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Déconvenues professionnelles: Des salariés se tournent vers les médias

Par L'Economiste | Edition N°:1555 Le 07/07/2003 | Partager

Licenciement ou harcèlement moral, les salariés sollicitent régulièrement les journalistes pour obtenir un soutien qu'ils ne trouvent plus dans le monde du travail. Elle a décroché son téléphone et appelé Libération. “Je ne supporte plus la façon dont mon chef traite mes collègues. Il s'en prend aux jeunes femmes qui, en situation précaire, n'osent pas lui répondre. Il en profite pour les harceler par mail ou les chronométrer quand elles vont aux toilettes. Souvent divorcées, en charge d'enfants, elles sont vulnérables, se font castagner sans rien dire. Elles ne savent plus se syndiquer”. Révoltée par ce qu'elle observait sur son lieu de travail, Laurence, cadre de 48 ans dans la publicité, n'a interpellé ni les syndicats, quasi inexistants dans son entreprise, ni sa hiérarchie. Après avoir tenté vainement de joindre l'inspecteur ou le médecin du travail, elle a appelé un journaliste. “Il est un peu comme un vengeur masqué, dit-elle. Il défend les salariés humiliés. Quand on fait appel aux médias, cela veut dire que la société va mal”.. Crise des médiationsLicenciement abusif, pressions, surmenage, dégraissage d'effectifs, les salariés confient régulièrement leurs déconvenues professionnelles à des journalistes. Difficile de chiffrer le phénomène mais télés comme journaux reçoivent appels et courriers. “Je suis sollicité deux à trois fois par semaine, explique une journaliste d'un quotidien national. Les gens nous interpellent en dernier recours, quand ils ne savent plus vers qui se tourner. C'est révélateur d'une méconnaissance totale de leurs droits”. Ils espèrent un article ou une émission télé qui résoudra leur cas personnel, ou au moins dénoncera les pratiques de leur employeur. Les journalistes leur conseillent plutôt de régler leur différend au sein de l'entreprise que par médias interposés.Mais, avec la médiatisation du harcèlement moral il y a cinq ans et l'augmentation des licenciements individuels, les appels ont redoublé. Certains avocats suggèrent même à leurs clients de contacter un journaliste pour appuyer des accusations de harcèlement. Cet emballement s'est nourri de la souffrance au travail et d'un isolement grandissant. Pression, sentiment de dévalorisation ou manque de considération, un même discours, comme fabriqué dans un seul moule, est fréquemment formulé aux psys, souligne Marie Romanens, psychiatre-psychanalyste(1): “Autrefois, il était rare que des patients me parlent longuement de leurs problèmes professionnels, dit-elle. Depuis une douzaine d'années, c'est devenu courant”. Les mêmes propos sont à peu près déversés aux journalistes par des salariés esseulés. Les inspecteurs du travail sont souvent injoignables, les prud'hommes embouteillés. Les syndicats, eux, ont du mal à saisir ces aspirations faites d'intime et de ressorts psychologiques. Et les supérieurs hiérarchiques ont moins le temps d'encadrer. “Il y a une crise des médiations, estime Jean-Pierre Le Goff, sociologue du travail. En cas de conflit, hiérarchie et syndicats jouent moins leur rôle d'intermédiaire face à des directions qui développent, elles, des rapports individualisés. De l'autre côté, les individus ont un apport ambivalent au collectif. Ils sont plus vigilants et critiques sur toute forme d'engagement, mais, au moindre problème, ils sollicitent ce collectif, non comme un membre de ce groupe, mais dans une logique individualiste de client-roi”.Pourquoi alors ne pas interpeller les médias qui, eux, s'adressent en priorité à ce client-roi? Promettant aide et soutien personnalisés, certaines émissions télé ne cessent d'inciter ce déballage intime, avec récits et catastrophes individuels. Illusion thérapeutique de la petite lucarne, l'individu espère l'intervention magique d'un journaliste ou d'un animateur qui trouverait une solution au conflit. “Le passage dans les médias donne un surcroît de force et de légitimité à une critique, estime Stéphane Arpin, sociologue, spécialiste des nouvelles formes de travail. C'est un moyen d'arrimer cette critique au-delà des lieux de travail et d'armer des salariés accusés parfois de paranoïa”. Au lieu de tourner à vide, la dénonciation trouverait ainsi un écho, tout en réconfortant le salarié blessé.


Attirer la caméra

Même collectivement, des syndicats ont compris l'intérêt de médiatiser un conflit. Combien de personnes ont perdu leur travail, avec un patron en fuite ou quasi invisible, dans des groupes de plus en plus mondialisés? En l'absence d'interlocuteur à qui réclamer son dû, on organise des opérations spectaculaires pour attirer une caméra. “Dans les nouvelles organisations du travail, les intermédiaires entre les salariés et les dirigeants que pouvaient être les petits chefs ou les syndicats ont été substitués par ce que j'appellerai des forces extérieures, c'est-à-dire notamment la mondialisation qui est utilisée à grand renfort d'arguments économiques, analyse Damien Cartron, sociologue au Centre d'études de l'emploi. Comment alors se confronter ou se révolter contre des forces qui ne font pas partie de l'entreprise”?Cécile DAUMASSyndication L'Economiste-Libération (France)-----------------------------------------(1) Auteur de Maltraitance au travail, Desclée de Brouwer, 2003.

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