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Cette Amérique qui vote, un voyage avec Guy Sorman
Etape IX: Les Américains ont-ils réinventé la

Par L'Economiste | Edition N°:1886 Le 29/10/2004 | Partager

Si la ou les religions sont aussi un vrai business, qui calculent leur impact avec leur compte d’exploitation, la politique américaine est encore plus gourmande, mais d’une manière bien plus sophistiquée qu’on ne l’imagine généralement. Et ce d’autant plus que les décisions politiques se sont mises à passer par une forme de démocratie directe… qui n’est pas sans danger pour la démocratie.Rien qu’en Californie, chaque année, plusieurs centaines de propositions visant à modifier la Constitution ou la loi sont lancées sur le marché politique. Seul un petit nombre atteignent le seuil exigé pour être soumises à un scrutin. (…) Toute initiative est permise, dans n’importe quel domaine. . Second tour devant le jugeLe ministre de la Justice de l’Etat veille à l’authenticité des signatures, par sondage sur un échantillon, et à ce que le texte de la proposition soit compréhensible. Outrepasser ce contrôle formel serait une atteinte à la liberté de l’électeur. Chaque année, une ou deux de ces initiatives populaires sont approuvées par le suffrage universel. S’y ajoutent toutes celles, plus nombreuses, qui se jouent au niveau des municipalités. Mais une proposition ne s’impose réellement qu’après épuisement de tous les recours juridiques de ses adversaires malchanceux.Une sorte de second tour se joue donc devant les tribunaux, depuis ceux de l’Etat jusqu’à la Cour suprême des Etats-Unis. Toute proposition doit en effet être conforme à la Constitution fédérale ou à l’interprétation qu’en donne pour l’heure la Cour suprême, l’ultime instance de décision; ce qui peut prendre des années (C’est ce qui explique que les Américains n’ont pas été choqués quand l’élection du président en l’an 2000, s’est jouée devant les tribunaux).Comme tout commence avec une pétition, une industrie de la pétition s’est créée, à la disposition des intérêts organisés.La démocratie directe est onéreuse; une signature revient à environ deux dollars. C’est en général sur les parkings que les démarcheurs appointés sollicitent les clients, méthode moins coûteuse que l’envoi de circulaires; il reste pour l’avenir à tester Internet, dont le prix de revient quasi nul mettrait le droit d’initiative à la portée de tous. Les signatures une fois validées, la proposition est soumise au scrutin à l’occasion d’une élection générale, si bien que l’électeur doit pourvoir, sur un même bulletin de vote, à une centaine de fonctions électives et arbitrer entre des propositions longues de plusieurs dizaines de pages. Pour lui permettre de s’y retrouver, les auteurs de pétition achètent du temps d’antenne à la radio ou à la télévision.. Etats ingérablesEn Californie, Etat laboratoire, (l’intervention directe des électeurs) est devenue un mode de gouvernement et une manière de rendre l’Etat ingérable: une “ingouvernabilité” qui plaît aux conservateurs, mais qui inquiète les libéraux. Gray Davis, l’ancien gouverneur responsable de la panne électrique, était devenu l’otage de lobbies peu sympathiques aux électeurs, comme les tribus indiennes opératrices de casinos: celles-ci avaient financé sa campagne électorale, et Davis remboursait ses dettes en leur accordant une législation qui leur était favorable, mais qui irritait profondément ses concitoyens (cf. Etape VIII: comment il fut “rappelé”). (Dans les années 60, un certain Howard Jarvis, qui avait fait fortune dans la fabrication de pièces détachées pour avions, avait gagné une grande bataille contre les impôts). Depuis l’initiative de Howard Jarvis, nombreux sont en Californie les groupes d’intérêt qui l’ont imité. . Des plébiscites pour tout et n’importe quoiQui prend ces initiatives? Une cause financée par un seul individu qui en a les moyens n’est pas suspecte, un financement individuel apparaissant souvent aux électeurs comme un gage d’indépendance vis-à-vis des intérêts organisés. Mais, le plus souvent, derrière chaque initiative se trouve une corporation. Howard Jarvis fonda une ligue de contribuables qui constitua des listes, puis recueillit des fonds par envoi de circulaires. En 1988, les syndicats de l’enseignement firent passer une proposition affectant obligatoirement 40% du budget de l’Etat à l’enseignement public, à l’exception des universités, lesquelles en ont beaucoup pâti. En 1994, le gouverneur de Californie versa dans la démagogie en soutenant une initiative qui supprimait les aides sociales aux immigrés illégaux. La justice fédérale a gelé l’initiative pour inconstitutionnalité. En 1996, un groupe libertaire de San Francisco obtint qu’une proposition légalise l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques. Les juges fédéraux ont bloqué son application. Au cours du même scrutin portant sur la marijuana, à l’initiative de Ward Connerly, la proposition 209 a interdit à l’Etat de Californie toute discrimination positive ou négative envers tout individu ou groupe sur la base de la race, du sexe, de l’origine nationale, dans l’emploi, l’enseignement public et l’attribution des marchés. Cet amendement à la Constitution a interrompu la méthode des quotas à l’entrée de l’université; mais elle n’empêche pas la prise en compte des mérites individuels des candidats, ce qui permet à l’Etat de Californie de préférer la “diversité” au cas par cas. Certaines initiatives sont plus libérales: en 1998, une proposition applicable au comté de Los Angeles a augmenté les impôts destinés à financer les services d’urgences et de traumatologie des hôpitaux publics. Les personnes âgées et les automobilistes tombèrent d’accord pour voir augmenter leurs impôts au service d’une cause qui leur était chère, mais qui participait aussi de l’intérêt général.. Otage des modes et des lobbies (Mais parce qu’il faut payer les campagnes, la démocratie directe est directement en prise avec les intérêts financiers): elle n’est pas exempte de ces turpitudes qui font aussi l’Amérique… De plus, la démocratie directe peut devenir l’otage des modes autant que des lobbies. Le milieu du cinéma mérite ici un Oscar. Cette petite société, regroupée dans les beaux quartiers de Los Angeles, libérale et écologiste, cautionne toujours les causes qui semblent “progressistes”, et les soutient souvent par ses films. En 1994, cette faction des bien-pensants devait financer une proposition interdisant les pièges à loup, contre l’avis des gardiens chargés de la gestion du parc animalier. La démocratie directe sert les libéraux autant que les conservateurs, mais dans cet Etat d’immigrants, elle ne vaut que pour les électeurs inscrits. N’avantagerait-elle par là que les Blancs? De fait, ceux-ci représentent les trois quarts des électeurs, alors qu’ils ne sont plus que la moitié des Californiens. Parmi ces Blancs, les électeurs de plus de soixante ans sont les plus actifs en politique; ils sont aussi les plus hostiles à l’impôt, et les moins intéressés par les services collectifs. En Californie, les plus âgés sont aussi les plus fortunés. Cette minorité au sein de la majorité blanche finit par exclure beaucoup de citoyens, et plus encore de non-citoyens.


