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    Economie

    Dans un entretien accordé à L'Economiste : M Jouahri commente les axes de la réforme bancaire

    Par L'Economiste | Edition N°:57 Le 10/12/1992 | Partager

    Avec sa vivacité coutumière, M. Abdellatif Jouahri, Président du GPBM et PDG de la BMCE, conteste le fait que les banques puissent être accusées d'avoir fait déraper les crédits. En revanche, il reste un fervent partisan de la "mission de service public", même dans un système libéralisé.

    - L'Economiste: Pourquoi vouloir introduire des mesures prudentielles et une réforme de la loi bancaire, alors que l'on va vers la libéralisation?
    - M. Abdellatif Jouahri:

    C'est la libéralisation elle-même qui impose à la fois un contrôle plus rigoureux des autorités monétaires et une concertation élargie entre ces autorités et le système bancaire. Et puis, la réforme du secteur financier devait venir couronner l'ensemble des réformes de structure, entreprises depuis 1983. Il est logique que le Maroc se mette au diapason de tout ce qui se passe à l'extérieur, lorsque par exemple des standards d'analyse de bilan et de règles prudentielles s'instaurent. Il se peut que certains jugent que nous sommes allés un peu trop vite, en plaçant un peu trop haut les exigences, mais il fallait entrer de plain-pied dans le "modernisme monétaire".

    - Le reproche le plus fréquent est au contraire la lenteur, parfois la timidité du projet. Par exemple dans la possibilité d'installation de grandes banques étrangères...

    - Pas du tout. Je ne pense pas que le Maroc ait refusé une demande dans ce domaine. Le Banco Extérior de Espana vient de formuler une demande qui est étudiée avec bienveillance...

    - Précisément, le Banco Extérior de Espana n'est pas n'importe qui pour que son dossier ait besoin d'être étudié longtemps.

    - Mais, écoutez. Prenez le cas de la BMCE, il y a un an que nous avons formulé une demande pour l'Espagne et nous attendons. Il y a un minimum de temps qu'exige l'examen technique du dossier. Au surplus, la règle de réciprocité a été instituée par la réglementation européenne dans ce domaine.

    - Pardon, devons-nous comprendre que réciprocité signifie compensation?

    - Non. Mais il y a des conditions à remplir au niveau du capital, de l'actionnariat, des comptes d'exploitations prévisionnels... parce que l'on veut éviter tout incident de parcours.

    - Pourquoi avez-vous abandonné l'idée d'une filiale à Paris?

    - Parce qu'on voulait nous imposer un parrainage dénaturant le caractère marocain de notre projet. Nous avons d'ailleurs, par le biais des autorités monétaires marocaines, exprimé notre étonnement auprès des autorités françaises. Nous avons souligné que l'agence est installée depuis 1972, que nous satisfaisons à toutes les exigences de la réglementation française, que nous n'avons pas réechelonné les dettes de l'agence et que nous sommes classés 2ème parmi les banques arabes installées à Paris. Notre agence a environ 300 millions de FF de fonds propres et nous continuons de suivre la situation, notamment au niveau des autorisations données à Paris. S'il se présente le cas d'une autorisation accordée à une banque moins bien placée que nous, alors nous devrons en déduire que le refus est dû à des motifs extra-professionels et nous agirons en conséquence. Nous avons donc accéléré la transformation de notre bureau de représentation à Madrid en filiale bancaire et nous avons soumis la demande aux autorités espagnoles. En principe, l'autorisation de filialisation devait faire l'objet d'une annonce officielle lors de la tenue de la Commission mixte au niveau des premiers Ministres. Comme cette commission a été reportée, je pense que l'annonce aura lieu très bientôt.

    - Est-ce que la réforme bancaire a intégré ces problèmes de réciprocité et d'autonomie de gestion?

    - La loi bancaire pose un cadre juridique global et définit des instances de concertation et des structures techniques d'examen, lesquelles auraient à formuler un avis sur les demandes d'exercer qui leur seront transmises. Il va de soi que les grands groupes seraient les bienvenus au Maroc.

