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    Courrier des Lecteurs

    Chronique des changes: bilan de l'année 1991

    Par L'Economiste | Edition N°:11 Le 09/01/1992 | Partager

    Dépréciation du cours de change du Dirham vis-à-vis de 13 devises (8 européennes dont 5 appartenant au SME, les deux Dollars nord-américains, le Yen japonais et deux pétro-monnaies arabes); appréciations par rapport à 9 devises: (l'ECU et 3 de ses composantes, deux autres devises européennes, plus les seules maghrébines cotées au Maroc), tel est sommairement le bilan des variations de la monnaie nationale au terme de l'année 1991.


    LES dépréciations du Dirham se sont échelonnées entre -0,04% (contre la Couronne norvégienne, monnaie scandinave évoluant grossièrement dans le giron du Mark allemand par rapport auquel elle n'a cédé que 5 centimes en pourcentage en un an) et -10,32% vis-à-vis du Yen japonais, monnaie leader de l'année 1991 puisque toutes les devises internationales lui ont cédé du terrain: son indice de taux de change effectif nominal (calculé par la Banque d'Angleterre) est, en effet, en progression de +12,9% par rapport à Décembre 1990, ce qui n'a manifestement pas empêché l'économie japonaise d'enregistrer des excédents commerciaux toujours plus élevés, nourrissant bien au contraire, une hausse que tous les partenaires commerciaux du Japon, américains en tête, appellent explicitement de leurs voeux.

    Variations à la hausse, plus amples que les variations à la baisse


    L'amplitude des variations à la hausse de la monnaie marocaine au cours des douze derniers mois fut légèrement supérieure à l'amplitude de baisse (10,58 contre 10,28). La plus forte appréciation en % du Dirham est enregistrée contre la «markka» finlandaise (+10,83%) qui, par ailleurs, a cédé -14% de sa valeur contre le Dollar (et environ 12% contre l'Ecu) suite à la décision de la Banque Centrale de Finlande de laisser «flotter» cette devise et non plus de la lier à la monnaie composite européenne.
    Un quart pour cent de hausse, telle est la plus faible appréciation du Dirham, vis-à-vis précisément du Franc Français: l'explication du sens de cette variation (baisse du franc) trouve son origine dans la dépréciation qu'il a enregistrée tant vis-à-vis du Dollar (-1,86%) que du Mark allemand (-0,41%), alors que le poids cumulé de ces deux devises dans le panier de cotation du Dirham est substantiel; en revanche, sa moindre dépréciation en Dirham, comparée à d'autres devises, s'explique, inter alia, par le fait que la monnaie française s'est valorisée par rapport à la moyenne pondérée des devises européennes, à savoir l'Ecu (+0,55%).

    Celui-ci a pâti de la dépréciation plus sensible (notamment vis-à-vis du Dollar et du Mark) qu'ont enregistrée certaines de ses plus importantes monnaies composantes, au premier chef, la Livre britannique (13% de pondération) et dans une moindre mesure, outre le Franc donc, (19% de pondérations dans le panier Ecu), la Lire italienne (10,5%). L'indice des taux de change effectifs de ces trois devises a baissé respectivement de -2,3%, -0,8% et -0,7% en 1991 par rapport à l'année précédente, et ce, malgré le durcissement de la politique monétaire dans les deux pays latins concernés, et en dépit également des déclarations officielles de soutien à la Livre qui écartent toute dévaluation du Pound au sein du SME, et en même temps n'envisagent pas non plus un quelconque relèvement des taux d'intérêt, parce que les britanniques vont aux urnes au printemps prochain.

    Les devises qui se sont inscrites à la hausse par rapport au Dirham


    Parmi les devises qui se sont inscrites en hausse contre notre monnaie:
    - le Dollar canadien (1,79%), le Rial saoudien (1,35%), le Dirham émirati n'ont fait que suivre l'évolution du Dollar (1,33%), les deux pétro-monnaies lui étant virtuellement rattachées, et l'autre monnaie nord-américaine ne pouvant durablement s'en écarter (elle gagne +34 centimes en pourcentage contre le Billet Vert, du fait, inter alia, que les rendements de la monnaie canadienne, bien qu'épousant le sens de variation de leurs équivalents américains incorporent toujours une «prime de risque» qui l'avantage quelque peu.
    - le Franc belge (+0,44%), le Florin hollandais (+0,26%), le Schilling autrichien (+0,19%) sont les séides de la monnaie d'un pays, l'Allemagne, dont toute mesure de politique économique, particulièrement de politique monétaire, ne peut être prise sans susciter une réaction similaire dans ces pays, tellement leurs économies sont étroitement imbriquées et dépendantes du puissant voisin allemand.

