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Cinquantenaire
Servez-vous du Rapport pour accroître votre croissance!
Christian DE BOISSIEU

Par L'Economiste | Edition N°:2199 Le 24/01/2006 | Partager

Christian de Boissieu est président du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre français, et professeur à l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne). Il est aussi un bon connaisseur de l’économie et de la société marocaines: il faudra se servir du Rapport du cinquantenaire pour infléchir les politiques économiques et stabiliser la croissance à 5% l’anAlimenter des débats, créer un fonds commun d’idées et de faits de manière à améliorer le fonctionnement démocratique, c’est excellent. Christian de Boissieu, qui suit depuis longtemps et de très près l’évolution du Maroc souhaite que le Royaume fasse encore plus avec le Rapport du Cinquantenaire, dont un résumé vient d’être rendu public: améliorer les politiques économiques et «mordre» davantage sur le chômage. - L’Economiste: Ce genre de travail a-t-il été fait ailleurs? - Christian de Boissieu: Tout d’abord, je tiens à saluer ce travail lucide, sans complaisance, très complet car il touche en fait à presque tous les aspects de la vie économique, sociale et politique du Maroc. Bien connaître les forces et les faiblesses de son passé, y compris la question des droits de l’homme, est l’étape indispensable pour se projeter dans l’avenir avec sérénité mais détermination. D’autres pays se sont déjà livrés auparavant à ce type d’exercice. Mais, en règle générale, il s’est agi de pays très développés, ayant une longue pratique démocratique. Et même dans ces exemples-là, le travail de mémoire et de regard dans le «rétroviseur» n’a pas toujours été fait avec autant de lucidité et de liberté de ton que dans cet imposant rapport sur le Maroc. - Les buts annoncés sont d’alimenter les débats, est-ce la seule utilisation possible?- Il s’agit bien sûr d’alimenter le débat public mais aussi d’infléchir les politiques publiques, ou du moins certaines d’entre elles, afin de faire prévaloir pour le Maroc le scénario de «sortie par le haut» à l’horizon 2025, et de tout faire pour éviter l’autre branche de l’alternative, le scénario «régressif» porteur d’insécurité économique et politique.- D’ordinaire, ce genre de travail est fait quotidiennement et publiquement par les intellectuels et les hommes politiques d’un pays. A votre avis, pourquoi cela ne s’est-il pas produit au Maroc? Pensez-vous que cela puisse déterminer une reprise en main de ces sujets par les intellectuels?- Beaucoup des points évoqués dans le Rapport avaient déjà été identifiés par un certain nombre d’intellectuels, d’universitaires, de responsables politiques ou syndicaux… et ressentis par une bonne partie de la société civile. Mais l’effet de masse n’existait pas, les élites elles-mêmes ne savaient pas nécessairement sur quel pied danser, et les contraintes du court terme, aussi bien économiques que politiques, ont pris le pas sur le cap du moyen/long terme, comme par exemple des contraintes de sécurité renforcées un peu partout dans le monde. L’initiative de la transparence démocratique et constructive est devenue sans conteste totalement légitime à partir du moment où elle est venue du sommet, du Souverain, de ses principaux conseillers et du gouvernement. La question n’est pas aujourd’hui la captation du débat par telle ou telle fraction, ou par certains groupes d’intérêt, mais plutôt d’organiser la concertation la plus large, afin d’obtenir un degré suffisant de consensus, sans chercher à gommer les inévitables divergences, pour préparer dès aujourd’hui le Maroc de 2025 et faire la place qu’elle mérite à sa jeunesse, mais aussi à l’ensemble des autres parties concernées.- Economie trop fermée, trop d’interventionnisme étatique, dit le Rapport. Est-ce là de bonnes explications pour des «performances en demi-teinte»?- Les réformes structurelles sont toujours et partout difficiles, pour plusieurs raisons: elles remettent en cause certains avantages acquis, elles comportent à court terme des coûts supportés spécialement par certains groupes ou secteurs, et ce n’est qu’à long terme qu’elles se révèlent potentiellement bénéfiques pour tous. Dans le cas du Maroc, deux facteurs ont un peu plus compliqué les choses: la volatilité du taux de croissance, liée en particulier à la pluie qui tombe ou ne tombe pas; une classe moyenne pas assez large pour fournir un soutien politique et économique efficace. Je considère que la priorité des priorités pour le Maroc en matière économique est de stabiliser la croissance autour de 5% par an. Il peut le faire grâce à l’accélération de la diversification vers l’industrie et les services, sans pour autant remettre en cause les points forts de la filière agroalimentaire, et grâce à une intensification des efforts dans la R&D, l’innovation, l’éducation et la formation, y compris, bien sûr, l’enseignement supérieur... C’est cette croissance stable à un niveau élevé qui permettra de mordre sur le chômage, spécialement celui des jeunes, diplômés ou non, donc de réduire la fragilité sociale, de s’attaquer à la pauvreté, de résorber durablement les déséquilibres des finances publiques, de financer les transitions indispensables et de réduire sans trop de tension les inégalités sociales et les déséquilibres territoriaux. Qu’on le veuille ou non, c’est la performance économique d’ensemble qui conditionne les ambitions sociales et sociétales à afficher et à concrétiser.- Comment expliquez-vous qu’une même société ait été capable de construire par exemple un système bancaire, une monnaie fiables, mais pas un droit économique, y compris fiscal, appliqué partout?- Il est tout à fait normal, et assez universel, que tout n’avance pas au même rythme. Pour un pays qui s’ouvre, il existe forcément une séquence dans les différentes étapes de la libéralisation économique et financière. Le poids du secteur informel ne va pas se réduire du jour au lendemain, au Maroc ou ailleurs, par un coup de baguette magique! Il faut multiplier les passerelles entre le formel et l’informel, et inciter les acteurs économiques, grâce au droit, à la réforme fiscale… à chercher confiance, flexibilité et sécurité dans le secteur officiel plutôt qu’aux marges du système. Comme le Rapport, je considère que les questions de gouvernance -publique et privée- sont centrales. Dans les PME, si décisives pour la croissance et l’emploi, comme dans les grandes entreprises, l’amélioration du gouvernement d’entreprise (corporate governance) est nécessaire pour plus de croissance, de transparence et un meilleur dialogue social. La réforme de l’Etat doit également permettre de mieux concilier l’objectif de compétitivité économique (face à la montée de la Chine, de l’Inde, des pays de l’Est…) et l’exigence de justice sociale, une conciliation qui permet de mieux vivre la mondialisation. Que le Maroc se rassure ici, le même type de défi existe partout, au Nord comme au Sud de la Méditerranée. Propos recueillis par Nadia SALAH

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