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Cooper Maroc: Premier client de ses concurrents

Par L'Economiste | Edition N°:329 Le 07/05/1998 | Partager

C'est le paradoxe d'un secteur industriel bien organisé et concurrentiel. Cooper Maroc, le premier répartiteur du pays, distribue pour le compte de l'ensemble des laboratoires industriels. Ce ne l'a pas empêchée de se lancer dans la fabrication et de retrouver ses concurrents. La situation est bien vécue. Le capital de Cooper Maroc a été recomposé récemment, ce qui a induit une nouvelle stratégie de développement. L'entreprise se trouve ainsi au centre du secteur


"Allô, la pharmacie du centre. C'est Saïda, de Cooper-Maroc. Meilleurs voeux pour la nouvelle année. Que faut-il vous livrer ce matin?"
Le pharmacien au bout du fil passe alors sa commande: "5 tubes d'aspirine X, 2 boîtes d'ampoules Y, un sirop Z".
Saïda saisit en temps réel la commande et avec amabilité et bonne humeur. Car elle a suivi une formation sur "le sourire au téléphone".
C'est important, car elle et ses 22 collègues téléphonistes sont le premier contact de l'entreprise de grossisterie pharmaceutique avec ses clients. Elles se relaient sur les 18 cabines climatisées, micro à la boucle, casque sur la tête, les doigts courants sur les claviers pour appeler les clients.
Ils sont 3.000 pharmaciens installés à travers le pays, et certains sont appelés et livrés jusqu'à six fois par jour.
Les téléphonistes sont condamnées à la rapidité, car le début et la fin de prise de la commande sont consignés sur le bon de commande à la seconde près. Dans la course, elles ne connaissent qu'un concurrent, le modem. Déjà une centaine de pharmaciens sont équipés pour la télétransmission: un logiciel dresse l'état du stock de la pharmacie et propose une commande optimale. Le pharmacien valide ou modifie puis envoie la commande qui aboutit sur l'ordinateur de la grossisterie pour traitement. L'appel est maintenu pour garder le contact humain.

Quel que soit le moyen de la prise de commande, l'objectif est de la traiter, jusqu'à la livraison, en 30 minutes à Casablanca et en 5 à 10 minutes, en cas d'urgence.
C'est pourquoi la commande saisie au bout du fil est immédiatement éditée dans le magasin qui renferme 4.000 références, produites par l'ensemble des laboratoires, dont l'un et celui de Cooper à Tit Mellil. Le magasin est toujours fidèle au Rond-Point Chimicolor, depuis 1933. Les cartons abondent.
"Un mois est nécessaire pour assurer la disponibilité, le premier service", affirme M. Jaouad Cheikh Lahlou, administrateur et pharmacien-responsable. Ce stock se divise en une "réserve" (3 semaines) où les médicaments sont rangés par labo d'origine, et en une "zone de vente" où ils sont rangés par ordre alphabétique.
Les médicaments "sensibles" ou chers sont isolés ou mis dans des réfrigérateurs si nécessaire. Mais revenons à notre commande: les rayonnistes s'en saisissent et remplissent des bacs de plastique avec les boîtes. Des contrôleurs pointent tout cela, avant que la commande ne soit rangée dans un carton qui va être scotché et remis aux livreurs. Ils disposent d'une petite armada de 32 véhicules, des Trafics, des C15, des vélomoteurs pour sillonner Casablanca et la région dans un rayon de 250 kilomètres. Le dernier véhicule arrivé est un scooter transformé en mini-camionnette. Au-delà de 2.150 km, la livraison est confiée à des entreprises de transport comme la CTM.

Au total, ce sont 150 personnes qui s'acti-vent dans la plus grande et la plus ancienne grossisterie du pays. Il existe une quinzaine d'autres (UGP, Sophanord, Jophaso...).
"Nous représentons de 11 à 12% du marché, assure M. Lahlou. Notre propre usine écoule 36% de sa production à travers notre grossisterie".
"C'est notre métier traditionnel, même si l'activité industrielle de l'entreprise prend plus de poids". En 1972, l'activité répartition assurait 85% du chiffre d'affaires et aujourd'hui 55%. En valeur absolue, la grossisterie a réalisé 320 millions de Dirhams du chiffre d'affaires HT, l'objectif est de 360 millions pour 1998. Quant à la fabrication, elle a atteint 185 millions de Dirhams HT et devrait être portée à 205 millions.

