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Economie

Chine-Tourisme: Un marché et un concurrent
De notre envoyée spéciale, Mouna KADIRI

Par L'Economiste | Edition N°:2301 Le 20/06/2006 | Partager

. Industriel, culturel, de montagne… du nouveau à gogo. 46 millions de nuitées en 2005. Première destination mondiale en 2020, selon l’OMTVous prendrez bien un bol de riz? Oublié le pain, le régime méditerranéen. L’art culinaire chinois est un enchantement pour les papilles curieuses. La Chine attire beaucoup les opérateurs de tourisme: ce pays qui s’ouvre représente une mine d’or convoitée.Une destination et un émetteur de premier ordre, qui s’ouvre à sa façon(1). L’empire du Milieu regorge de niches pour le secteur: rural, industriel, balnéaire, de montagne, culinaire. Le gouvernement chinois parle d’industrie du culturel à déployer, dans son plan d’action (11e plan quinquennal).. La montée d’un concurrentLa Chine a fourni 46 millions de nuitées en 2005, selon le ministère du Tourisme chinois. Même pour le Maroc, il faudra prendre au sérieux la vague chinoise: des mondes nouveaux attendent le touriste. C’est époustouflant de voir la montée en puissance de la prochaine grande mode du tourisme mondial que sera la Chine… qui fait tout pour être à la hauteur de ses ambitions de numéro un mondial… dans le tourisme aussiA l’instigation de l’agence de voyages Terratour et Air France Maroc, un groupe de journalistes et d’agences de voyages a sillonné pendant dix jours cinq villes: - Shanghai, la clinquante et l’industrielle;- Suzhou, la «Venise de l’Orient»; - Hangzhou, une «Ifrane» de 5 millions d’habitants, avec son Lac de l’ouest (6 km2 et 15 km de circonférence);- Nanjing, la capitale du sud, douce, noble, sereine, mais non moins très high-tech; - Et enfin l’ahurissante Beijing (la capitale du nord, anciennement Pékin), en passant par un train de nuit haute technologie. Tout cela, dans la zone qui absorbe la majorité de l’investissement direct étranger.La position, dite de la «crotte»(2), est encore d’actualité dans les rues chinoises. Les vélos et motos électriques font des ravages. La propreté est en perpétuelle marche: toujours un balayeur dans les parages. Un train flottant (lévitation sur coussin d’air, qui n’existe pas -encore?- en Europe!) fait du 430 km/h! Les derniers pousse-pousse deviennent des icônes et des attractions touristiques… L’histoire récente est encore présente dans les gestes d’un peuple résolu à s’ouvrir, mais résolu aussi à n’employer que ses propres méthodes. En 400 kilomètres de routes, entre Suzhou, la Venise de ces terres, et Nanjing, passant par Hangzhou, des villas à perte de vue encore sous le gris du ciment frais jalonnent la route. Elles font une vaste étendue à l’horizon et se suivent les unes après les autres le long du trajet. . Savoir-faire et faire savoirHangzhou accueille un parc industriel pour le développement et un autre pour la haute technologie: d’énormes panneaux anglais-chinois vous le disent et le redisent. Le savoir-faire et le faire savoir.Nanjing, à quelques centaines de km, a en projet 5 parcs. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir aussi 8 arbres par habitant. C’est-à-dire «un paradis de verdure de 40 millions d’arbres», dit dans un français élégant la guide, «Hélène» pour les touristes. Docteur Sun Ya Tsé, le fondateur de la république de Chine (1911) y est inhumé, dans un époustouflant site naturel entourant le mémorial. Au cœur de sa vieille ville, se trouve le temple de Confucius, jadis sa capitale. Ville impériale de 2.500 ans, Nanjing garde ses remparts de 700 ans. Elle n’en est pas moins à la pointe du développement avec ses grandes et belles avenues.Dans la région de Suzhou, Singapour a délocalisé pour une valeur de 5 milliards de dollars en nouvelles technologies et y a installé une vraie silicone valley, indique Najib Yacoubi, l’organisateur ayant reçu le groupe «d’éclaireurs» en Chine. Confirmant la place de la Chine comme plateforme de fabrication d’une Asie du Sud intégrée (WDI, 2006).C’est là que l’on trouve aussi de millénaires et mythiques jardins (un intérieur en harmonie avec la nature). Suzhou, 1,5 million d’habitants, «la Venise de l’Orient» avec ses canaux et ses constructions sur pilotis. Un bijou verdoyant, qui garde son enveloppe millénaire. Mais dont les arcades urbaines sont flamboyant neuves. Suzhou fait la part belle aux véhicules électriques. Elle accueille l’industrie de la soie, dans ses remparts, et les high-tech dans ses environs.Il se dégage du périple une ébullition, mais aussi un étrange «calme bouillonnant» dans les rues: circulent surtout des voitures neuves (beaucoup de Volkswagen) et bus sur des infrastructures routières gargantuesques (à sept étages parfois!) et dont l’œil humain ne perçoit qu’un infini petit bout, d’énormes machines en fer et des pelleteuses.Shanghai, 12 millions d’habitants (de résidents en fait, car dans la journée avec les travailleurs de banlieue, ils doivent avoisiner les 20 millions, soient les deux tiers du Maroc dans une seule ville!), joue aux challengers pour la 1er place financière chinoise. Elle agresse de ses tours futuristes, imposantes, presqu’insolentes. Nouvelles technologies, propreté des rues mais, paradoxalement, pollution de l’air. Du monde, beaucoup de monde, mais de la discipline dans l’ensemble; quoique pas toujours quand il y a vraiment foule. On y sent la rudesse de l’hyper-croissance.Les métros sont à la pointe: ici de la technologie d’Alstom sur laquelle a été développée la technologie chinoise, exemple d’absorption-création. Shanghai accueille l’exposition universelle de 2010. Elle se montre prête et se vêt de ses meilleures lumières le soir venu.Beijing est une mégalopole gargantuesque qui vous happe par la hauteur de ses gratte-ciel et le pharaonique des hôtels. Avec des infrastructures routières pouvant faire jusqu’à 20km de long. Elle abrite la Cité interdite, là où a vécu le dernier empereur, voisine de la place Tian’anmen, lieu des massacres d’étudiants, et du mausolée où repose le corps embaumé de Mao Ze-dong. Elle est prête et fière de l’être pour les Jeux Olympiques de 2008. En témoignent les infinies effigies et les logos qui lui sont dédiés (casquettes, parapluies, mascottes, publicités, etc.).


