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    Comment un jeune agronome échoue

    Par L'Economiste | Edition N°:300 Le 16/10/1997 | Partager

    Monter son affaire et appliquer sur le «terrain» ce qu'il a appris au cours de ses études supérieures, c'était le rêve d'un jeune ingénieur agronome. Le projet n'a jamais abouti...


    En décrochant son diplôme d'ingénieur d'Etat en production animale en décembre 1995, Adil n'avait qu'une seule idée en tête: monter sa propre affaire et se mettre à son compte. Conseillé par des parents et certains de ses professeurs, ce jeune lauréat de l'Institut Agronomique et Vétérinaire de Rabat avait les choses bien claires dans son esprit. Son projet était l'engraissement des taurillons pour la production de la viande rouge. Janvier 1996, Adil lance la machine et réalise une étude technique, économique et financière qui corrobore ses prévisions: le projet est faisable et rentable. Le marché de la viande rouge est très porteur, car la demande dépasse de loin l'offre.
    "J'ai décidé de m'établir dans la région de Taounate d'où je suis originaire et où je dispose d'un lot de terrain de trois hectares", indique Adil qui précise par ailleurs que le choix d'investir à Taounate lui permettait de prétendre bénéficier des avantages qu'offrait le Crédit Chamal pour le développement des régions du Nord. Le projet, qui fut déposé à la Caisse Régionale du Crédit Agricole de Taounate en mars 1996, a été accepté finalement par la Caisse Nationale du Crédit Agricole après quelques modifications financières.

    Investissement global: 1.800.000 DH


    L'investissement initial total du projet se chiffrait à 1.800.000 DH. 90% seront financés par le Crédit Chamal et les 10% restants le seront par fonds propres: un terrain vague près d'un oued d'une valeur de 150.000 DH et 30.000 DH en apport personnel. "Je voulais commencer par 70 taurillons. Cependant, la CNCA a revu le montant de l'investissement à la baisse. Nous nous sommes finalement mis d'accord sur un investissement de 1.200.000 (40 taurillons)", nous explique Adil.
    Les 90% du crédit sont financés à hauteur de 50% par la CNCA. C'est un prêt remboursable sur 10 ans avec 9% d'intérêt et deux années de différé. 40% sont financés par ailleurs par l'Union Européenne. Ils sont remboursables sur 20 ans avec 10 ans de différé et sans intérêt.

    Les fonds du Crédit Chamal détournés de leurs objectifs


    Octobre 1996 le crédit de l'Union Européenne lui est refusé. Motif: le prétendant au crédit ne dispose pas d'un bâtiment construit. Le jeune ingénieur agronome n'admet pas l'explication donnée par le bailleur de fonds européen. Pour lui, la raison de ce refus est tout autre. Dans la région, les mauvaises langues avancent que les dotations européennes pour la Province de Taounate ont été dilapidées dans des projets d'immobilier alors qu'elles étaient destinées à d'autres secteurs (agriculture, élevage, textile... etc).
    A ce propos, M. Lucio Guerrato, chef de la Délégation de la Commission européenne à Rabat, avait lui-même reconnu que le projet du Crédit Chamal a connu de graves difficultés de financement. D'un montant global de 7 millions d'Ecus (1 Ecu = 10,73 DH), le Crédit Chamal "a été donné parfois à des gens inexpérimentés". D'autres diront qu'il a été donné à des gens de mauvaise foi.
    Argent dilapidé d'un côté, rêve brisé de l'autre: Adil escomptait réaliser un bénéfice net de 30.000DH la première année et 60.000DH par an au bout de 10 ans. Le rêve d'un projet avorté avant la naissance et qui n'a pas pu se concrétiser dans la réalité. Résultat des courses : le projet fut abandonné et le jeune ingénieur agronome a chassé de son esprit toute idée d'un projet d'investissement. "Je me suis investi corps et âme dans ce projet. J'ai présenté un dossier solide. Maintenant, cela me fait de la peine d'en parler tellement, je suis dégoûté. J'ai perdu une année sans aucun résultat...".

    Salim LAHJOUMRI

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