    L'ampleur de l'appréciation de ces devises contre Dirham, supérieure à celle du Deutschemark (+0,13%) trouve sans doute son origine dans le fait que les trois premières devises se sont appréciées par rapport au Mark (respectivement +0,53%, et pour les deux dernières monnaies +0,08%, autant donc de «primes de risque» que les marchés des changes ont pris en compte).
    - si les deux monnaies ibériques affichent des variations positives en Dirhams, respectivement +0,17% pour la Pesete, et, plus remarquable, +1,39% pour l'Escudo portugais, c'est que par rapport aussi bien à l'Ecu (0,7% et +2,11%) qu'au Billet Vert (des dépréciations moindres: -1,20% voire -0,18%), leur évolution a «juré» par rapport au reste des devises européennes.
    Les niveaux de taux d'intérêt dont ces monnaies sont assorties, ainsi que des résultats économiques relativement moins déprimés enregistrés dans ces pays (caractéristiques de la «phase de rattrapage» pour ces «nouveaux venus» au sein de la CEE?) ne sont pas étrangers à une telle situation.

    Les devises qui se sont inscrites à la baisse par rapport au Dirham


    Quant aux autres monnaies par rapport auxquelles le dirham s'est apprécié et dont nous n'avons pas rendu compte:
    - les deux «maghrébines» (ouguiya mauritanienne: 4,96% et Dinar tunisien +2,12%) enregistrent une évolution qui, au stade actuel de la construction du Magheb Arabe, n'a pas réellement d'incidence sur les relations économiques bilatérales que les deux pays considérés entretiennent avec le Maroc; les échanges commerciaux sont effectivement opérés dans des monnaies convertibles tierces.
    En revanche, leurs exportations vers les pays-tiers, celles de Tunisie étant à cet égard très significatives, sont d'autant favorisées, et ce, sur des segments de marché sur lesquels le Maroc est également compétiteur, et sans doute de ce fait, un peu moins compétitif.
    - la couronne danoise perd plus d'un demi pourcentage par rapport au Dirham, proportion équivalente à sa dépréciation par rapport à l'Ecu.

    La Suisse n'est plus la Suisse


    Depuis la fin de la Guerre Froide, avec la dislocation du bloc communiste et de l'empire soviétique, la Suisse n'est plus la Suisse; ses attributs «géopolitiques» ont changé, sa «neutralité» n'a plus la même signification (à quand la «votation» pour l'adhésion à la CEE?); de même, dans un monde en lutte contre le blanchiment de l'argent «sale» et de la drogue en particulier, le secret bancaire ne peut plus rester aussi secret. Cette perte de «spécificité» Suisse (dont nous n'avons évoqué que les aspects les plus stéréotypés) se ressent au niveau du symbole économique de ce pays: sa monnaie sans qu'il soit besoin de développer les problèmes économiques internes de la Confédération hélvétique que les marchés, d'ailleurs, apprécient désormais à leur juste mesure, et selon une grille d'analyse de plus en plus «européenne». «Quels avantages ou quels inconvénients résultent pour telle ou telle mesure économique, législative ou réglementaire, de la non-appartenance de la Suisse à une C.E.E qui, progressi-vement, s'unifie?» est schéma-tiquement l'intérrogation sous-jacente à toute analyse de l'actualité sur les bords du Lac Léman. En 12 mois, l'indice du taux de change effectif du Franc suisse a perdu près de 6% tandis que son cours exprimé en Dirhams cédait -4,20%, -6,27% contre Dollar et 4,04% contre ECU.


    Brahim BENJELLOUN-TOUIMI
    Docteur en économie

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