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Ces grandes visions inachevées

Par L'Economiste | Edition N°:2209 Le 08/02/2006 | Partager

. Prost, Ecochard, Pinseau… les premiers concepteurs. De la ségrégation spatiale à la stratification sociale. Un système de dérogation en attendant le schéma directeurPour la petite histoire, il y a moins de trois ans, un projet de réhabilitation de l’ancienne médina allait prendre forme. Les responsables de la ville de l’époque envisageaient d’en faire un pôle touristique à part entière avec des circuits bien tracés, des sites aménagés, des ruelles bien propres et des populations insérées dans leur milieu. Des zones ont été identifiées pour animer des circuits touristiques telles que Arsat Zerktouni, Sqalla, Bousmara... L’idée consistait à ré-ouvrir l’ancienne médina au port et, partant, la relier à la zone touristique du littoral. Aujourd’hui, pas de grands changements. Sinon de vieilles maisons menaçant ruine. Pis encore, certaines viennent de s’effondrer en ce début de 2006 exposant les habitants et les riverains à des risques (voir encadré). Peuplée au départ par une élite, au fil des ans l’ancienne médina s’est transformée en taudis. Mais elle a su préserver son cachet d’antan: une ville intra-muros conforme au type urbain de la médina arabe. Des ruelles plutôt que des rues, des impasses plutôt que des places. Une structure compacte et concentrique et non-linéaire. En ce moment, les bidonvilles –le mot, composé de bidon et ville, doit son origine à la ville de Casablanca- n’existaient pas encore mais la baraque se retrouvait sous sa forme initiale, c’est-à-dire l’habitation rurale. Le premier acte d’urbanisme coïncide avec l’instauration du Protectorat. Il fait suite à une décision de Lyautey qui consiste en l’agrandissement du port, un choix dicté par l’essor du grand capital français au Maroc. C’est en 1914 que la première législation en matière d’urbanisme est promulguée par dahir. A cette époque, il fallait construire pour une population européenne tout en ordonnant l’existant. D’où le plan Prost: premier schéma d’urbanisme au vrai sens du terme. L’approche de Henry Prost consacre le principe cher à Lyautey de renforcer les contrastes: au sein d’une même ville, il fallait faire coexister deux cités (l’autochtone et l’européenne). Il fallait rompre avec le plan damier des villes nouvelles. Le plan sera guidé par la topographie. Le boulevard circulaire réunit les quartiers résidentiels et de divertissement du sud-ouest (Anfa) et les quartiers populaires du Belvédère, de la Gare et des Roches noires. C’était aussi une sorte d’interface mettant en relation le cœur naissant de la cité et les axes de communication. L’aménagement de la ville a surtout concerné le quartier d’habitat européen. Des immeubles à l’avenue Mer-Sultan révèlent l’esquisse de l’Art Déco au Maroc. En 1923, Prost quitte le Maroc sans, pour autant, que son plan soit respecté. Le flux migratoire, la crise économique de 1929 et l’entre-deux guerres vont à contresens du plan Prost. L’exode rural entraîne donc un accroissement démesuré et chaotique de la ville. S’ensuivent la prolifération de nouveaux quartiers et l’emplacement de bidonvilles. . La trame EcochardIl faudra attendre le début des années 40 pour passer à une nouvelle vision: celle d’Ecochard. Arrivé en 1945 à Casablanca, Ecochard la quittera en 1953. Des lobbies de spéculateurs immobiliers précipiteront son départ. La vision Ecochard propose un plan d’aménagement tenant compte à la fois de la croissance désordonnée de la ville et du cours général de l’urbanisation au Maroc. Il prévoit l’extension de la ville vers Mohammédia pour former à l’avenir un ensemble urbain, relié par un tissu industriel. Il s’agit de troquer l’habitat traditionnel par le type villa et appartement. L’habitat marocain adopte désormais la trame 8x8 mètres, c’est la trame Ecochard qui servira de base à des constructions évolutives à partir d’une cellule (2 pièces/cuisine/WC). De l’avis de nombreux observateurs, cette trame est novatrice dans la mesure où elle concerne aussi bien l’immeuble que le bidonville. Autre apport de l’approche Ecochard: la trame d’équipements de la cité quel que soit son étape de croissance. En effet, pour l’urbaniste, ce sont les équipements urbains et infrastructurels notamment qui permettaient de rendre opérationnelle immédiatement et dans la durée sa vision. L’idée directrice de son plan sera l’application du principe du zonage. Une solution pour mieux organiser