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Comment des associations locales tentent de regagner du terrain

Par L'Economiste | Edition N°:1619 Le 09/10/2003 | Partager

. Avec l'aide d'initiatives privées et publiques, des réseaux essaient d'éradiquer la maladie . Principale difficulté: le déficit en ressources humaines Hajja Fattouma attend son tour dans le centre de santé d'Addis à Tata. Elle porte le pudique Haïk, typique des provinces du sud. A côté d'elle, une douzaine d'autres femmes tous âges confondus. Elles ont toutes les yeux rouges et des cils raréfiés. A travers une porte entrouverte, l'on perçoit la silhouette allongée d'une femme qui se fait opérer du trichiasis. Une affection qui provoque des plaies dans le côté interne de la paupière. L'opération est bénigne et consiste à suturer les cicatrices. Fattouma a beaucoup hésité avant de venir au centre. Mais depuis un certain temps, elle souffre de douleurs persistantes. Les cils retournés à cause du trachome deviennent des lames tranchantes. «C'est très douleureux», affirme-t-elle. Nous nous trouvons à la région de Foum Zguid, à 137 kilomètres de Tata. Ici, les douars s'égrènent au pied de la montagne et se cachent des regards comme par pudeur. La beauté du paysage et son immensité invitent au recueillement. Elles masquent pourtant à peine la réalité quotidienne de ces régions. Le climat est aride et les gens ont appris tant bien que mal à cohabiter avec une nature pas très accueillante. Ici, poussière, mouches, pénurie d'eau potable et chaleur sont autant de facteurs qui favorisent la prolifération des maladies. Dans les provinces du sud, la combinaison de ces facteurs affecte particulièrement les yeux, partie du corps la plus exposée. «C'est un problème de misère et rien d'autres». Pour le ministre de la Santé, Mohamed Cheikh Biadillah, il s'agit d'»un problème persistant de développement durable». Mais aussi d'une mentalité et d'un mode de vie. Dans ces régions rurales, le bétail est souvent mis dans des enclos contigus ou carrément in situ. Les mouches y pullulent et harcèlent la population. C'est courant de voir des nuées de mouches entourant en permanence les visages des habitants. Les visiteurs n'en sont guère exempts. Ces bestioles sont le principal vecteur de la maladie. Aujourd'hui, les autorités marocaines (1) ont voulu communiquer sur l'approche retenue pour vaincre la maladie. Plusieurs pays ont affiché leur intérêt pour la stratégie qui témoigne aujourd'hui de l'expertise marocaine en la matière. A côté des ONG qui sont les principaux bailleurs de fonds, le ministère de l'Education nationale et de la jeunesse (MENJ) et l'ONEP sont des partenaires incontournables. A Tata, Zagora ou Ouarzazate, dans les écoles ou les dispensaires, des séances de sensibilisation aux risques de la maladie et moyens de les prévenir se font régulièrement. Des caravanes ambulantes sillonnent également les douars. Ce sont principalement les initiatives du MENJ et de l'ONEP. L'International Trachoma Initiative (ITI), le laboratoire pharmaceutique Pfizer ainsi que l'organisation Helen Keller International (HKI) apportent le financement, les médicaments et le conseil nécessaires à la réussite du programme qui ambitionne d'éradiquer la maladie d'ici 2005. La principale pierre d'achoppement reste le déficit chronique en ressources humaines. «Le combler serait une gageure. Les postes budgétaires sont disponibles, mais les médecins sont sollicités par l'Europe. Ceux qui restent refusent d'aller dans la périphérie», souligne Biadillah qui a annoncé le lancement cette semaine d'un concours national pour le recrutement de plusieurs milliers de médecins. Pour ceux qui devront exercer dans la périphérie, «la motivation sera avant tout financière», assure Biadillah. En attendant, la province de Zagora par exemple devra se contenter de 82 infirmiers pour 299.000 habitants. . Les associations omniprésentes A côté des efforts fournis par les ministères de la Santé et de l'Education et la collaboration internationale, les associations font un travail titanesque avec des moyens rudimentaires. Souvent, il s'agit de personnes du village dont l'engagement et le dévouement sont connus de la population. Les présidents de ces associations ont l'art de convaincre. Leurs projets ont besoin de soutien. Le travail que fait l'association Aoussert (littéralement source d'eau), créée en 1996 dans la région de Tougrih-Addis à Tata, force l'admiration. Elle a pu étendre le réseau d'eau potable à cette localité. Un projet de 164.560 DH avec un apport de l'association de l'ordre de 83.000 DH. A Foum Zguid, une association appelée Annakhil (les palmiers) a mis tous ses moyens en œuvre pour alimenter le douar de Lemhamid en eau potable. Un projet de 1.110.442 DH qui a été financé par un don japonais à raison de 411.642 DH et un apport de l'association de 248.800 DH. Annakhil a construit aussi 78 latrines à siphon hydraulique. Plus loin à Zagora où 87 % de la population est rurale, le trachome est un vrai problème de santé publique. L'imposant palais de la préfecture perché sur une colline est d'une beauté architecturale inégalée. Il cadre pourtant mal avec la misère ambiante. En 1997, au début du programme de lutte contre le trachome cécitant, 70 % de la population a été atteinte par la maladie. Aujourd'hui ce pourcentage a considérablement baissé pour s'établir à 19 % mais comparé à la prévalence dans les autres provinces, il reste alarmant. Zagora qui s'est détachée en 1997 de Ouarzazate, a souffert de la fuite du personnel médical qui a préféré s'installer dans cette dernière plus affable et où un minimum de loisir est assuré. Nous sommes à Ouarzazate, le Hollywood marocain dont la réputation a dépassé les frontières. C'est un paradis sur terre. Les journalistes étrangers sont ébahis par la nature et l'architecture de la province. Des dizaines de kasbahs et d'oasis. La province s'étend sur une superficie de 19.664 km2. Presque équivalente à celle de la Belgique. Les étendues débouchent sur les montagnes de l'Atlas à disposition à la fois harmonieuse et sauvage. L'activité associative est très développée dans la région. A la localité d'Afra où la prévalence du trachome est de 20 %, l'association L'anti-Atlas est en train de réaliser un projet d'adduction d'eau potable au profit de 120 familles parmi 140 que compte le village. Le robinet à la maison permettra à la population de mieux se prémunir contre le trachome en ayant l'eau nécessaire pour une hygiène quotidienne. La moyenne de consommation de l'eau est estimée à 21 litres par jour. Les responsables de l'association tablent sur la généralisation de l'eau potable dans le village à l'horizon 2010. A Tata, Zagora ou Ouarzazate, les associations gagnent lentement mais sûrement la confiance et l'engagement de la population. Selon un jeune étudiant de Zagora, «les partis politiques ne pourront jamais rivaliser avec les associations du Maroc profond». Mostafa BENTAK -------------------------------------(1) Du 30 septembre au 5 octobre 2003, le ministère de la Santé a organisé un voyage d'information à Tata, Zagora et Ouarzazate. Des journalistes marocains mais aussi venant du Mali, de Mauritanie, des USA, d'Angleterre et du Canada ont pu constater sur place tous les efforts consentis en matière de lutte contre le trachome.

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