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    Tribune

    CEE-Maroc: La multiplication des connexions

    Par L'Economiste | Edition N°:56 Le 03/12/1992 | Partager

    par Marc PIERINI

    (Chef de la Délégation de la Commission des Communautés Européennes au Royaume du Maroc)

    Fin Octobre, le Parlement Européen a finalement voté, avec une forte majorité, le protocole d'aide financière en faveur du Maroc. Ces aides sont un appoint non négligeable, mais au-delà, se sont tissés une multitude de liens. Ce sont ces liens ces que souhaite promouvoir la CEE dans ses relations avec le Maroc C'est ce qu'explique M. Piérini(1).

    La Communauté Européenne est active dans plusieurs régions du monde pour soutenir les processus d'ajustement structurel qui s'y déroulent : Afrique au Sud du Sahara Europe centrale, Méditerranée. Il ne s'agit pas ici de décrire ces nombreuses interventions, mais plutôt d'illustrer, à travers le cas du Maroc, le rôle que la Communauté Européenne peut jouer en appui des réformes de politique économique.

    Pour prendre une définition simple, nous dirons que le processus d'ajustement structurel est constitué par la mise au point et l'évolution de l'ensemble des politiques économiques qui permettent, à tout moment et de façon durable, à un pays donné de s'insérer harmonieusement dans l'économie mondiale et d'atteindre la meilleure croissance possible dans un environnement donné.

    Réflexions générales sur l'ajustement structurel

    Le cas du Maroc est particulièrement illustratif, parce que le processus d'ajustement y a commencé en 1983 et qu'il est considéré comme un exemple réussi.

    La Communauté Européenne a, avec le Maroc, des relations particulièrement intenses dues à la proximité et au volume élevé des échanges commerciaux, financiers et migratoires (travailleurs, touristes, étudiants). Donc, la réussite ou l'échec du processus d'ajustement structural au Maroc aura un impact immédiat sur les relations CEE-Maroc.

    En effet, la Communauté Européenne, pour se développer avec la rapidité et l'intensité avec lesquelles elle souhaite se développer, a besoin d'avoir un environnement stable et prospère.

    Sur la carte, cette zone de proximité va de la Mer Baltique jusqu'au Maroc. Notre intérêt pour la réussite de l'ajustement au Maroc n'est donc pas simplement académique.

    On ne peut que saluer la réussite du processus d'ajustement structurel entamé par le Maroc depuis 1983 et souhaiter sa poursuite.

    Si les grands équilibres sont bons, ils sont toutefois fragiles, car l'économie marocaine reste très fragile à des facteurs hors de son contrôle comme la chute des revenus touristiques (1991) ou la sécheresse (1992).

    Nous voyons deux risques principaux pour la poursuite du processus d'ajustement structurel au Maroc.

    Le premier risque réside dans l'ampleur des conséquences sociales de l'ajustement, puisque, comme chacun sait, le processus comporte par définition une compression des dépenses publiques et que celle-ci se fait largement sentir au Maroc sur les secteur de l'éducation, de la santé et du logement social.

    On peut remédier en principe à de telles conséquences de trois manières différentes :

    i) tout d'abord, en intégrant des correctifs sociaux dès le stade de la conception des programmes d'ajustement;

    ii) en adoptant des politiques sectorielles à effets redistributifs (logement social par ex.) ou en intégrant cette préoccupation dans la politique fiscale;

    iii) en y appliquant des concours financiers extérieurs.

    Le second des deux risques principaux réside dans la distorsion majeure qui existe entre le rythme d'accroissement démographique et le rythme de création d'emploi. Tout l'effort d'accélération de la création d'emploi peut être ruiné s'il n'est pas accompagné d'une politique démographique efficace. C'est là une décision politique cruciale, que les soutiens extérieurs peuvent venir conforter mais pas remplacer.