l’espace fragmenté. Le plan du quartier traduit ce que Ecochard mais aussi Prost qualifient «d’organisation du désordre» ou «addition des lotissements privés». La tendance ségrégative de l’habitat demeure malgré tout dans l’urbanisme d’Ecochard avec une avancée pour le logement social. Même si la vision Ecochard n’a pas abouti, elle a au moins le mérite d’avoir soulevé un problème toujours d’actualité: celui de l’habitat du plus grand nombre et des plus pauvres. Après l’indépendance, l’on passera à Casablanca de la ségrégation spatiale à la stratification sociale, toujours de mise, promue par le niveau de vie. L’élite marocaine remplace les Européens qui quittent définitivement les quartiers résidentiels. Un chassé-croisé, puisque les nouveaux migrants vont s’entasser dans la médina vidée par la communauté juive. La ville n’a pas résisté longtemps à la croissance exponentielle et l’on a vu se développer à ses marges de nouvelles formes d’habitat non réglementaire telles que le bidonville ou encore le logement clandestin. Les pouvoirs publics n’étaient pas encore à même de maîtriser les conséquences de la croissance urbaine. Casablanca connaît sa première émeute en 1965, ce qui implique de repenser le mouvement urbain en réorientant l’aménagement du territoire pour une meilleure concordance entre planification urbaine et rurale. La décennie 70 voit la création d’un ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme et la genèse d’une politique du logement.. Pinseau: Le «nouvel urbanisme»Les années 80 marquent alors un tournant. Les émeutes survenues en juin 1981 confirment l’urgence d’une approche sociopolitique de l’urbanisation casablancaise. Un nouvel urbanisme s’impose dans le but d’éviter une dérive insurrectionnelle. La même année, en juillet, il est fait appel à l’architecte français Michel Pinseau. L’urbaniste est sollicité pour la réalisation d’un schéma directeur. Pour la première fois, Casablanca sera scindée administrativement en 5 préfectures. Pinseau a eu le mérite d’avoir donné des réponses urbanistiques, mais c’était plutôt dans une approche sécuritaire. Les priorités accordées à l’aménagement de la ville étaient surtout guidées par une volonté de contenir les mouvements de protestation. En 1984, création de l’Agence urbaine de Casablanca qui servira de centre de contrôle et de décision. L’approche Pinseau porte sur l’extension urbaine vers Mohammédia au lieu d’El Jadida, l’amélioration des transports, la répartition des équipements centraux (hôpitaux, universités…). Aujourd’hui, la métropole vit une phase de flottement: la logique veut qu’un schéma soit étalé sur une vingtaine d’années. Or, pour le cas de Casablanca, 26 ans plus tard, le plan Pinseau est toujours appliqué. Un système de dérogation gère la phase transitoire. Il consiste à accorder des autorisations pour des projets n’obéissant pas aux dispositions réglementaires des documents d’urbanisme en vigueur. «Ces dérogations posent problème puisqu’elles ne sont pas délivrées sur la base de critères précis, mais plutôt en fonction des opportunités. Ce qui pose le problème de la non-maîtrise du foncier», signale un architecte qui requiert l’anonymat. Un plan de développement stratégique est en étude avec l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France. Il sera traduit en schéma directeur avec les grandes orientations pour 2025. Le rapport, qui a mobilisé des ateliers multidisciplinaires de réflexion et de concertation, sera donc rendu public en 2007. D’ici là, il faut trouver des solutions aux problèmes structurels des plans d’aménagement, procédures de lotissement et à la non-maîtrise du foncier.


Le casse-tête du foncier

Du temps de Pinseau, l’urbanisation de la ville prévoyait la création d’une agence foncière couplée à l’Agence urbaine de Casablanca (AUC). Aujourd’hui, l’idée reste un vœu pieux et l’Agence urbaine continue à jouer le double rôle d’aménageur-lotisseur. Le schéma directeur avait envisagé l’équipement de 120.000 hectares jusqu’à l’an 2000. En 1990, l’AUC n’a équipé qu’un millier d’hectares sur les 4.000 prévus pour la période allant de 1982 à 1990. La faillite dans le domaine foncier est manifeste. De l’avis de nombreux professionnels, il y a un faux débat dans la mesure où il ne suffit pas de créer l’entité foncière mais surtout la doter d’une réserve et de fonds pour l’acquisition de terrains avec ce qui s’ensuit sur la mise en place d’outils réglementaires.A. R. & K. E. H.

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