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Conflit autour de l'abattage de la volaille

Par L'Economiste | Edition N°:27 Le 30/04/1992 | Partager

Les magasins de Rabat offrent depuis quelques semaines du poulet de chair, éviscéré, estampillé et sous emballage cellophane. La nouvelle unité d'abattage est venue offrir un produit dans les conditions d'hygiène prévues pour être généralisée par les textes. Cependant elle a perturbé les prix et l'équilibre social du réseau d'abattage et de distribution traditionnel qui a réagi par une grève de 3 jours.

CREE en Mai 1991, l'abattoir à volaille de Rabat, AVOLCA, est à l'origine d'une grande controverse, depuis qu'il est le seul habilité par les autorités locales à procéder à l'abattage, au déplumage, à l'éviscérage, à l'estampillage et à l'emballage du poulet de la région. Souvent effectué plus au moins clandestine-ment, c'est-à-dire souvent sans contrôle vétérinaire, l'abattage traditionnel de viande blanche est devenu un foyer de Toxi-infection alimentaire résultant des manipulations, de l'utilisation d'un seul bac pour tous les poulets ou d'une éviscération n'intervenant qu'au delà des 30 minutes. Tous ces éléments présentent des dangers réels pour les consommateurs. Par ailleurs, le contrôle de l'abattage du poulet par les services vétérinaires, s'est révélé être une nécessité. Un poulet est exposé à pas moins d'une vingtaine de maladies infectieuses, parasitaires ou autres.
Une seule de ces infections en fait un poulet impropre à la consommation. Ces infections ne sont décelables que si l'on procède à une inspection avant et après abattage. C'est pourquoi l'abattage du poulet sera effectué dorénavant conformément au Dahir de 8 Octobre 1977 relatif à l'inspection des animaux vivants et des denrées animales ou d'origine animale, la circulaire conjointe du Ministère de l'intérieur et de l'agriculture invitant les fournisseurs des lieux de restauration collectifs (hôpitaux, cités universitaires, restaurants, hôtels, casernes militaires) de ne s'approvisionner qu'auprès d'abattoirs agréés, ou l'arrêté du Wali de Rabat-Salé de Janvier 1992 qui fixe le tarif à payer pour la préparation, l'emballage et le ressuage (refroidissement en 24 heures) du poulet.

L'abattoir privé créé dernièrement à Rabat, Avolca, a pour but "d'assurer la sécurité du consommateur en lui garantissant un produit conforme aux règles de salubrité, soumis à un contrôle vétérinaire mis en place par la Wilaya et de régulariser le marché tout en vendant un produit fini prêt à la consommation" d'après M. Levy, dirigeant d'Avolca.
Grâce à un investissement de 50 millions de Dirhams, Avolca, qui s'est doté d'un matériel "très performant, le plus sophistiqué d'Afrique", procède depuis quelques semaines à l'abattage de tous les poulets consommés au niveau de la région de Rabat.
Cet abattoir agréé par les services vétérinaires du Ministère de l'Agriculture et de la Réforme Agraire travaille aux prestations de service. Chaque professionnel peut y amener ses poulets vifs, les abattre sous la surveillance du vétérinaire commun-autaire de Rabat moyennant un tarif fixé par le Wali de Rabat-Salé qui est de 1,60DH par kilo de poulet vif. Ainsi, le poulet qui sera vendu sous emballage, est soumis à deux contrôles vétérinaires.
Le premier contrôle est effectué 24 heures avant l'abattage. Il doit préciser si les volailles ne présentent pas de dommages causés par les conditions de transport, si elles sont atteintes d'une maladie transmissible à l'homme ou aux animaux, si elles se trouvent dans un état général permettant de craindre l'apparition d'une maladie.

Un créneau difficile

Immédiatement après l'abattage et la préparation du poulet un deuxième contrôle vétérinaire a lieu. Il détermine en outre, si la volaille est morte d'une cause autre que l'abattage, si elle présente une couleur ou une odeur anormale ou toute maladie la rendant impropre à la consom-mation. Après cette série de contrôles, le poulet salubre est refroidi 24 heures pour éviter de commercialiser un poulet "indigeste".Face à la concurrence des "tueries" ou abattoirs traditionnels, il faut selon M. Levy "être fou" pour s'aventurer dans un créneau difficile et où les perspectives de rentabilité sont encore "peu évidentes". C'est ce qui explique pour M. Levy, l'inexis-tence actuelle d'autres abattoirs privés.
Avolca "constitue dans une certaine manière une expérience pilote". Si elle réussit son pari de vaincre l'abattage clandestin, nous verrons bientôt se développer ce type d'activité et généraliser cette expérience à d'autres villes du Maroc.
A ce titre, M. Levy envisage la construction de 2 au 3 abattoirs à volailles à Casablanca une fois que celui de Rabat tournera à plein rendement. Cela dit, les "autorités doivent continuer à déployer les moyens nécessaires pour faire respecter les textes en vigueur", dans toutes les villes du Maroc.
D'un autre côté, l'obligation de faire abattre tout le poulet destiné à la consommation par Avolca, a été l'occasion "rêvée" pour les marchands de poulets de parler au niveau de Rabat, d'un monopole qui a eu pour effet d' "augmenter le prix du poulet" considérée comme la viande du pauvre. Ainsi, et "à cause d'Avolca, le prix du poulet a augmenté en moyenne de 7DH par kilo" nous a-t-on déclaré au niveau des détaillants qui se sont mis en grève pour exprimer leur mécontentement. Certains d'entre eux nous déclarent même, "ne plus savoir à combien va leur revenir ce poulet emballé". Pour M. Levy, "la hausse du Prix du poulet doit être recherchée ailleurs car sa société ne facture que 1,60DH par kilo de poulet pour l'abattage, le déplumage, l'éviscé-rage et l'emballage". La haus-se du prix du poulet proviendrait de cinq éleveurs installés à Rabat qui tirent les ficelles. Ces derniers se seraient accaparés le monopole de la vente du poulet vif et fixeraient les prix "au détriment du consommateur et des pauvres", au moment où le poulet devrait remplacer la viande dite rouge devenue moins accessible par son prix. Outre la hausse de prix, Avolca "représente une menace sociale" pour les 700 familles vivant de cette activité".

Pour M. Levy, Avolca ne "représente nullement une menace sociale". Cette entreprise génératrice d'emplois, permettrait de recaser les quelque 100 personnes vivant de l'abattage clandestin ou des "tueries". Avolca, qui emploie pour l'instant une quarantaine d'ouvriers, multipliera bientôt ses effectifs quand son unité tournera à plein rendement. A terme elle sera même génératrice d'emploi". La troisième critique envers Avolca, est relative au prix de la prestation qu'elle fournit. Ainsi les détaillants s'estiment "duprès" et "contraints" à payer un prix qui selon eux est trop élevé. Cet état de fait les a poussés à réclamer "la nécessité de créer des abattoirs communaux situés à proximité du marché de gros des poulets". La proximité jouerait un rôle dans la diminution de prix de revient du poulet.
Actuellement, le transport du poulet, du marché à l'abattoir leur coûte, 25DH pour 50 poulets. Face à ces critiques, M. Levy, nous déclare que dans un contexte de privatisation "il était logique de faire entreprendre cette activité par le secteur privé". Grâce à son savoir-faire dans le domaine de la construction d'abattoir, Avolca a décidé de construire un abattoir à volaille dont bénéficierait toute la profession. Quant à la proximité de l'abattoir par rapport au marché, M. Levy, nous a déclaré, qu'il n'y avait plus de terrain à vendre dans les environs du marché, ce qui explique "l'éloignement".
La prise de conscience du problème est telle, qu'au niveau de Rabat, tous les supermarchés sont directement fournis par Avolca. En effet, 10% de l'abattage total journalier réalisé par l'abattoir appartient à Avolca qui fournit aux grands et petites surfaces de Rabat soit des poulets entiers, soit uniquement des cuisses, soit du blanc en barquettes.

Adil LAZRAK

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