×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Culture

Concilier entre islam et modernité

Par L'Economiste | Edition N°:1672 Le 29/12/2003 | Partager

. Attention aux deux risques d'extrémisme!Tariq Ramadan a mis son doigt là où ça fait mal dans le monde musulman. Comment suivre l'évolution de la réalité (le contexte), tout en respectant les principes du Texte? Fidèle à sa conception intégrale de la religion, qui concerne toute la vie du croyant et pas seulement la sphère privée, le prédicateur estime qu'il n'y a strictement aucune contradiction entre la modernité et la religion. “Il n'y a pas de dichotomie entre les deux et elles peuvent se marier parfaitement. Rien ne s'oppose à rester musulman et être moderne”, dit-il. Maintenant, tout le défi est d'opérer cet aller-retour entre le Texte et le Contexte, sans pour autant tomber dans l'extrémisme. Par extrémisme, Ramadan entend deux risques. Le premier est la conception radicale, fermée, qui rejette tous les aspects de la modernité et s'accroche uniquement au passé. C'est la position de ceux qui vivent dans “un vieux carcan” détaché du monde. “Le danger est qu'ils veulent imposer leur modèle aux autres, souvent par la violence”. Pour Ramadan, c'est ignorer la souplesse de la religion. “Commettre des crimes contre des personnes d'une autre religion sous le nom du Texte d'Allah est une monstruosité”, ajoute-t-il. On comprend alors pourquoi cet orateur est écarté par certaines organisations islamistes, qui ont une vision statique de la religion. Le deuxième risque de l'extrémisme, d'après Ramadan, est d'être “obnubilé” par le Contexte et de se détacher complètement de la religion, sous prétexte qu'elle ne répond pas aux besoins du moment. “Ce détachement commence lorsque nous nous sentons confiants du moment. Notre identité en tant que musulmans s'estompe car elle est mal vue par l'Occident qui confond radicalisme et islam”, affirme Ramadan. Partant, le musulman se met dans une position de dominé, subissant “l'accusation de cet Occident, qui incarne pour lui la modernité”. Il se détache de sa religion et se marginalise. Pour schématiser, il s'agit de deux risques: s'accrocher à une lecture sclérosée de la religion et rejeter la modernité, ou, au contraire, se conformer totalement à la réalité et dénigrer la religion. Ces deux risques sont dus au fait que la pensée est devenue stérile. La pensée est cet effort d'interprétation de ce que dit le texte et de ce qu'il ne dit pas, dans le but “de sortir avec des prescriptions qui nous aident à suivre l'évolution”. C'est ce travail d'intelligence, appelé aussi ijtihad, qui s'est arrêté causant l'apparition des deux extrémismes. Qui est habilité à faire l'ijtihad? Les ouléma, plus versés dans la théologie, ou les hommes de terrain, plus accrochés à la réalité et à l'évolution? Pour Ramadan, les deux compétences sont complémentaires. Il faut connaître le Texte et le Contexte. Sinon, on aboutira à des fatwas complètement décalées par rapport à l'évolution économique ou scientifique. “Imaginez un théologien émettant une fatwa sur l'économie ou la neurochirurgie”, plaisante le prédicateur. Mais attention! cet effort d'ijtihad ne doit pas toucher les principes de la religion, qui sont immuables. C'est l'aspect “dogmatique” à préserver, quelles que soient les circonstances comme les interdictions et les obligations formelles. “Tout est permis, sauf ce qui est interdit”, résume Ramadan.Tout le défi est de déterminer un modèle de modernité tout en gardant l'identité musulmane. Il ne s'agira pas d'une modernité à l'occidentale, mais d'une évolution inspirée des valeurs religieuses, historiques et culturelles d'une nation. “C'est avoir la reconnaissance de ce que nous sommes dans la dignité et ce que nous voulons dans la concertation”, conclut le prédicateur.


Qui est donc Tariq Ramadan?