Générique


Enfin Cooper ne devrait plus importer que 66 millions de DH contre 75 millions l'an passé. L'accent est donc mis sur l'industrie via deux leviers. D'abord par les accords avec les partenaires présents dans le capital, ensuite par l'investissement dans l'usine de Tit Mellil. Actuellement deux multinationales majeures figurent dans le tour de table, Rhône Poulenc (17%) et Organon (17%). Environ 70 pharmaciens marocains détiennent 61% du capital. Les 5 restants sont détenus par des Marocains non-pharmaciens. Auparavant, le capital de Cooper Maroc était détenu par des pharmaciens marocains et Cooper-France. En Absorbant Cooper-France en 1994, Rhône-Poulenc Pharma s'est retrouvée actionnaire majoritaire à Cooper Maroc.
Etant déjà représentée par une filiale au Maroc, la multinationale a cédé 2/3 de ses parts au Hollandais Organon et aux pharmaciens marocains.
Ces deux partenaires ont accordé à Cooper Maroc un dizaine de produits à exporter à partir du Maroc.

Outre les produits Organon, Cooper fabrique une centaine de produits sous licence des laboratoires français (Lipha, Mayoly, Pierre Fabre), espagnols (Almiral Prodes), allemand (Knoll Basf), italiens (Fournier Pierrel, Mediolanum), danois (Léo), anglais (Norgine), suèdois (Pharmacia-Upjohn)...
Les 200 personnes de l'usine de Tit Mellil, mise en service en 1980, ont donc quoi faire. Elles en auront encore plus avec les génériques qui seront mis au point par la nouvelle Cellule Développement. Des pharmaciens et des biologistes ont déjà été recrutés pour mener des recherches appliquées "ciblées" sur des molécules tombées dans le domaine public.
"Nous prendrons soin, pour des raisons d'éthique, de ne pas mettre sur le marché des génériques concurrents aux médicaments que nous fabriquons sous-licence", indique M. Lahlou. L'entreprise en est arrivé aux génériques, car c'est une tendance forte de l'industrie pharmaceutique mondiale.
Toute son histoire reflète d'ailleurs l'évolution de l'activité dans le pays. Cooper est arrivée au Maroc en 1933 et s'est installée au Rond-Point Chimicolor à Casablanca pour ne plus en sortir. L'objectif était de reproduire la formule créée en 1907 en France. La Coopération Pharmaceutique Française avait pour objectif la mise en commun de moyens des pharmaciens d'officines. Celui qui fabriquait dans son arrière-boutique des cachets devait le faire pour tous. Un autre faisant les sirops, un autre les suppos pour tous. Il faut préciser qu'à l'époque l'essentiel des médicaments vendus par les officines étaient des "préparations magistrales", et Cooper fournissait pour cela les matières premières, les ingrédients.

Les médicaments devenant de plus en plus des produits industriels, Cooper en est venu à offrir aux pharmaciens le service commercial de la grossisterie de façon naturelle.
De vendre pour des laboratoires, l'entreprise en est venue à fabriquer elle-même. Son usine s'est trouvée dans la situation paradoxale d'être le principal canal de distribution pour tous ses concurrents industriels.



ISO 9000


L'usine Cooper de Tit Mellil pas-sera au 3ème trimestre une certification ISO 9000 en blanc, avant d'affronter les auditeurs de l'AFAQ. "La certification ISO est une mesure pour pérenniser l'outil de production et maintenir les standards internationaux", explique M. Jaouad Cheikh Lahlou.
Pour préparer cela, une première "cause" concrête et accessible, l'hygiène, avait mobilisé le personnel autour d'un programme "Nadafa".
En fait, l'entreprise est habituée à produire, contrôler, peser, stocker et, avec des procédures écrites, à documenter tous ses actes. Par exemple, les dossiers des lots sont gardés 10 ans bien après l'expiration de la date de péremption. Ce sont les GMP (Good Manufacturing Product) ou BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication) qui ont préparé le secteur à toutes les méthodes et à la culture de qualité.
La construction de la nouvelle usine à Tit Mellil a permis de concevoir les locaux en fonction de cet impératif. L'usine se compose de plusieurs ateliers et magasin sur un niveau, agence autour d'un couloir.

Un des importants principes est celui de la "marche en avant". Les matières et les hommes doivent aller dans un sens et ne jamais revenir en arrière. Il y a un atelier pour chaque forme: liquide (sirop et injectables), pâteux (pommades et suppositoires) sèches (comprimés et poudres). Avant d'y entrer, il faut montrer "patte blanche", quitter sa tenue de ville et se rhabiller en tenue de travail dans un sas.
L'investissement massif est une nécessité dans une telle activité. Il est d'abord imposé par la recherche des rendements: une machine de compression, acquise récemment, sort 180.000 comprimés à l'heure contre 7.000 pour son aînée. La qualité et la suppression du risque est une autre raison d'investir.
"Au total, nous investirons 23 millions de Dirhams en 1998, dont 13 à 14 millions dans les machines", indique M. Lahlou.
Tous ces montants et tous les automatismes ne sont pas arrivés à bout de la vigilance humaine.
Les ampoules injectables sont toujours observées, une à une, par les mireuses.

Khalid BELYAZID

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