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    Economie

    Convertibilité du Dirham: Une dévaluation n'est pas nécessaire : Un spécialiste explique son expérience

    Par L'Economiste | Edition N°:59 Le 24/12/1992 | Partager

    Une dévaluation du Dirham ne s'impose pas, au contraire , elle peut fausser la concurrence avec les économies étrangères et favoriser le maintien d'un appareil de production vétuste", explique M. Mohamed Benjelloun, Conseiller à la BCM, ex Directeur de l'Office des Changes et ancien Directeur à Bank Al Maghrib, dans la seconde partie de l'entretien qu'il a accordé à L'Economiste(1)

    L'Economiste: Si le DH était mis aujourd'hui sur le marché des changes, que se passerait-il?

    M. Mohamed Benjelloun: Nous sommes dans une phase transitoire. La convertibilité au titre des opérations courantes peut déjà nous préparer à aller plus loin. On pourrait préparer les résidents à détenir des devises et à pouvoir éventuellement les arbitrer ou les céder les uns aux autres.

    C'est pour cela que je vais vous faire part d'un projet qui existe depuis longtemps. A savoir que les exportateurs peuvent se constituer des avoirs en devises, à hauteur de 20% du produit rapatrié. Du fait qu'ils n'auront pas utilisé l'intégralité de ces avoirs en devises, ils seront donc amenés à céder l'excédent non dépensé à d'autres opérateurs ainsi qu'aux banques elles-mêmes qui seraient autorisées à constituer la contrepartie en attendant un acquéreur.

    - Et la couverture du risque de change pour les banques dans ce cas?

    - Dans ce cas les banques et les opérateurs se trouveraient en position de change, ce qui comporte un risque certain. S'ils le jugent imminent, ils auront toujours la faculté de céder dans les meilleurs délais à Bank Al Maghrib.

    - Est-ce Bank Al Maghrib qui doit supporter les risques de change?

    - C'est toujours l'organisme qui gère en dernier ressort les réserves de changes d'un pays qui se trouve amené à gérer également ce risque.

    Je reviens à la formule de compte en devises détenu par des résidents et donnant lieu à des cessions à d'autres résidents.

    Bien entendu, pour le moment c'est une simple hypothèse. Mais si jamais une formule s'en rapprochant est réalisée, elle permettrait aux banques de se faire la main, de s'habituer à intervenir sur les marchés des changes étrangers et d'y pratiquer des arbitrages et des swaps.

    - Peut-on toujours accéder à cette convertibilité sans problème?

    - Aujourd'hui nous avons une balance excédentaire, l'année 93 s'annonce sous de bons auspices. Si le Dirham devrait être introduit sur le marché des changes, il serait autant offert que demandé sur une année pleine...

    - Disons alors qu'il serait davantage demandé d'autant qu'il y a un excédent?

    - Le problème se pose en d'autres termes. Une monnaie ne peut être correctement traitée sur un marché des changes que s'il y a, de la part des opérateurs, l'acceptation qu'elle soit utilisée à une grande échelle comme monnaie de règlement. Autrement, il y a des cotations erratiques. Bien plus, les appréhensions et anticipations de la part des opérateurs peuvent détériorer la valeur d'une monnaie alors qu'objectivement il n'y pas lieu qu'elle évolue en baisse.

    - Pourquoi toute monnaie ayant accédé à la convertibilité ne peut pas être acceptée comme monnaie de règlement?

    - Le commerce international impose un certain nombre d'habitudes, par exemple pour un certain nombre de produits de base, la facturation et le règlement se font en Dollars mais non pas dans la monnaie du pays importateur ou exportateur.

    - Est-il concevable d'avoir une convertibilité sans avoir un taux de changes déterminé sur le marché des changes ?

    - Il en est ainsi parce que la liste des monnaies qui ont accédé à la convertibilité limitée ou intégrale ne coïncide pas avec la liste des monnaies qui sont effectivement cotées sur les marchés. Cette dernière est beaucoup moins importante que la première. Ce phénomène tient au fait qu'un certain nombre de devises remplissent toutes les conditions de convertibilité mais ne sont pas encore acceptées comme monnaies de règlement ou introduites sur les marchés des changes. Donc une monnaie ayant accédé à la convertibilité peut ne pas être traitée sur le marché des changes, mais il faut alors que son taux soit établi d'une manière correcte, les autorités doivent veiller à maintenir un taux adéquat et réaliste de leur monnaie. Autrement, il y a des effets nocifs qui contrarient ce qu'on attend de la convertibilité, à savoir, une réelle concurrence entre l'économie nationale et l'économie des pays partenaires, car cette concurrence va susciter une dynamique de nature à développer la compétitivité et la modernisation de l'appareil de production. Une viabilité de la balance des paiements ne peut être qu'à ce prix.

    - Quelles seraient alors vos conclusions?

    - En conclusion j'aimerais évoquer trois points:

    1- Il faut éviter de conduire la convertibilité sous la pression d'opérateurs sur le marché des changes ou hors marché des changes, car il serait alors nécessaire ou de dévaluer sans raisons valables ou de sacrifier les réserves de changes. Or pour un pays en voie de développement, les réserves de changes constituent un pouvoir d'achat sécurisant, permettant d'acquérir sur l'étranger tous les biens et services dont on peut avoir besoin dans cette période de développement intense.

    2- Il convient aussi de se garder de vouloir résoudre les problèmes par le recours à des dévaluations qui ne s ' imposent pas et qui ne peuvent que fausser la concurrence avec les économies extérieures et contribuent par conséquent à maintenir l'appareil de production dans sa vétusté. La permanence de structures de production devenant de plus en plus vétustes par rapport aux progrès des pays industriels environnants compromettrait la réalisation des objectifs fixés: accélération de la création d'emplois, amélioration notable des salaires, plus values permettant de dégager suffisamment d'autofinancement ainsi qu'une assiette fiscale plus consistante. La convertibilité n'est pas une fin en soi, c'est une motivation et même un moyen de coercition pour produire plus et mieux.

    3- Il faut qu'il y ait une certaine cohérence au niveau de tous les agents économiques afin de les inciter à rationaliser leurs actions.

    Propos recueillis par

    Alié DIOR NDOUR

    (1) C f L'Economiste du 17 Décembre. M. Benjelloun y avait expliqué ce qui signifie un "taux de changes adéquat et réaliste" qui équilibre les prix extérieurs et intérieurs. Pour M. Benjelloun, la convertibilité est un facteur de modernisation des entreprises.

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