    Dès aujourd'hui, dans le cadre de ses relations présentes avec le Maroc, la Communauté Européenne est en position d'apporter une contribution substantielle à travers les instruments existants. La contribution actuelle de la Communauté à l'ajustement

    Il s'agit tout d'abord de la politique commerciale de la Communauté Européenne à l'égard du Maroc. Il faut ainsi rappeler que les exportations de produits manufacturés marocains entrent dans la Communauté en franchise total de droits et taxes et qu'il n'y a aucun contingent en vigueur, pas même sur les produits textiles.

    De même, dans le secteur agricole, les exportations marocaines (qui, il est vrai, sont sujettes dans certains cas particuliers à un système de droits, contingents et calendriers) se sont développées remarquablement au cours des années récentes. On remarque d'ailleurs que la libéralisation des structures marocaine d'exportation (disparition de l'OCE) a permis au secteur agricole d'exportation d'utiliser au mieux les opportunités offertes par le marché européen.

    Il s'agit ensuite de l'appui financier que la Communauté Européenne peut apporter à travers le 4 ème Protocole Financier et la facilité d'appui à l'ajustement structurel qui lui est liée. Le 4 ème protocole a été voté par le Parlement Européen.

    Ce vote est intervenu à une très forte majorité avec 75% de et il constitue en soi une reconnaissance par le Parlement Européen des évolutions positives intervenues en 1992 au Maroc. Il représente également la manifestation d'une volonté politique d'accompagner ces évolutions.

    Avec 9 mois de retard sur le calendrier initial, c'est donc une enveloppe financière de 500 millions d'Ecus, soit 5,5 milliard de Dirhams, qui est aujourd'hui disponible pour le Maroc, pour autant que le Gouvernement décide de l'utiliser. A travers la facilité d'appui à l'ajustement structurel, la Communauté Européenne souhaite, pour ce qui la concerne, mettre l'accent sur la correction des conséquences sociales négatives des programme d'ajustement sur les couches de la population les plus défavorisées, et ce, à travers des actions ciblées en faveur de la santé primaire, du logement social et de l'éducation. Ce pourrait donc être le cas aussi au Maroc.

    Il s'agit enfin d'une contribution à travers la multiplication des connexions entre les acteurs de la vie sociale et économique au Maroc et dans la Communauté Européenne: entreprises bien sûr, mais aussi universités, municipalités, chercheurs, responsables culturels, etc...

    La contribution future de la Communauté

    C'est probablement à travers le futur accord de partenariat économique et politique entre la Communauté Européenne et le Maroc que la contribution européenne à l'ajustement structurel pourra être la plus efficace.

    Bien qu'il soit encore prématuré, aujourd'hui, de se prononcer sur le contour définitif du futur accord -puisque la Commission travaille à la mise au point de ce que sera le mandat de négociations avec le Maroc il est néanmoins intéressant de relever que plusieurs aspects de la discussion actuelle CEE-Maroc sur ce partenariat sont directement liés au processus d'ajustement :

    - l'établissement graduel d'une zone de libre-échange avec la prudence nécessaire car il y aura alors dans les secteurs agricole et industriel ;

    - une participation éventuelle à l'effort de restructuration industrielle au Maroc, d'autant plus nécessaire que des industries actuellement protégées par des droits de douane importants seront graduellement exposées aux vents de la concurrence;

    - le renforcement probable de l'action conjointe dans les secteurs sociaux: logement, santé, population;

    - la systématisation des déjà évoquées pour relier directement les entreprises, les villes, la jeunesse, les universités, les médias.

    Conclusion

    Pour terminer cette brève présentation de la relation entre l'action de la Communauté Européenne et le processus d'ajustement structurel au Maroc, il faut rappeler que la Communauté, de par sa proximité et l'intensité de ses liens avec le Maroc, a une vocation naturelle à contribuer par tous les moyens à sa disposition aux réformes en cours au Maroc.

    Bien entendu, rien ni personne ne peut remplacer la décision éminemment politique qui sous-tend chaque progrès dans le processus d'ajustement structural. C'est pourquoi la consolidation et la permanence à long terme d'un tel processus d'ajustement relèvent avant tout de la décision du Maroc.

    M.P.

    (1) Le présent article a fait l'objet d'une communication de M. Piérini lors du colloque de Fès sur, les 29 et 30 Octobre 1992.

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