Libéraux et conservateurs, une bataille constante

A Washington, il y a trois monuments aux morts du Vietnam. Le mémorial initial, un mur de granit noir, en partie enfoui dans une faille du Mall, d’une simplicité bouleversante, œuvre de l’artiste minimaliste Maya Lin, est évidemment d’inspiration libérale. Achevé en 1982, du temps du président Reagan, c’est, avant lui, le président Carter qui en avait décidé l’érection: un cimetière sans gloire, le recueil des noms des victimes, sans autre commentaire que l’année de leur disparition... Morts pour rien. Les conservateurs ne pouvaient l’accepter tel quel. En 1982, des mouvements d’anciens combattants exigèrent et obtinrent de Ronald Reagan l’érection, à proximité du mur, d’un monument réaliste à la gloire des combattants: trois soldats de bronze (dont un Noir), virils, musclés, surarmés. Trois sentinelles de la Liberté au service d’une interprétation révisée à la hausse de la guerre du Vietnam: ces hommes n’avaient-ils pas stoppé en Indochine l’expansion mondiale du communisme? Les libéraux contre-attaquèrent: au trio viril, politiquement incorrect, fut ajouté un second ensemble tout aussi réaliste -trois femmes (dont une Noire)-, des infirmières, militaires mais non combattantes, soutenant un soldat à l’agonie. Match nul pour le Vietnam: à chacun son sanctuaire et son histoire!


Faire du fric… démocratiquement

En 1998, furent adoptées deux propositions que l’on aura de la peine à étiqueter (à droite ou à gauche). La proposition 5 a autorisé les tribus indiennes à installer des machines à sous dans leurs casinos (cf. ci-contre). On devine l’alliance de circonstances entre des intérêts financiers et le désir des Blancs de restituer aux Indiens leurs droits tribaux. Les fabricants de machines à sous, qui avaient financé la campagne des Indiens, ont récupéré plusieurs fois leur mise. Il se trouve que, depuis une dizaine d’années, une conjuration d’avocats habiles et de chefs indiens plus ou moins légitimes exhument des traités conclus aux XVIIIe et XIXe siècles entre le gouvernement des Etats-Unis et les nations indiennes souveraines. Les conjurés s’en servent pour échapper aux lois et aux impôts fédéraux et installer des casinos sur les terres “retribalisées”. On ne s’en indignerait pas si les profits amélioraient le sort généralement misérable des Indiens. Mais ce n’est pas le cas. Il s’agit souvent de tribus fictives, reconstituées pour la circonstance. Tandis que les établissements sont gérés par des entrepreneurs de Las Vegas, les Indiens ne servent que de prête-noms, et la plupart restent cantonnés dans leurs réserves ou au pourtour des villes. Il n’empêche que, chez les Blancs, la nouvelle image de l’Indien est devenue celle d’un tenancier de casino qui tire profit de ses origines douteuses. Mais en 1998, en cochant le même bulletin de vote où figuraient les machines à sous, les Californiens acceptèrent l’augmentation des taxes sur le tabac afin de financer une campagne contre le tabagisme. Cette initiative, émanant du corps médical, fut soutenue par la gauche libérale qui domine Hollywood.Etape X: Une nouvelle race d’Américains, le rebelle netoyen

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