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Courrier des Lecteurs

Chronique des changes : Période du 1er au 12 Juin 1992 : La revanche du Mark

Par L'Economiste | Edition N°:34 Le 18/06/1992 | Partager

La remise en cause de l'unité européenne par le vote négatif danois a créé un élan vers le Mark, consacré monnaie leader, si l'union monétaire ne se faisait pas.

La revanche du Mark. C'est ainsi qu'il faudrait résumer l'évolution des changes au cours de la période de dix jours ouvrés du 1er au 12 Juin: +0,53% de hausse contre le Dirham (+0,31% depuis le début de l'année alors que la variation était de signe négatif jusqu'à fin Mai!), dans le sillage des appréciations de la monnaie allemande contre les principales devises internationales, plus spécifiquement vis-à-vis des deux composantes majeures du panier de référence du Dirham: le Dollar (+1,87%) et l'ECU (+0,43%). L'indice de TCE du Mark a pour sa part gagné +0,70%.

Les devises non composites de notre échantillon (c'est-à-dire en excluant l'ECU, lui même en hausse contre Dirham de +0,20%), qui ont accompagné le Mark dans son ascencion sont:
- l'Escudo portugais (+0,64% vs Dirham) qui caracole en tête de la grille de change communautaire quasiment depuis son entrée dans le mécanisme de change du SME, taux d'intérêt élevés obligent;
- le Franc Français (+0,21% vs Dirham), et ce, en raison de l'importance (aux yeux des Gouvernants français) de la stabilité du "Mark/Paris" ainsi que de la pérennité des bons "fundamentals" économiques dans l'hexagone (confirmée récemment encore par les chiffres d'inflation: 2,8% l'an!);
- dans une mesure beaucoup moindre, la Lire italienne (+0,05%) qui ne doit d'avoir surmonté une "crise de change" qu'à la prompte réaction de la Banque d'Italie: celle-ci a en effet remonté d'un demi-point (de 12,50 à 13%) son taux d'intérêt directeur (le taux d'avances sur titres, en l'occurence) puis est intervenue activement sur les marchés des changes en vendant des Marks contre Lires.

L'impact du vote danois sur le Mark

Revanche du Mark, disions nous mais à l'encontre de quelles devises? A l'encontre de toutes celles qui ont précisément vu leur valeur en monnaie nationale se déprécier au cours de la période sous-revue:
- au premier chef, le Dollar qui cède -1,23% au Dirham dans un mouvement général de baisse: l'indice TCE du Billet Vert est en repli de -0,8% en dix jours ouvrés; -1,87% furent cédés au Mark, soit une vingtaine de centimes de plus que la baisse notée par rapport à l'ECU (-1,66%); repli encore sensible par rapport à l'Escudo portugais, au Franc Français (-1,5% environ) et à la Lire itaienne (-1,32%).

- Ensuite, la Pésète (-0,53% vs Dirham), le Yen (-0,23%) et le Sterling (-0,18%) puisque ces devises ont enregistré les plus faibles appréciations en Dollars (respectivement +0,96%, +0,86% et +1,28%) en même temps que les plus fortes baisses exprimées en ECUS (respectivement -0,70%, -0,86% et -0,43%).
La vigueur de la devise allemande s'est nourrie de l'incertitude autour de la poursuite du processus d'Unification Européenne née au lendemain du vote négatif du peuple Danois lors du Référendum de Ratification des Accords de Maastricht. Or, aucune des dispositions de ces Accords ne peut entrer en vigueur si l'un des Douze pays signataires du Traité refuse de le ratifier. A partir de là, le raisonnement politico-économique qui a dominé l'ensemble des places financières internationales fut simple: " " l'absence d'accord ne signifie pas de disparition à terme du Mark allemand (à acheter donc), pas de convergeance économique entre les économies des Douze, donc pas de réduction des deséquilibres (déficits externes et internes, inflation, taux d'intérêt élevés ...) prévalant dans les pays émetteurs de Pésètes, de Lires ou de Livres Sterling (à vendre donc). Vu sous un autre angle, la devise du pays qui demeure "Uber Alles" vertueux (après tout, vertueux) a été enterrée un peu trop vite.

Nippo-pessimisme

Ce sentiment fut conforté par l'analyse des dernières statistiques livrées par les Autorités Américaines concernant (i) l'augmentation à un niveau inédit depuis 1984 du taux de chômage (de 7,2% à 7,5% de la population active) (ii) la timide croissance des ventes au détail pour le mois de Mai (alors que la reprise économique était supposée être "tirée par la Consommation, et par l'immobilier) (iii) le faible niveau d'inflation mesurée par l'indice des prix à la Consommation (+0,1%). Cet ensemble d'éléments a poussé les investisseurs à croire que, décidément, le Dollar était "hypothéqué" à la baisse, et dans ses rendements et dans sa valeur.

Ajoutez à cela les déclarations des Officiels de la Budesbank excluant toute détente prochaine des taux d'intérêts allemands, enfin le "nippo-pessimisme" au sein des milieux d'Affaires et à la Banque du Japon en raison du refroidissement conjoncturel lequel a d'ailleurs sérieusement contrarié les effets des déclarations officielles de soutien au Yen. Vous avez ainsi de bonnes raisons de "re-croire dans le Mark".

Confiance dans les Eurocrates

Dans le fonds, nous ne partageons pas cette analyse, car la présente situation d'incertitude par rapport à la poursuite du processus de construction Européenne ne nous semble pas pérenne:
- d'une part, il faut faire confiance en l'imagination des Eurocrates pour concorter une astuce juridique aux termes de laquelle la clause de l'unanimité dans le processus de ratification des Accords de Maastricht sera contournée, et par ailleurs, permettre au Danemark et à d'éventuels autres condidats "timorés", de bénéficier d'une espèce de clause d'exemption (Opt-out) dans la mise en oeuvre de certaines dispositions du Traité de l'Union Economique et Monétaire; en somme prévoir une clause similaire à celle concédée aux Britanniques pour l'adoption de la monnaie unique en 1997. Ce type d'amendement au Traité de Maastricht pourrait coïncider avec la Présidence britannique de la CEE qui débute le 1er Juillet prochain;

- d'autre part, au fur et à mesure que seront connus les résultats (à ne point douter positifs) des procédures de ratification des Accords dans les 11 autres pays Européens (ces procédures sont pour la plupart parlementaires sauf en Irlande où, le 18 Juin, et en France en Septembre seront organisés des Référendums sur la question), les marchés re-découvriront les raisons de se défier du Mark (pour cause d'assouplissement monétaire anticipé de la Buba au dernier trimestre) et trouver de nouvelles vertus aux autres devises dont le Dollar (ne serait-ce qu'au lendemain de la victoire probable du Républicain Bush sur ses rivaux Démocrates de moindre stature politique, même selon les standards américains). Il est vrai que l'état de l'économie américaine sera déterminant à cet égard: une solide reprise doit y être confirmée. Mais d'ici là la monnaie allemande risque de savourer quelques semaines encore ce qui nous semble n'être qu'un répit précaire.


Brahim BENJELLOUN-TOUIMI


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