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    Politique Internationale

    Des vedettes sur 2MI : Samira Bensaïd dérange, Tayeb El Alj rassure

    Par L'Economiste | Edition N°:22 Le 26/03/1992 | Partager

    Samira Bensaïd sur 2MI est harcelée pour son abandon du dialectal marocain, et Tayeb El Alj reçoit un hommage pour lui avoir donné droit de cité. Au delà du débat culturel, ce sont des générations, des styles de vie, de promotion de l'art qui ont été mis en opposition.

    Quand Mireille Mathieu chante dans un japonais approximatif qu'elle ne comprend pas, les Français exultent: c'est le marché nippon qu'ils ont forcé. Quand Julio Iglesias chante en français, en anglais, en allemand, et aussi en japonais, c'est l'Espagne qui part à la conquête du monde, qui marque sa présence parmi les grandes nations industrialisées. Personne ne pense à les qualifier de traîtres à leur patrie.
    Quand Samira Bensaïd chante en dialecte égyptien, elle soulève toutes les indignations: plus des 3/4 de l'émission "Face au public" consacrée Jeudi 19 Mars à la chanteuse était un acte d'accusation, un procès pour bilinguisme, ou du moins pour "bidialectisme" car l'égyptien ou les parlers du Golfe sont de l'arabe tout autant que le dialecte marocain. Samira ne s'est pas laissée démonter parce qu'elle a fini par appeler une "boucherie", avec un profond soupir, et un large sourire.
    Le hasard de la programmation a voulu que, deux jours plus tard, 2MI rende un "Hommage" à Taïyeb El Alj, promoteur du dialecte marocain, qu'il était honteux de parler sur les scènes de théâtre il y a 40 ans. Taïyeb El Alj a introduit ce dialecte par un rôle de domestique au théâtre, qu'il a joué par hasard, puis lui a donné droit de cité par ses 300 pièces et ses dizaines de poèmes.
    Les détracteurs de Samira Ben-saïd auront compris, que le grand défenseur de "l'authenticité culturelle marocaine" a bâti son succès sur l'ouverture, traduisant Molière, Jules Romains et Labiche.
    La langue et la culture n'étaient peut être qu'un prétexte, au procès de la réussite, du succès affiché, de l'art porté à la dimension commerciale. Car Samira a réussi sans subvention et à l'export de surcroît. Elle affirme avoir choisi le Caire car c'est là que les structures de production existent, de là que partent les circuits de distribution, que se trouvent les entrepreneurs de la musique et du spectacle. De là, Samira a conquis les marchés extérieurs, et au passage le marché marocain. Un vrai chef d'entreprise, comme il en existe d'autres de sa génération dans la confection ou la décoration.
    Taïyeb El Alj a réussi sur un marché intérieur balisé, protégé par des barrières linguistiques où l'humour est un produit de base et où Jeha, heros de 43 pièces, une valeur sûre.
    Sur le plateau, Maâti Benkacem, Fouiteh et Mezgueldi, personnages rondouillards, vêtus de djellabas "amis" de longue date, multipliant les accolades ont donné la touche affective et familiale à l'émission et Taïyeb El Alj allait recueillir tous les suffrages par sa nature bonhomme, le passé "pépère", l'ère de certitudes des premières années d'Indépendan-ce, qu'il évoque.
    Samira Bensaïd propulsée dans les années 75/80, celles des remises en cause les plus dures, sur la famille, le mariage, la féminité, déran-ge, au contraire. Elle a émigré seule, vers l'Orient, sans tuteur mâle, pas même le légendaire Abdenbi Jirari qui aurait pu continuer de veiller à sa vertu en même temps qu'à sa carrière. Le public présent ne lui pardonnera pas cet écart. Du coup, il y a Samira "d'avant l'émigration", celle qu'il fallait hisser sur un tabouret pour chanter à la TVM et qui rassurait les familles et Samira "d'après l'émigration", piètre exemple pour les jeunes filles. Surtout qu'elle a réussi et qu'elle fait des émules surtout
    Samira épouse des étrangers: pire encore, elle arrache Baligh Hamdi, puis Hani Mhanna à leurs épouses légitimes. C'est la rivale, jalousie par toutes, adulée en secret par tous, surtout qu'elle chante. Non une féminité soumise mais conquérante (Mouch At Nazil Anak abadan, Chahrazad ...).
    Naïma Samih est finalement la référence, préférée à Samira Bensaïd, non qu'elle chante mieux, mais qu'elle est touchante, victime comme se doit de l'être une femme, d'un divorce avec un enfant sur les bras. Samira Bensaïd n'est victime de rien.
    Taïyeb El Alj, sur ce registre est des plus rassurants, n'a jamais aimé que sa mère et sa femme, pour qui, il a composé les meilleurs poèmes, inédits.Il est un personnage de ce qu'on appelle le paysage culturel, et pénètre naturellement dans les foyers.
    Quant à Samira Bensaïd, si elle déclenche l'agressivité, c'est que le public estime qu'il a droit à la juger, à l'interroger sur sa vie privée. Un sentiment d'appropriation de la vedette qui trahit l'intérêt qui lui est porté. Samira a finalement impressionné par sa maîtrise de soi, son charme juvénile et ses connaissances d'Arabe classique.

    K. B.

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