    - Le projet de réforme est-il suffisant sur le plan des incompatibilités, en regard des mécomptes survenus ces derniers temps?
    - Oui. Les dispositions sont suffisamment sévères. Par rapport à des principes de droit communément admis. Cela nous met d'ailleurs un peu en avance sur ce qui se fait en Europe. Notre métier a des aspects de service public dont on ne peut garantir la pérennité que si la gestion est parfaitement indépendante de l'actionnariat.

    - La notion de service public pour des banques qui seront bientôt toutes privées s'accorde-t-elle avec un système libéral?

    - Entendons-nous bien. Quand je parle de mission de service public je pense à la contribution que doivent avoir les banques au maintien des grands équilibres du pays. Cela ne veut pas dire que les banques vont faire des crédits anormaux aux entreprises publiques. Dans le service public que nous remplissons, il y a la mission de mobilisation de l'épargne, et il faut bien voir que les banques sont aussi de véritables instituts d'émission par le pouvoir de création monétaire qu'elles détiennent. Nous pouvons faciliter ou au contraire rendre moins aisée la recherche des équilibres internes ou externes du pays. Ce n'est pas négligeable comme mission d'intérêt général.

    - Les mesures prudentielles vont-elles obligatoirement pousser les grands groupes comme l'OCP ou l'ONA vers le refinancement international?

    - Le problème du refinancement extérieur se pose de lui-même avec la fin du rééchelonnement. Le Maroc doit se repositionner sur le marché international des capitaux et il peut le faire plus facilement au moins au départ par le biais des grands groupes. La BMCE a été sollicitée par de grands noms de la finance internationale pour être la première dans des opérations de refinancement à l'extérieur.

    - Vous qui êtes un homme expérimenté, croyez-vous que l'option de non-rééchelonnement soit tenable?
    - Ce n'est pas une question de croyance, nous n'avons pas le choix, car c'est la crédibilité du pays qui est en jeu. Il faut absolument respecter les engagements pris dans ce domaine. Je n'ai pas tous les éléments pour vous dire si ce sera très difficile ou plutôt aisé. Cependant, il y a des éléments qui militent en faveur de la fin du rééchelonnement. D'abord, au bout de dix ans, le gain de rééchelonnement s'amenuise. Ensuite, les projections de la balance des paiements ne font plus apparaître de gap de financement; les créanciers dans ces conditions refuseraient d'accorder des facilités dont ils ne voient plus la nécessité. Enfin, il y a le niveau des réserves des changes. A mon sens, il faut continuer à être vigilant vis-à-vis de tout ce qui peut peser négativement sur la balance des paiements: les politiques budgétaire, monétaire, des salaires, le taux de change, et notre productivité vis-à-vis des concurrents.

    - Votre point de vue sur l'indépendance de la banque centrale dans la réforme?...

    - C'est tout un débat, mais il me semble que les traditions que nous avons observées garantissent cette indépendance. A titre d'exemple, en 1976, nous avions institué l'encadrement du crédit, en plein plan expansionniste. Par ailleurs, SM Le Roi est le meilleur garant de l'indépendance de la banque centrale et Il y veille en permanence.

    - Cependant, le Conseil de la Monnaie et de l'Epargne que veut créer la réforme ne comprend plus les membres extérieurs que les rédacteurs initiaux voulaient y faire figurer.

    - A mon sens, la création d'un Conseil Economique et Social, dont vraisemblablement la composition serait élargie, permettra à l'ensemble des partenaires économiques et sociaux de donner leur avis également sur les questions d'ordre monétaire.

    - Jugez-vous le système bancaire marocain prêt à affronter les ouvertures sur l'extérieur?

    - Oui, et cela a commencé depuis un certain temps déjà. Avec le regain de concurrence, des projets d'ouverture se multiplient, mais je souligne que c'est au niveau des ressources humaines que se situe l'enjeu. Certaines banques ont fait des efforts depuis longtemps, d'autres sont plus en retard. Pour ce qui concerne la BMCE, un effort spécial est fait.

