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    Economie

    Déchets urbains: le poids et la valeur des ordures

    Par L'Economiste | Edition N°:31 Le 28/05/1992 | Partager

    Les déchets s'accumulent. De plus en plus, de nombreuses villes au Maroc se trouvent confrontées au problème de leur élimination. Un certain nombre de solutions peuvent être envisagées, l'incinération, les rejets dans la mer ou le recyclage. Des études sont en cours(1) .

    Il faut que vous preniez un jean et des bottes et que vous alliez sur la décharge à l'arrivée des camions. Ca n'a rien d'une visite touristique, mais c'est indispensable", dit M.Ladret, ingénieur en chef à la Direction Générale des Collectivités Locales, qui conseille d'aller voir ce qui se passe concrêtement sur le terrain. Au Maroc, où nous n'avons pas le problème des emballages qui préoccupe tant la France, on cite souvent le chiffre de 0,65kg de déchets par habitant et par jour à Agadir, 0,55kg à Rabat, 0,50kg à Oujda, moins de 0,40kg à Marrakech et 0,80kg à Casablanca. Les différences sont assez sensibles suivant les habitudes de consommation. Le taux de collecte varie aussi probablement suivant les prélèvements avant l'arrivée à la décharge.

    A titre de comparaison, chaque Français produit en moyenne 1kg d'ordures ménagères par jour, dont 30 à 40% d'emballages. Pour contenir ces ordures rejetées en un an par l'ensemble des Français, il faudrait une poubelle quatre fois plus grande que la Tour Eiffel. Leur poids, 18 millions de tonnes, représente plus de 2.000 fois celui de la Tour.

    750.000 tonnes de déchets par an

    Chaque casablancais produit donc 800g par jour de déchets, ce qui représente 200 tonnes par jour et 750.000 tonnes par an. En une quinzaine d'années, cela représente plus de 11 millions de tonnes et 20 millions de m3 remués."Même si le tas se réduit aux environs de 13 millions de m3 après que la teneur en eau ne soit abaissée (de 70% à 40%), c'est énorme", explique M. Ladret.
    "Cela représente plus que le volume des terrassements de l'autoroute Rabat-Tanger", ajoute t-il.
    Concernant la nature des déchets, la différence avec les villes européennes est plus grande. Compte-tenu des habitudes de consommation des légumes frais et des circuits de récupération-recyclage, les ordures ménagères marocaines à leur arrivée à la station sont essentiellement constituées d'épluchures et de quelques sacs en plastiques. A l'usine de traitement des ordures ménagères de Salé, les analyses ont montré que les déchets comprennent près de 70% de matière organique et 70% d'eau. C'est pourquoi l'incinération qui se développe en France n'est pas encore à l'ordre du jour au Maroc. Cependant, il est certain qu'avec les nouvelles formes de distribution commerciale, la composition des ordures ménagères change. Toutefois cette évolution serait très lente.

    A rebours du cycle

    Quelles seraient en conséquence les mesures à prendre dans certaines villes pour "améliorer les choses"? Il est tout d'abord nécessaire de rappeler que la Charte Communale de 1976 attribue à la Commune la responsabilité de l'assainissement solide et liquide. La démarche entreprise, au niveau des ordures ménagères, s'effectue dans les faits à rebours du cycle des ordures et part de la décharge pour remonter ensuite vers l'amont à la collecte.
    Le premier stade des démarches engagées concerne le choix du site de la décharge qui est "l'aboutissement de tout projet d'assainissement solide".

    Une fois le choix arrêté, vient l'aménagement et la gestion de cette décharge. L'aménagement de la décharge doit permettre son fonctionnement permanent, "c'est-à-dire par tout temps et même avec une panne d'engin, tout en contrôlant et en maîtrisant les nuisances sur l'environnement". Le plan de gestion, quant à lui, en est le complément indispensable.
    Concernant la collecte, plus spécialement les matériels de collecte, certaines communes qui le peuvent s'équipent de véhicules spécialisés, "qui ont le gros avantage de ne pas redistribuer en route le produit de cette collecte", souligne M. Ladret. Quelques municipalités se préoccupent aussi de s'approvisionner en matériels adaptés à la collecte dans les ruelles de médinas. D'autres envisagent la collecte à partir de containers ou de sacs.

    Toujours au niveau de la chaîne d'élimination des ordures, se pose le problème de l'entretien des véhicules spécialisés. Ainsi, une étude a montré que par suite des pannes de ces véhicules, leur taux d'immobilisation peut atteindre 30%. Il s'en suit alors une surutilisation des autres véhicules, qui eux aussi tombent en panne. On doit donc recourir à la location de véhicules occasionnels, ce qui entraîne de nouvelles dépenses. L'idée préconisée, dans ce cas, est donc d'équiper un ou plusieurs ateliers spécialisés chargés du suivi et de l'entretien périodique des véhicules.

    Dans la foulée, les centres de transfert constituent également un autre moyen de réduire l'immobilisation des matériels de collecte et permettent "d'améliorer la collecte sans augmenter le prix final", précise M. Ladret. Ainsi, lorqu'une ville, comme Casablanca ou Rabat, atteint une certaine taille, les lieux de traitement et de stockage se trouvent éloignés des lieux de collecte. Dans ce cas, la création d'un certain nombre de centres de transfert aux abords ou dans l'agglomération permettront d'éviter un transport final lent et coûteux. Ces centres recevront les petits véhicules urbains dont le contenu est transféré sur des camions grands porteurs. L'exploitation de l'usine de traitement devient alors plus facile "sans un flot continu de petits véhicules".

    Valoriser les ordures

    Enfin, une étude de marché potentiel de compost qui permettrait de valoriser les ordures ménagères de Casablanca a été réalisée et à partir de laquelle il peut être envisagé, dans un premier stade, de construire une usine de traitement à El Jadida en utilisant les ordures de cette ville. Dans une seconde phase, il est éventuellement prévu une usine à Casablanca qui aurait une capacité de départ de 200 tonnes par jour. Cette étude "met en compétition le compost avec les déchets organiques provenant des exploitations agricoles de la zone d'influence des usines envisageables". Cette étude met, par ailleurs, l'accent sur l'absence d'expérimentation à caractère agronomique sur le compost au Maroc et de vulgarisation auprès des utilisateurs potentiels. Certaines études réalisées ont conduit à des propositions chiffrées pour la construction d'une station de compostage, notamment pour la ville d'Agadir où le marché de la matière organique est énorme dans la région du Souss. Les dossiers d'appel d'offres ont été remis à la municipalité de la ville. Le montant des travaux est estimé à 23 millions de DH.

    M.O.

    (1) Séminaire sur le thème "Déchets urbains: de la collecte au traitement", organisé les 12 et 13 mai par l'Ecole Hassania des Travaux Publics en collaboration avec la Direction Générale des Collectivités Locales du Ministère de l'Intérieur.

    Les expériences françaises

    Le Ministre de l'Environnement français, Mme Ségolène Royal, a présenté le 5 Mai 1992 un projet de loi sur l'élimination des déchets. Ce plan d'ensemble préconise l'interdiction stricte de la mise en décharge sans traitement préalable d'ici 2002, la fermeture, d'ici dix ans, de 6.700 décharges qui accueillent aujourd'hui les ordures ménagères et les déchets industriels "banals", ainsi que l'instauration d'une taxe sur les déchets déposés dans les décharges.
    Devant la progression des volumes de déchets mis en décharge, le gouvernement a donc décidé d'engager une politique ambitieuse reposant sur deux principes: il faudra traiter tout ce qui peut l'être et ensuite payer pour la mise en décharge des résidus.

    A l'heure actuelle, on valorise en France environ 35% des ordures ménagères, par compostage ou par incinération avec récupération d'énergie (ce qui permet d'économiser 450.000 tonnes de pétrole), ou récupération de matériaux (verre, carton, ferraille). Les déchets "fatals" ou "dangereux" seront, quant à eux, soumis à une taxe "à la mise en décharge". Une redevance de 20 Francs par tonne apportée à la décharge sera payée par les collectivités locales qui ont la responsabilité de la collecte des ordures ménagères. Il en sera de même pour les industriels qui devront se débarrasser de tous les déchets à la fin de la chaîne de fabrication. Cette taxe sera levée par la nouvelle Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (Ademe).La nouveauté du projet de loi est qu'il demande aux industriels de s'impliquer davantage. Lorsqu'une collectivité locale ne trouvera pas preneur pour traiter ses ordures ménagères, l'Administration pourra désigner d'office un industriel "transformateur".

    Un Plan de traitement pour chaque ville

    Dans les années 80 de nombreuses études ont été réalisées, pour faire face à la situation anarchique des ordures ménagères, à l'initiative de la Direction Générale des Collectivités Locales avec le concours de la Coopération Française. Ont également pris part les services de l'Administration de l'Hydraulique. Les décisions finales des autorités des villes sont attendues pour entamer ces études d'aménagement et d'exploitation.

    Casablanca: plan d'urgence

    A Casablanca, les études effectuées avaient pour but d'optimiser les conditions de la collecte et du traitement des ordures ménagères. Le plan d'action d'urgence proposé comprendrait les actions suivantes:
    - mise en oeuvre des expéri-mentations à Médiouna,
    - réalisation des travaux d'aménagement de la décharge de Médiouna,
    - étude d'optimisation des transports vers le traitement,
    - réalisation des centres de tri-transfert et acquisition de véhicules gros porteurs,
    - recherche d'un site de dépôt pour les déchets toxiques.
    La durée du protocole expérimental de l'exploitation de la décharge de Médiouna est de six mois dont notamment Novembre, Décembre, Janvier où l'exploitation est la plus difficile.
    Trois essais sont programmés:
    - l'essai n°1 comprendra la mise en décharge avec un bull marais. Les déchets seront déposés et laissés quelques heures avant d'être mis en décharge. Le tonnage d'expérimen-tation sera de 100 tonnes par jour pendant 6 jours par semaine, la hauteur finale de 4m et la surface totale de 3.600m2. L'analyse de l'eau sera faite tous les deux mois et la levée topographique tous les mois.
    - l'essai n°2 concernera la mise en décharge en couches minces. L'expérimentation, qui durera 6 mois, permettra de savoir quel est le bilan hydrique de la décharge et quels aménagements seraient nécessaires pour l'exploitation de la décharge. Le temps de rotation sera de trois semaines et le tonnage sera de 100 tonnes par jour pendant 6 jours par semaine, soit 2.000m2 par semaine.
    - l'essai n°3 comprendra le séchage et la mise en décharge avec une semaine de rotation. Le tonnage sera de 100 tonnes par jour (6 jours par semaine) et le matériel utilisé englobera deux chargeurs.

    Rabat: le Bouregreg menacé

    L'étude a été réalisée en collaboration avec l'Administration de l'Hydraulique qui a pu déterminer le site le moins préjudiciable pour les ressources en eau. Le site de décharge a été donc identifié à 25 km de la ville, au sud de Rabat. Les ordures ménagères, estimées à environ 700 tonnes par jour, sont déposées dans des sites sensibles à la pollution, notamment dans la vallée de l'Oued Bouregreg dont l'embouchure donne directement sur deux plages très fréquentées. La décision finale des autorités de Rabat-Salé est attendue pour entamer les études d'aménagement du site, et lancer la procédure d'expropriation.

    Des centres de transferts sont indispensables pour chacune des trois grandes agglomérations à savoir Rabat, Salé, Skhirat-Temara pour minimiser les frais de transport et l'usure des camions de collecte. Le site choisi aura une capacité d'environ 4 millions de m3 pour une durée d'exploitation de 20 ans.

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