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    Tribune

    Débat autour de la Loi de Finances : Relance : Un point de vue patronal

    Par L'Economiste | Edition N°:144 Le 08/09/1994 | Partager

    par Abdellah AZMANI*

    Président de la Fédération des Chambres de Commerce et de l'Industrie, ancien ministre, homme d'affaires, M. Abdellah AZMANI avance des propositions pour une relance. C'est un point de vue patronal sur la prochaine Loi de Finances.

    L'économie marocaine a été sévèrement éprouvée par deux années successives de sécheresse. Les taux de croissance négatifs internes réels de l'économie nationale enregistrés ont eu des répercussions généralement fort douloureuses sur les entreprises marocaines, petites, moyennes ou grandes.

    Les résultats fort satisfaisants du secteur agricole au Maroc pour la présente campagne et l'arrivée d'un mouvement de reprise de l'économie mondiale qui se dessine ici et là permettent de prévoir un taux de croissance estimé aux alentours de 10% pour 1994.

    Cependant, il est massivement admis que la stabilisation de la croissance passe par un accroissement substantiel et soutenu des dépenses d'investissement. De même, un engagement accru de l'entreprise vers l'investissement est positivement lié au renforcement des mesures incitatives. La Fédération des Chambres de Commerce et d'Industrie du Maroc, consciente de ses responsabilités, considère comme étant fondamentale la nécessité de la conciliation de la croissance économique, l'amélioration des conditions sociales et la préservation des équilibres fondamentaux.

    Guerre des prix autour de la reprise

    Certes, la Loi de Finances au titre de l'année 1994 a prévu un certain nombre de mesures visant la baisse de la pression fiscale sur l'entreprise. Cependant, beaucoup de mesures restent à entreprendre en faveur de l'entreprise en vue de contribuer à une politique de relance économique qui constitue la garantie de toute amélioration de la situation sociale.

    Cependant, l'une des questions préalables qui doivent être posées en cette période d'élaboration du budget au titre de l'année 1995 est celle relative à la nécessité de disposer de données de nature à nous édifier sur le déficit budgétaire de l'année en cours.

    En outre, force est de constater que la reprise économique qui se dessine à des rythmes très différents dans certaines régions du monde, notamment en Europe occidentale, se fait sur la base d'une guerre des prix dans le secteur industriel et qui se traduit par des compressions drastiques des coûts de production.

    S'agissant du secteur agricole, il y a lieu de rappeler que la question de la répercussion des accords du GATT sur les exportations agricoles marocaines vers la Communauté Européenne reste toujours posée.

    A la lumière de ce qui précède, il se dégage que des mesures de relance de l'activité économique s'imposent et qui peuvent avoir comme base les orientations suivantes :

    Encouragement de la petite et moyenne entreprise

    Toutes les études en matière de croissance économique considèrent actuellement que la P.M.E. joue un rôle de plus en plus important dans l'accélération du processus du développement, dans la création de l'emploi au moindre coût en capital, dans la réduction des inégalités de revenus entre les différents groupes sociaux et même atténue les effets négatifs des mesures d'ajustement structurel. Aussi convient-il d'accorder une attention très particulière à la promotion de la P.M.E. à l'occasion de l'élaboration de la Loi de Finances de 1995, et ce, par la mise en oeuvre d'un traitement préférentiel au niveau du financement, d'octroi d'avantages fiscaux etc.

    D'autres mesures plus générales peuvent lui être retenues telles que l'aménagement de zones d'activités, mise en place d'un cadre réglementaire favorable, développement des services d'appui, d'assistance etc.

    L'encouragement de la P.M.E. est d'autant plus impératif que le tissu productif national est constitué en très grande majorité de ce type d'entreprises.

    En outre, la mise en place d'un cadre réglementaire favorable permettrait également de faire évoluer au moins une certaine partie du secteur informel vers le secteur formel, et par conséquent contribuer à la modernisation de l'appareil productif.

    Relance de la demande intérieure

    Un certain nombre d'expériences de développement démontrent que le renforcement des capacités exportatrices d'un pays dépend, entre autres, de la force du marché intérieur. D'où l'importance de la dynamique interne comme moyen de renforcement des capacités compétitives de l'appareil de production.

    Cependant, une politique de relance de la demande intérieure ne doit pas se faire par des moyens inflationnistes, mais plutôt par la prise en compte des intérêts des classes sociales, surtout moyennes (la fiscalité joue un rôle assez important à ce niveau-là), la protection du marché intérieur contre les importations frauduleuses et les importations à des prix de dumping, par l'application des règles de préférences au niveau des marchés publics etc.

    En effet, une composante importante du marché intérieur en produits manufacturés échappe à l'économie nationale. N'entend-on pas dire que le seul port de Sebta accueille 2 milliards de Dollars de marchandises par an.