    - Et au niveau des instruments, une salle de marchés par exemple?

    - Il ne faut pas céder aux modes. La BMCE à Paris a une salle de marchés. Il me semble qu'il y a des problèmes plus pressants, tels celui du risque de change, qui constituent pour les opérateurs marocains un handicap sérieux. Voyons ensemble comment on peut y remédier.

    - Comment se fait-il que nous ayons eu une crise de trésorerie concomitante avec des sur-liquidités?

    - C'est essentiellement lié au rythme des paiements du Trésor.

    - Vous récusez donc l'analyse selon laquelle les banques ont provoqué les dérapages?

    - Dans ce domaine, l'analyse doit toujours dans ce domaine être très affinée. De toutes les manières, les banques n'ont aucun intérêt à pousser la consommation de crédits risqués ou spéculatifs. Nous avons eu en 1991 un phénomène de rattrapage normal après la période d'encadrement, et en 1992 nous ferons des taux de progression des crédits inférieurs à ce qui s'est parfois fait en période d'encadrement. Il faut procéder avec discernement lorsqu'il s'agit d'imputer la responsabilité des dérapages et ne pas oublier par exemple les dépenses additionnelles de salaires au début de 91, la reconstitution des réserves de changes, les crédits octroyés pour permettre aux opérateurs de faire face aux nouvelles obligations nées des dispositions de la Loi des Finances.
    Trois points stratégiques pour la BMCE: Productivité, produits sur de nouveaux créneaux et rigueur envers les fauteurs

    - Il y a dix huit mois vous vouliez faire remonter votre productivité, qu'avez-vous entrepris depuis?

    - Les gains de productivité ont été placés comme l'un des points fondamentaux de notre stratégie. Nous avons d'abord pu, sans créer de problème et dans le cadre de la convention collective, suivre une politique de départs volontaires. Ensuite nous avons introduit des mécanismes de rémunération suivant les mérites. Enfin, nous avons mis en place des tableaux de bord que nous suivons trimestriellement avec le réseau. Ceci nous a permis de faire remonter notre productivité tout en poursuivant notre politique soutenue d'ouverture de nouvelles agences. Parallèlement nous avons créé un Conseil Supérieur de la Formation dans la Banque. Le premier volet de travail de cette structure concerne les reconversions pour favoriser la mobilité. Le deuxième volet est l'offre de formations classiques et enfin nous avons cherché à mettre notre encadrement supérieur en contact avec ce qui se fait à l'extérieur.

    - Toujours dans le domaine des ressources humaines, que vous est-il arrivé avec le dernier détournement?

    - Nous avons eu à faire à un accord entre le directeur d'agence, son adjoint et le contrôleur. Heureusement qu'il y a d'autres étages dans le contrôle qui nous ont permis de relever le tournement. Nous avons choisi, à l'inverse de ce qui se fait habituellement dans le système bancaire, de sanctionner ouvertement. Il n'était pas question d'accepter une transaction avec les coupables. Pour moi, et en concertation avec les représentants du personnel, il fallait que ceux qui ont fauté soient sanctionnés. Il en va de la reconnaissance du mérite de ceux qui sont honnêtes.

    - Pourquoi une communication aussi marquée en faveur de l'environnement? Doit-on comprendre que vous n'allez effectuer d'opérations qu'avec les entreprises qui respectent l'environnement?

    - Non, c'est un plus que nous apportons. Les contraintes d'environnement deviennent majeures autour de nous, il importe donc de nous y mettre tout de suite.

    Vous verrez que dans le cadre de ces échanges, le Maroc devra rapidement satisfaire à certaines normes imposées par les pays partenaires. Des investissements seront nécessaires. La BMCE essaie de devancer les événements et de satisfaire les besoins des opérateurs économiques.

    Propos recueillis par Nadia SALAH et Nasreddine EL EFRIT

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