. La peine peut également s’aggraver en cas de récidive ou de délit grave. A noter que les agents de la répression des fraudes dépendent du ministère de l’Agriculture. Mais, ils communiquent leurs rapports sur les infractions directement au procureur du Roi. Les fraudeurs sont convoqués par la suite au tribunal. -Tous les moyens sont bons pour voler quelques kilos. Le double décalitre (posé sur le sac de blé, comme l’indique la photo) est trafiqué en y ajoutant un faux fond. Quant à la balance romaine (en arrière-plan), les trafiquants arrivent à manipuler le mécanisme pour tricher sur le poids-M. R.

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