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Economie

Céréales : Premiers essais de "libéralisation"

Par L'Economiste | Edition N°:32 Le 04/06/1992 | Partager

Le très faible niveau des récoltes céréalières et le Programme Ajustement Structurel Agricole se joignent pour reposer la question de l'opportunité et des méthodes de la libéralisation des marchés des céréales. Des tests ont été effectués au cours des derniers mois, avec des résultats de nature à alimenter les débats.

Excepté pour le blé tendre, les prix ne sont plus fixés. Néanmoins, pour les autres céréales, des mécanismes de régulation continuent de fonctionner. Les essais de libéralisation sont extrêmement prudents. Ils le sont au point que des négociants s'interrogent sur le sens du mot.

Premier test

En tout état de cause, le premier test a été effectué de Janvier à la fin Mars dernier. Il s'agissait de placer un prélèvement à l'importation de 185 DH le quintal et de laisser les négociants libres d'importer et d'approvisionner le marché.
Il n'y a pas eu de réponse, indique l'ONICL qui estime que les résultats décevants sont dûs au manque de préparation de la profession.
De leur côté, les négociants expliquent que l'on ne peut fixer de jure un prélèvement et fixer de facto un prix d'accès au marché, car le risque est grand que le prix du blé commandé engendre des pertes pour le commerçant.
Le prix du blé dur n'est plus fixé depuis 1988, mais les pouvoirs publics, notamment le Ministère de l'Agriculture souhaite qu'il oscille autour de 300DH le quintal et considère qu'il s'agit d'un prix d'équilibre entre les producteurs et les consommateurs.

La régulation se fait avec les importations. Le mécanisme est efficace puisque l'ONICL a observé un prix de 324 DH/q sur les marchés début Février puis les cours sont tombés à 308 DH à la fin du mois. 200.000 qx de blé dur ont été livrés entre temps.
Pour l'orge le prix (que l'on peut qualifier de "prix d'équilibre" ou de "prix recommandé") est de 150DH le quintal.
Les prix observés par l'ONICL sur les marchés étaient de 205DH/q début Février; ils ont continué à monter jusqu'à 209DH puis sont descendus à la fin de ce même mois à 193DH/q. En Mai, ils variaient, toujours selon les observations de l'ONICL, entre 195 et 197DH. En Février 950.000 qx d'orge ont été importés.
Dans les deux cas, outre le jeu de l'importation, il est aussi possible qu'une partie de la variation des cours soit due aux petites pluies de la mi-Février, note-t-on, tant chez l'administration que chez les privés.

La force de la régulation

La régulation par l'importation est jugée optimale, par l'ONICL, ce que ne contestent pas les négociants. Ils reconnaissent et soulignent volontiers que l'organisation des marchés permet un approvisionnement précis, juste à temps. Ils sont d'accord aussi avec l'ONICL pour dire que le Maroc est considéré comme un acheteur fiable, capable d'obtenir des prix plus intéressants que ceux généralement payés par les importateurs de même niveau de développement. Ils signalent à titre d'exemple que les importations du Maroc reviennent en moyenne à 2 ou 3 Dollars de moins que celles de l'Algérie. Mais ils remarquent que "la régulation par circulaire et décision administrative ne permet pas de créer un marché suffisamment sûr et stable". Ils expliquent qu'il n'est pas possible de leur faire prendre de risque de financer, en dernier ressort, des variations de cours qui peuvent intervenir sur simple décision de l'administration.

Apparemment les termes de"sûr et stable" n'ont pas le même sens chez les divers partenaires. Aussi, si libéralisation il peut y avoir, ses mécanismes ne sont pas évidents.
Les pouvoirs publics ont obtenu, pour ce qui concerne les marchés céréaliers, le concours de l'US Aid qui apporte son soutien à une vaste étude. La première partie, qui a été terminée à la fin 1991, traite des méthodes, spécialement des agencements de calendriers possibles de réformes. Une deuxième partie est en cours qui traitera plus précisément des questions pratiques. Elle devrait être terminée au début de l'année prochaine.

La psychologie gène l'économie

C'est un domaine à haute sensibilité psychologique et politique, notent tous les observateurs. C'est ainsi que les experts de l'Office National Interprofessionnel des Céréales et des Légumineuses recommandent la plus grande prudence.
Le maintien des prix relativement élevés sur le marché est analysé diversement. Du côté de l'administration, ce maintien est la conséquence de la bonne gestion des approvisionnements et des stocks. Les professionnels sont plus prudents. Certains d'entre eux se demandent si les stocks annoncés sont tous bien réels.
Les organismes stockeurs comprennent les commerçants agréés et les coopératives (SCAM et CMA). Les commerçants agréés ont collecté 58,53% de la récolte qui est passée dans les circuits dits officiels de commercialisation et les coopératives en ont collecté 35,50%. Le reste, soit 5,97%, est acheté par des minoteries, boulangeries, pastiers, biscuiteries, provendiers,...

Seulement une petite partie de la récolte vient effectivement sur les circuits officiels. Pour la campagne 1991-1992, la collecte au 31 mars de cette année, avait porté sur 12,609 millions de qx pour une récolte de 85,265 millions de qx. Pour la campagne de 1990-1991, la collecte avait représenté un peu moins de 13% de la récolte des quatre céréales principales. Juridiquement, l'organisation des marchés des céréales interdit et autorise à peu près tout. L'article 13 du Dahir de 1973 habilite les seuls coopératives, commerçants agréés ou titulaire d'une carte de collecteur et est très précis sur leurs obligations. Par contre l'article suivant rend libre la vente pour la "consommation familliale" et autorise les minotiers à acheter directement pour leurs propres besoins.

L'ONICL et les professionnels ne critiquent pas cette curiosité qui permet de "faire ce qu'on peut chaque fois que c'est nécessaire". Mais les uns et les autres regardent par dessus les frontières "pour voir comment sont régis les autres marchés intérieurs". La règle y est l'encadrement, plus ou moins souple, et la tendance va vers le désencadrement, mais très prudemment, et en tout cas ne va pas plus vite que les résultats des négociations aux GATT. Pour le Maroc le cadre dans lequel doit évoluer la "libéralisation" est un cadre où il y a autant de certitudes que de questions. Du côté des certitudes, on trouve l'accroissement inéluctable des besoins, non pas directement, mais à travers les consommations animales qui sont très basses au Maroc, souligne l'ONICL. Toujours du côté des certi-tudes, il y a l'évolution des usages et modes de vie, laquelle impose l'indu-strialisation croissante de la filière, aujourd'hui plutôt rudimentaire; ...

Par contre, il reste des questions en suspens. La première d'entre elles est de savoir s'il est nécessaire d'entretenir une production céréalière à faible rendement alors que l'on sait que l'exode rural est un élément de modernisation agricole. Une deuxième question se pose lorsqu'on observe la baisse de la production de céréales secondaires comme le ferugrec, le coriandre, les lentilles, ... tandis que selon les négociants, il existe des débouchés à l'export, et que la politique de soutien agricole actuelle décourage ces productions.

Nadia SALAH

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