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Culture

Culture, développement économique, démocratie
Par le Pr Mohammed GERMOUNI

Par L'Economiste | Edition N°:2312 Le 05/07/2006 | Partager

Le facteur du culturel est souvent invoqué dans l’explication de divers phénomènes économiques ou sociaux complexes, sans que cela soit considéré nécessairement comme une solution de facilité. On ne peut en faire fi, surtout quand une analyse méthodique en apporte des éléments de preuve. C’est-à-dire chaque fois qu’une hypothèse minutieusement avancée se trouve confirmée par des faits et par l’expérience. A priori, il n’y a guère de phénomène en relation avec l’conomie et la société qui échapperait aux conséquences, positives ou négatives, du cadre culturel. S’il est des recherches scrupuleuses, il en est d’autres qui peuvent être assimilées à des généralisations pour le moins hâtives relevant du stéréotype.Une ou deux illustrations puisées dans des thèmes à la fois concrets et actuels permettent de mesurer le degré de sensibilité du problème. Ainsi, par exemple, lorsqu’on attribue au contexte et aux données culturels l’chec du développement économique et social dans plusieurs régions de la planète, quand on les invoque pour justifier la difficulté d’y implanter des traditions et des institutions démocratiques. Important débat où plusieurs chercheurs contemporains de l’conomique et du social, européens et nord-américains notamment, se sont illustrés pour expliquer, de façon disons pessimiste, l’infaisabilité du développement ou de la démocratie dès lors qu’il est question des pays dits d’Orient ou du Sud. Le poids croissant des aspects extra-économiques est une réalité. Dès la deuxième moitié du XXe siècle comme l’a expliqué Jacques Freyssinet(1), en réaction contre le «simplisme» économique qui avait alors prévalu, assimilant par exemple le sous-développement exclusivement à un retard pris sur la révolution industrielle, la particularité et la complexité de celui-ci vont tre progressivement établies grâce à la collaboration de diverses disciplines. Tant et si bien, qu’il a fallu se départir à nouveau de certaines attitudes déterministes qui tendaient à orienter l’analyse vers la recherche d’une relation causale socioculturelle quasi exclusive. La pertinence des aspects choisis n’est pas en cause, mais le poids qui leur a été accordé dans l’explication peut paraître quelque peu démesuré, avec le risque réel de remplacer un simplisme par un autre. L’explication de l’absence de développement a pu concrètement prendre la forme, selon les cas et les situations, d’une population pauvre et surtout illettrée croissant de façon incontrôlée, d’handicaps culturels liés à la géographie, voire au climat, ou encore et de manière lancinante d’entraves introduites par certaines prescriptions religieuses.De telles analyses, longtemps apanage de chercheurs libéraux, ont été nuancées au cours du demi-siècle écoulé. Cependant, l’expérience des dernières décennies a apporté également la démonstration que l’cole de pensée socialiste n’tait pas en reste. Celle-ci a même fait de l’introduction volontaire d’une large dose de la culture dite «prolétarienne», une des conditions préalables en vue de modifier le fonctionnement d’une économie et prparer l’avènement de la «société nouvelle». Il convient de rappeler pour l’histoire, même succinctement, qu’au lendemain des indépendances politiques, de nombreuses régions dites «périphériques» du monde développé allaient être à leur tour agitées par de longs débats en faveur d’un développement à caractère national et endogène», c’est-à-dire centré sur les besoins et les ressources du pays concerné, en prenant en considération en particulier les «spécificités culturelles» propres. Des expériences volontaristes, tentées ici ou là, n’ont pas été concluantes dans l’ensemble. Ayant montré leurs limites concrètes, des remises en cause appropriées devenaient ainsi pressantes. Sur un autre registre de l’explication par des résistances également culturelles, la réussite de la démocratie continue elle aussi de faire l’objet d’un pessimisme récurrent ou presque, chaque fois qu’il s’agit de régions peu avancées, surtout non occidentales.. Démocratie, impossible?Un certain nombre de chercheurs et de penseurs continuent d’avancer que la démocratie n’est pas transposable hors de l’Occident, car des difficultés à caractère culturel en particulier semblent décourager un tel mouvement, voire à s’y opposer.Il est incontestable que l’laboration d’un concept comme celui de la démocratie a été à la fois influencée surtout par les analyses modernes et les expériences occidentales des derniers siècles. Le marquis de Condorcet, Thomas Jefferson, James Madison, Jean-Jacques Rousseau ou Alexis de Tocqueville, entre autres, pour ne citer que quelques unes des figures marquantes, ont permis l’mergence et le développement de la tolérance libérale à l’Ouest jusqu’ dominer les autres tendances en présence.Si la démocratie est d’abord et avant tout le gouvernement par la discussion et le dialogue, son usage et sa pratique dans ceux des pays d’Orient ou du Sud en voie de modernisation ne sont pas à exclure a priori dès lors que les conditions requises sont réunies. Le vote et les élections, sans être l’essentiel de cette dynamique, sont néanmoins la partie visible et évoquée de quelques-uns des accessoires de la mise en œuvre du processus. La grande tradition née dans la Grèce de Périclès, quelque cinq siècles avant le Christ, n’a point interdit pour autant par intermittence la transposition ultérieure de certains comportements de tolérance et d’pisodes de dialogue à certaines phases d’autres civilisations et régions non occidentales. Ainsi, la protection par un souverain d’Egypte (Saladin) du grand philosophe et médecin, Moise Maimonide, Juif exilé au XIIe siècle, ou la codification du droit des minorités et du respect des cultes du temps du «Grand Mogol» en Chine (XVIe siècle) méritent d’tre rappelés, pour atténuer un tant soit peu le relatif pessimisme qui caractérise l’actualité de la question démocratique en Orient et dans le Monde arabo-musulman. L’exemple offert par la plus grande démocratie du monde d’aujourd’hui, l’Inde, enfin, puisque concernant près d’un quart de la population de la planète, autorise à penser qu’une vieille culture de l’Extrême-Orient et du continent asiatique, en dépit de ses avatars, a pu battre en brèche le fatalisme ambiant. Enfin, la construction d’une égalité raciale dans la liberté, initiée en Afrique du Sud par le président Mandela, il y a quelques années à peine, autorise pour le long terme à un certain optimisme même tempéré pour le reste d’un vaste continent. Nonobstant certaines mœurs et mentalités qui ont prévalu ou continuent encore d’y sévir. A l’autre extrême, chaque acharnement occidental à vouloir imposer, en usant de la force s’il le faut, les règles du jeu démocratique comme celles du marché libre, dans certaines contrées arriérées, semble faire écho sans détour à cette même hypothèse tenant de la différence de valeurs et de façons de penser qu’il convient de modifier. A cet égard, il convient de méditer profondément le triste sort réservé au socialisme, chaque fois qu’imposé de l’extérieur et par voie militaire, au siècle dernier, dans diverses régions du monde. Par ailleurs, les colonisations comme les mouvements de libération nationale ont également tour à tour usé sinon abusé de cette dimension culturelle avec des succès inégaux selon les régions. La discussion est bien entendu loin d’tre close, sur l’un comme sur l’autre thème pris comme illustrations d’interférences de cet aspect. La recherche et la réflexion se poursuivent. En fait, en empruntant une expression aux éminents juristes, le problème résiderait en dernier ressort au niveau de la part et du poids pouvant être accordés à un tel facteur dans la détermination d’une relation de causalité.


Que vaut la réussite?

La réussite économique de la Corée du Sud et l’chec du Ghana au cours des quarante dernières années par exemple, avec un revenu moyen similaire au départ, trouveraient certainement quelques éléments pertinents d’explication au vu de certaines de leurs différences culturelles. Mais une part seulement, et non l’essentiel comme certaines études d’histoire comparative, utiles et fort instructives par ailleurs, réalisées outre Atlantique sur ce thème, semblent le soutenir.


Tous ont été indolents…

 

Une corrélation accidentelle entre un aspect préjudiciable et une observation sociale peuvent donner lieu ainsi à un début de théorisation.Hier, l’Irlandais, le Méditerranéen, l’Italien, le Corse, l’Espagnol, le Sicilien, le Chinois, le Malais, et la liste n’est pas limitative, ont collectivement ou tour à tour fait l’objet de constatations de syndromes de type culturel divers, allant de l’indolence au laxisme, en passant par l’allergie au travail et au moindre effort. Aujourd’hui encore et comme hier, certains comportements propres au Mexicain,  l’Arabe, au Roumain ou à l’Africain vis-à-vis du travail, de la consommation, ou de la dépense par exemple, continuent de relever de certaines catégories d’analyses mettant en avant des aspects culturels du même genre, non dénués de xénophobie dans un certain nombre de cas et d’crits. La généralisation du développement réduit ces «théories» à de simples «vieux» clichés en voie de disparition progressive.


Capitalisme sinisé

 

Par exemple «la révolution culturelle chinoise», conçue par le président Mao Tsé-Toung au cours des années soixante du siècle dernier, souhaitait de façon schématique initier «un développement économique et social de type nouveau  à travers un homme nouveau, et pour ce faire une «nouvelle culture et une manière de penser différente». Non loin, la tragique expérience, tentée quelques années plus tard au Cambodge par ceux qui ont été connus sous l’appellation demeurée tristement célèbre de «Khmers rouges», est de la même veine idéologique. Mais, deux ou trois décennies plus tard, faisant une sorte de pied de nez à la «thèse du développement et du capitalisme irréalisable», la Chine se trouve engagée à marche forcée dans un processus dynamique, à tel point qu’il serait plus approprié de parler aujourd’hui d’un capitalisme fortement «sinisé» comme le socialisme le fut au cours des années cinquante et soixante du siècle dernier. Le «primat de la superstructure» connaîtrait quant à lui une relative obsolescence.------------------------------------------------------------------------------------------(1) Voir Jacques Freyssinet, le concept de sous-développement, Editions Mouton, Paris, 1966.

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