Négociations hilarantes

En Chine presque tout se négocie. Au Maroc, la culture de la négociation est forte également. C’est le point commun des pays où foisonne l’informel. Quand un vendeur chinois rencontre un acheteur marocain, c’est parfois franchement hilarant. Il n’est pas rare de voir le vendeur perdre son sang-froid ou alors partir d’un fou rire, ou encore signifier à l’acheteur qu’il est complètement fou en pointant son doigt sur la tempe, devant les propositions de prix du touriste marocain. Inversement, il n’est pas rare de voir le vendeur désarçonné par l’acheteur marocain qui lève un énorme attrape-touriste.


Maglev: Un Rabat-Casa en 20 mn!

Magnétique, à lévitation, logé au cœur d’une gare futuriste à la sortie de l’aéroport international de Pudong (Shanghai), le «transrapid» Mag(netic)lev(itation) est un de ces trains qu’on verrait bien dans les films de science-fiction. Comme une bête géante, il flotte jusqu’à 430 km/h! S’il y en avait un au Maroc, il ferait Rabat-Casa en 20 mn, contre une heure pour Aouita (en fait le TNR).Technologie allemande, pour compte chinois, il relie un aéroport non moins géant et futuriste, classé 17e mondial, à Shanghai. 35 km en 7 minutes, coût: 1,2 milliard de dollars (12 milliards de DH, presque tout le budget d’investissement de l’Etat marocain!).Aujourd’hui, la Chine maîtrise les technologies des trains à lévitation. Les ingénieurs chinois en sont à leurs essais pour des trains à lévitation de moyenne vitesse, bien chinois.


Comment y aller

Du Maroc, les compagnies étrangères desservant les aéroports chinois sont principalement: Qatar Airways, Air France (dont la filiale Maroc a été le transporteur d’un Eductour en Chine du 30 mai au 8 juin dernier. Voir aussi L’Economiste du 13 juin 2006, www.leconomiste.com), Emirates Airlines, Lufthansa, Turkish Airlines.Le prix du billet aller-retour varie d’une compagnie à l’autre, et selon la saison et la formule: entre environ 10.000 et 18.000 DH TTC, pour Casa-Beijing. Le nombre de fréquences proposées par Air France sur la Chine a été multiplié par 4 en dix ans, passant de 10 fréquences/semaine en 1994 à 39 aujourd’hui.Du Maroc, Air France propose 4 villes en Chine: Shanghai, Guangzhou (Canton, connue pour sa foire commerciale fréquentée par les commerçants de Derb Omar), Hong Kong, Beijing. AF programme 14 vols par semaine pour Beijing via Paris. Paris-Beijing se fait en près de 10h30 mn de vol. Emirates Airlines assure un vol quotidien, mais avec double escale, Dubaï et Hong Kong. Qatar Airways programme 4 vols par semaine via Doha, Lufthansa 5 fois par semaine (escale à Francfort), et Turkish Airlines 6 vols hebdomadaires (via Istanbul).