A chaque sortie, il attire la foule. Tariq Ramadan parle toujours dans des salles combles. On vient de loin pour l'écouter, le voir. De quoi faire pâlir d'envie les hommes politiques et les intellectuels en mal d'audience. Costume sans cravate et barbe bien taillée, cet universitaire suisse de 41 ans a un discours à la fois religieux et scientifique. Il associe la démonstration académique au prêche de prédicateur, en utilisant un discours fluide et des idées-repères. C'est “ce double langage” qu'on lui reproche. Petit-fils de Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, Tariq Ramadan a forgé sa popularité dans les banlieues. Dans des salles de conférences, des amphithéâtres ou des mosquées, il explique la nécessité d'une union entre la foi en la religion et la foi en l'homme. Son entrée sur la scène médiatique française a été entourée de controverses. C'est une sulfureuse tribune sur “le communautarisme israélien” des intellectuels juifs de France qui a fait braquer les projecteurs sur lui. Cohen Bendit, Kouchner… l'intelligentsia juive s'est mobilisée pour le descendre, par presse interposée. Bien qu'il ait la nationalité suisse, Tariq Ramadan est considéré comme le personnage central de l'islam en France. Son dialogue en direct avec Nicolas Sarkozy et ses positions altermondialistes l'ont rendu célèbre. Ses relations avec le mouvement des Frères musulmans (qu'il renie) et ses revenus financiers restent entourés d'interrogations. De même pour son hostilité à l'égard de l'Arabie saoudite, qui a pris en charge son père au début de son exil en Suisse.


Extraits marquants

. Les origines:Après le 16 mai ou même avant, “il faut dire sans aucune crainte que revenir aux sources, Coran et Sunna, ne veut pas dire accepter comme un lien logique l'appropriation de ces sources par des radicaux et des extrémistes. Et ceux qui utilisent les radicaux pour discréditer ceux qui se réfèrent à l'islam sont illégitimes. Si dans l'islam, il y a une diversité acceptée des lectures, il y a des lectures qui sont inacceptables”. . L'autre:“Il faut éviter une certaine attitude défensive qui consiste à vouloir se dire que finalement nous sommes gentils et pas dangereux. De vouloir donner de l'islam un portrait qui soit respectable uniquement par l'autre. Le plus important n'est pas d'être accepté par l'autre mais d'être digne par soi-même. Il m'importe peu de vous plaire si je ne me plais pas à moi-même”. . La dignité:“Es-ce que le but est de se défendre comme un potentiel coupable ou d'apporter une contribution humaine et éthique au monde? Aujourd'hui, la plupart des musulmans ne sont pas sûrs de la dignité de ce qu'ils portent”. . Mauvaises équations:“Il faut refuser la question sur l'islam et la modernité. Si on l'accepte, cela veut dire que dans l'islam il n'y a que la tradition, le passé, le statu quo alors que la modernité, c'est le mouvement et l'ouverture. Quand vous pensez d'une façon binaire, vous finissez par penser noir et blanc”. . Modernité et occidentalisation:“Il y a une certaine forme de modernité qui est occidentale. Mais la modernité n'est pas forcément le mode occidental de vivre. Il faut faire la différence entre modernité et modernisme. Le modernisme est une certaine idéologie de la modernité tel qu'on le vit et qu'on l'a promu en Occident. Normativement parlant, la modernité est la capacité de vivre en phase avec le temps. Est-ce que les musulmans peuvent vivre avec le temps tout en restant fidèles à leurs principes? Il faut d'abord refuser l'idée que l'islam s'oppose à l'Occident. Le Maroc est l'exemple de ce lieu de passage entre l'Europe et le monde arabe où le pont intellectuel s'est fait”. . Rajeunir la pensée:“Ce qui nous est demandé aujourd'hui, c'est d'arrêter de critiquer le monde et de commencer à rajeunir notre pensée. La pensée musulmane est en train de se réveiller et de réveiller ceux qui ne le veulent pas. Si nous ne travaillons pas par la conscience, nous le ferons par les circonstances. L'ijtihad convoque aujourd'hui toutes les consciences compétentes car le monde s'est complexifié”. Nadia LAMLILI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc