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Comment gagner de l’argent à l’université
Par Robert J. Shiller

Par L'Economiste | Edition N°:2408 Le 24/11/2006 | Partager

Robert J. Shiller enseigne l’économie à l’université de Yale aux USA et dirige un bureau d’études, Macro Securities Research LLC. Il a notamment écrit Irrational Exuberance (L’Exubérance irrationnelle) et The New Financial Order: Risk in the 21st Century (Le Nouvel ordre financier: gérer les risques au XXIe siècle). Il vient de publier «Macro Markets: Creating Institutions for Managing Society’s Largest Economic Risks» chez Oxford University press, toujours dans le domaine de l’analyse des risques (Ph. Web de R.J. Shiller)L’université de Yale, où je suis enseignant, confie son fonds de dotation à une seule personne, David Swensen, depuis plus de 20 ans. Le fonds de dotation est totalement inconnu au Maroc, et c’est bien regrettable…Au cours de cette période, ce portefeuille est passé de juste un peu plus de 1 milliard de dollars à 18 milliards, soit un rendement moyen de plus de 16% par an, ce qui est le plus élevé de toutes les grandes universités. Et il ne montre aucun signe de faiblesse; lors de la dernière année fiscale se finissant en juin, le rendement a été de 22,9%.. L’université s’enrichit Si les présidents de Yale se sont succédé, Swensen reste. Il a fait davantage pour l’université que n’importe quel autre président, ou que quiconque d’ailleurs. Dans une université, les idées comptent plus que l’argent, mais 18 milliards de dollars peuvent créer un environnement favorable à de nombreuses idées nouvelles. Avec 11.500 étudiants, cela fait plus de 1,5 million de dollars -17 millions de DH!- par étudiant, sans compter les bâtiments de l’université ou sa collection d’art, qui valent plusieurs milliards de dollars chacun.Comment cela a-t-il pu être possible? Comment Swensen a-t-il pu gagner autant d’argent? Tout le monde se le demande -notamment nous, à Yale. En effet, beaucoup ici enseignent “l’hypothèse des marchés efficaces,” qui prétend que les marchés financiers du monde sont devenus si compétitifs qu’il est devenu impossible d’obtenir un rendement sur investissement supérieur à la normale. Quiconque bat le marché a simplement un coup de chance.Les études semblent confirmer ce phénomène. Par exemple, une enquête de 2004 de Brad Barber et Terrance Odean de l’université de Californie, de Yi-Tsung Lee et Yiu-Jane Liu de la National Chengchi University, a collecté des données transaction par transaction sur des day traders individuels de la Bourse de Taïwan. L’étude a révélé que 1 % seulement des day traders engrangeaient un bénéfice -après déduction des coûts de transactions- au cours de deux périodes de six mois consécutives, et que le bénéfice moyen valait à peine un tel effort: 4.000 dollars environ. Swensen a écrit deux livres sur l’investissement, un pour les professionnels et un pour le grand public. En les refermant, je n’ai pas eu l’impression d’être capable de faire ce qu’il faisait. Mais quelques éléments se sont imposés à moi.. L’anti-défaitismeL’un d’entre eux est sa vision à long terme. Yale laisse Swensen investir à très long terme, et ne l’ennuie pas avec des résultats trimestriels. Cela lui permet peut-être de se concentrer davantage sur des fondamentaux à long terme, et ainsi de faire des investissements qui n’ont pas forcément un bon rendement à court terme. Mais en fait, il a constamment obtenu de bons résultats à la fois à court terme et à long terme.Une partie du succès de Swensen est “le rendement absolu”, un terme aujourd’hui très répandu dans la communauté des investisseurs, qu’il a inventé pour qualifier des stratégies d’investissement inhabituelles impliquant des choses comme l’arbitrage sur fusions-acquisitions et les difficultés (distressed securities). Il a également investi dans des actifs non traditionnels, comme l’immobilier, le pétrole, le bois, le capital investissement, le capital-risque et les compagnies de reprise d’entreprises. Ces actifs ne sont généralement pas suivis par de nombreux analystes, et ne sont pas faciles à comprendre, ce qui lui donnait un plus grand avantage en mettant à profit ses capacités intellectuelles et le savoir-faire de son entourage. Dans ce sens, Swensen est totalement différent des day traders, qui investissent sur le court terme tout en essayant de battre le marché le plus fréquenté, celui des valeurs cotées en Bourse. Mais je pense aussi que le succès phénoménal de Swensen et de ses pairs reflète l’environnement que Kiyosaki critique. Le problème relève d’une attitude défaitiste, pas de l’érudition.Lorsqu’un esprit analytique, un esprit entraîné à poursuivre la vérité avec rigueur, en tant qu’élément d’une communauté composée de telles personnes, est libéré du doute de soi, il peut produire des choses étonnantes. Je connais David Swensen, et je peux attester que ce n’est pas un day trader solitaire essayant de battre le marché. Il sait écouter, soutenir les gens en qui il a confiance, et il est entouré de nombreuses personnes aux qualités multiples et variées. Et il n’a rien d’un défaitiste.


Gagner toujours?

Il est facile d’en conclure qu’il est inutile d’essayer de battre le marché. Mais alors on pense à des gens comme Swensen. La constance de ses bons résultats peut-elle vraiment être attribuée à la chance?Robert Kiyosaki, auteur de la série de livres à succès sur l’investissement Rich Dad, Poor Dad, base les titres et les thèmes de ses ouvrages sur une comparaison entre son père très diplômé et le père de son ami, qui a quitté l’école en quatrième. A en croire Kiyosaki, son père savant mais impécunieux avaient tendance à se montrer pessimiste quant aux possibilités de chacun de parvenir à quelque chose dans la vraie vie, et avait découragé son fils d’essayer. En revanche, le père de son ami aimait essayer de faire de grandes choses. Le fait qu’il soit devenu riche est-il une coïncidence? Kiyosaki essaie peut-être trop d’être édifiant, mais je pense souvent à lui quand j’entends des professeurs de finance se prononcer sur l’efficacité des marchés et l’absurdité qu’il y a à gagner de l’argent par le biais des transactions. Il se peut que de nombreux universitaires trouvent difficile de prendre des initiatives dans le monde réel -et je n’ai pas encore rencontré d’autre professeur affirmant avoir lu Kiyosaki.Mais Swensen est un universitaire, docteur en économie. Il est entouré d’universitaires. Toutes ces discussions sur l’efficacité des marchés ne l’ont pas découragé de tenter sa chance et d’y arriver. Il semble y avoir là un modèle. Deux universités similaires, Harvard et Princeton, ont pratiquement connu le même succès. Le fonds de dotation de Harvard, sous Jack Meyer, a augmenté son rendement annuel moyen de 15,2% au cours des dix dernières années, que l’on peut comparer aux 17,2% de Swensen, et le fonds de dotation de Princeton, sous Andrew Golden, a gagné en moyenne 15,6% par an. En fait, Golden a travaillé sous l’égide de Swensen à Yale de 1988 à 1993.Copyright: Project Syndicate, 2006. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot

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