Instantanés

Mal faire son travail, ou faire une erreur est mal vécu. Le sens du devoir est très présent. Sourire «commercialement» au touriste n’est pas encore la panacée, y compris dans les grands hôtels. Le service est encore sec mais calme. L’hésitation et l’embarras de réceptionnistes peu anglophones sont perceptibles. Mais tout cela n’est que transition. Le faste des grands hôtels suréquipés est là, reste la prestation de service. Le gouvernement met le paquet sur la formation de ressources humaines qualifiées dans le tourisme, indique le ministère du Tourisme chinois. Il se prépare, dans le cadre de son onzième plan quinquennal, à recevoir les millions de touristes potentiels que lui prévoit l’Organisation mondiale du tourisme. En 2020, la Chine sera la première destination et 4e pays émetteur de touristes. Ni plus ni moins.Le secteur des services représente 41% du PIB en 2004 (WDI, 2006).


Rush aérien

Les aéroports internationaux de Chine pèsent de plus en plus lourd: Pékin, Hong Kong, Shanghai sont mondialement classés (ACI, Airports council international) et absorbent de gros trafics. Sur le tarmac de l’aéroport international de Pudong (Shanghai), le ruée est visible. Toutes les grandes compagnies aériennes étrangères sont là. D’ailleurs, le séjour de la petite délégation marocaine en Chine a été organisé par l’agence de voyages Terratour et Air France Maroc. Pour Terratour, c’est l’intérêt grandissant du touriste marocain pour les pays asiatiques: elle propose des packages (circuits + avion) d’une quinzaine de jours. Prix: dans les 20.000 DH. Air France, l’autre invitant, investit massivement en Chine et y augmente ses fréquences et ses dessertes. Nombre de compagnies aériennes suivent le mouvement et anticipent sur ce qui émerge à peine: des millions de Chinois (100 en 2020) et des millions de touristes toujours plus nombreux (140 en 2020). Selon l’ACI, en 2005, l’aéroport de Beijing, est classé 14e aéroport au monde: 41 millions de passagers. Celui de Hong Kong le talonne, classé en 16e place avec 40,2 millions de passagers l’année dernière. En 2004, plus de 57% des touristes étrangers ont utilisé l’avion pour venir en Chine (Rapport annuel des statistiques du tourisme, Chine).


100.000.000 de touristes!

Plus de cent millions de Chinois partiront à la découverte du monde en 2020. C’est la projection de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme). Cela fera de l’empire du Milieu le 4e pays émetteur de touristes dans le monde. Aujourd’hui, ils sont aux environs de 20 millions. Autrement dit, dans quinze ans, il y aura dix fois plus de Chinois touristes qu’aujourd’hui. Rien d’étonnant vu la vitesse de développement du pays (cf. L’Economiste du 13 juin 2006, www.leconomiste.com): près de 200 millions font la classe moyenne; 40 millions sont de «nouveaux riches» dont 12 millions de millionnaires en dollars…!Ouverture ne signifie pas changement de méthodes: les touristes chinois voyagent en groupe (au moins cinq personnes), dans les pays estampillés SDA: «Statut de destination autorisée», par le gouvernement chinois.La question cruciale est: qu’est-ce qui peut bien séduire un touriste chinois au Maroc? La mer? Le soleil? Les paysages? Que nenni! Tout cela est disponible dans l’empire du Milieu, et avec des variations plus grandes. Pour un pays comme le Royaume, il faut vendre l’histoire, le culinaire, le culturel… C’est l’avis de l’ambassadeur du Maroc à Beijing, Mohamed Cherti, qui nous a reçus lors de notre séjour. Accueillir les Chinois au Maroc nécessite par ailleurs la connexion linguistique: l’anglais, mais que tous les Chinois ne connaissent pas forcément. «Et pourquoi pas directement apprendre le chinois?», dit l’ambassadeur. Ce qui fera sourire le groupe… et pourtant…Les agences de voyages marocaines ont là une manne importante. Mais pourront-elles concurrencer leurs homologues chinoises? Celles-ci n’ont aucun mal, et elles commencent à le faire (Paris), à s’installer dans le pays récepteur du touriste de l’empire du Milieu pour tout organiser. Viendra probablement le moment où l’on verra venir du pays du soleil couchant des guides chinois polyglottes pour leurs compatriotes touristes. -------------------------------------------------------------------(1) Les destinations touristiques autorisées sont désignées par le gouvernement. Il y a actuellement seize pays africains autorisés comme destination touristique pour les Chinois, dont le Maroc. Lequel n’a toutefois reçu que 1.500 touristes de l’empire du Milieu en 2005, selon le ministère du Tourisme chinois. «Un point de départ», disent de part et d’autre les officiels des deux pays.Un challenge et une manne pour les agences marocaines qui misent dessus, lesquelles, préviennent les analystes, devront craindre la concurrence des agences chinoises prêtes à investir dans les pays récepteurs de leurs compatriotes. Il y aurait 15.000 agences de voyages et près de 1.000 hôtels à Beijing!(2) S’asseoir accroupi en équilibre sur ses jambes.

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