    Les effets néfastes du fléau de la contrebande sur l'économie nationale ne sont pas à démontrer.

    Aussi, une action vigoureuse faisant appel à des solutions intelligentes et adaptées aux différentes contraintes doit être mise en oeuvre en vue de sauver le tissu productif national.

    Relance des exportations

    Une politique de dynamisation du marché intérieur et une stratégie de relance des exportations sont plus complémentaires qu'antinomiques.

    D'où l'impératif de l'adoption d'une stratégie multidimensionnelle, agressive, de soutien et de promotion des exportations, prenant en considérations d'une façon très adéquate, l'intérêt des exportateurs directs et également des exportateurs indirects, appuyée évidemment sur l'amélioration de la compétitivité de l'entreprise nationale.

    La matrice des recommandations de mesures à prendre en faveur du secteur exportateur, notamment en matière fiscale, douanière, etc. et figurant dans l'étude relative aux implications de l'accord de l'Uruguay Round sur l'économie nationale (janvier 1994) constitue un programme efficace à cet effet.

    De même, le déploiement de cette stratégie (encouragement des PME, relance du marché intérieur, relance des exportations) peut se matérialiser à court terme par l'application d'un certain nombre de mesures notamment :

    - amélioration du système d'incitation à l'investissement et ce, pour mettre les entreprises marocaines dans des conditions de compétitivité au moins comparables à celles en vigueur dans certains pays concurrents ;

    - mise en oeuvre d'un système incitatif, adaptable, souple, en vue de pousser le secteur informel à intégrer progressivement le secteur formel.

    A cet effet, une simplification du cadre légal de création et de fonctionnement de l'entreprise, l'abandon d'une partie inutile des règlements et procédures favoriseraient la réalisation de l'objectif précité.

    Un programme de réformes administratives est certes en chantier depuis la fin des années 80 ; il convient de l'accélérer et ce, pour disposer de règles simples et transparentes.

    Ces actions s'inscrivent parfaitement dans le cadre des hautes instructions contenues dans les 2 Lettres Royales adressées au gouvernement respectivement en 1989et 1993 et qui visent, entre autres, à améliorer les rapports entre l'Administration et les investisseurs.

    Bref, il s'agit d'un certain nombre de réformes d'ordre qualitatif d'un coût généralement très faible en termes budgétaires et qui ont été d'ailleurs largement discutées lors du séminaire sur le renforcement du secteur privé tenu à Casablanca en décembre 1993.

    Investissements publics

    Le secteur privé au Maroc, principal employeur et producteur, se trouve actuellement largement responsable de la croissance économique.

    Cependant. tout en enregistrant les progrès qui ont été réalisés par ce secteur durant ces dernières années, force est de constater que ses capacités restent relativement limitées et qu'il a un grand besoin des investissements publics en infrastructures.

    Aussi, toute stratégie qui chercherait à atteindre un équilibre budgétaire aux dépens des investissements publics ne pourrait que retarder une politique de relance.

    D'où la nécessité de faire face à la montée des dépenses de fonctionnement et l'importance de la maîtrise des dérapages. Le contenu de la dépense publique importe autant que la masse. Assurer une meilleure efficacité de la dépense peut être générateur d'un "gain additionnel" plus que l'augmentation de la dépense elle-même.

    Par ailleurs, les données positives prévalant actuellement, à savoir les bons résultats de la campagne agricole, les indices de reprise dans certaines régions dynamiques à l'échelle mondiale, doivent être saisies dans toute leur profondeur pour entamer une vraie politique de relance.

    La Loi de Finances revêtant une importance cruciale dans la conduite de la politique économique devrait être celle de la relance.

    N'assiste-t-on pas à une situation paradoxale, à savoir : situation de surliquidités au niveau du système bancaire, prévision de réalisation d'un taux de croissance élevé (10 à 11 %) à un moment où la majorité des entreprises se débattent toujours dans une situation de survie.

    Produits manufacturés

    Il faut agir et vite pour réduire l'intensité de la situation de blocage que vivent un grand nombre d'entreprises, particulièrement les P.M.E. et ce, en profitant de la loi de finances en cours d'élaboration pour passer des mesures de nature à relancer les secteurs productifs en cherchant à exploiter au mieux les capacités existantes et à les développer. A ce sujet, on peut citer l'impératif de la dynamisation du secteur industriel, sachant que c'est sur la balance des échanges de produits manufacturés que se joue l'équilibre de nos transactions courantes.

    Certes, l'entreprise, pour être forte et survivre, doit compter sur ses propres forces, mais l'Etat. sans lui demander d'entretenir des situations privilégiées, doit faciliter l'adaptation des structures de l'économie nationale à la nouvelle donne mondiale.

    * Président de la Fédération des Chambres de Commerce et d'Industrie du Maroc.

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