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Ce qu’il faut faire pour sauver l’arganeraie
Par Mustapha NAGGAR, ingénieur*

Par L'Economiste | Edition N°:1854 Le 15/09/2004 | Partager

L’arganier est une essence endémique spécifiquement marocaine, à affinités tropicales, de la famille des sapotacées. Unique en son genre, il constitue une curiosité botanique et un véritable paradoxe phyto-géographique. Cet arbre forestier-fruitier et fourrager couvre actuellement près de 830.000 ha en masse presque continue dans le Sud-Ouest du Maroc représentant environ 10% de la superficie forestière globale marocaine. L’espace à arganier s’étale sur un important espace couvrant 2,5 millions d’hectares, sur le territoire de 5 provinces; Tiznit, Agadir, Chtouka-Ait Baha, Taroudant et Essaouira. Les écosystèmes à arganier se caractérisent par leur diversité culturelle et naturelle et par l’imbrication et l’interpénétration avec diverses formations et espèces végétales, ces écosystèmes représentent une richesse floristique et faunistique très importante et où s’individualise un endémisme d’espèces végétales et animales. L’aire biogéographique sur laquelle s’étend l’arganier est aussi très diversifiée. Il occupe en effet, la plaine du Souss, l’Anti-Atlas, le grand Atlas et les plateaux de Haha. Cette diversité biogéographique des zones occupées s’accompagne d’une diversité culturelle et sur le plan du comportement de l’homme avec son milieu. En effet, l’arganeraie assure plusieurs fonctions: écologique, sociale et économique. Sur le plan écologique, d’abord par la protection du sol contre les érosions hydriques et éoliennes toujours menaçantes. Il contribue également au maintien d’un couvert végétal dans des conditions particulièrement défavorables le considérant comme dernier rempart face à l’avancée du désert. Sur le plan socio-économique, cette espèce conditionne l’existence des populations rurales à travers la multiplicité des usages que lui confère son statut spécial notamment, tous les droits de jouissance qui lui sont greffés: mise en culture sous arganier, ramassage de bois mort, cueillette des fruits, parcours des troupeaux, coupe de bois. L’analyse de l’état actuel, à travers l’évolution antérieure de l’arganeraie, montre que l’ambiance écologique en général et celle de chaque écosystème en particulier sont le résultat direct de l’évolution passée de plusieurs facteurs interdépendants. En parallèle à ces facteurs naturels ou humains, plusieurs acteurs agissent sur le milieu, ayant en même temps favorisé une évolution “régressive -” de l’arganier. Parmi ces principaux facteurs et acteurs, on peut citer:- la population: grâce à ses pratiques forestières fortement liées aux espaces boisés d’arganier,- les conditions naturelles, particulièrement les sécheresses chroniques,- les actions des différents acteurs qui entreprennent, le plus souvent, des projets à objectifs divers.Pour préserver la multi-fonctionnalité de l’écosystème à arganiers, certaines considérations s’imposent. D’abord, la mise en valeur agricole constitue le facteur historique des modifications de la surface boisée. En effet, la pression sur les terres agricoles s’accentue avec la croissance démographique, étant donné qu’on a enregistré une régression continue du taux de la SAU/foyer. Ensuite, la place de l’arganier dans le paysage du Souss fait partie de l’héritage des sociétés agraires ayant aménagé leur territoire dans un souci d’optimisation des potentialités des terroirs. Par ces multiples services et produits, l’arganier est alors intégré à l’agrosystème et au système de vie des communautés rurales. En outre, la diversité des usages de l’arganier et de ses produits en ont constitué un bien d’intérêt général dont la gestion raisonnée et réglementée fut précoce du fait de l’intérêt que lui porte la société. C’est pourquoi le législateur a réservé un statut particulier à l’arganeraie en adéquation des traditions locales. L’objectif ultime est d’arriver à la stabilisation de la superficie des peuplements forestiers, particulièrement de l’arganier, avec amélioration de la structure horizontale et verticale des peuplements forestiers (port des arbres et densité) et la rationalisation des usages qui y sont pratiqués en rapport avec le développement socio-économique de la région.L’arganeraie en tant que patrimoine de portée nationale et internationale et constitue, en effet, une forêt relique de l’ère tertiaire, nous interpelle sur la stratégie à lui consacrer pour le léguer aux générations futures.L’amorce d’une gestion durable de l’arganeraie repose sur 3 principes directeurs: la conservation de la biodiversité, la lutte contre la désertification et le développement intégré des zones forestières et forestières. Pour ce qui est de la conservation de la biodiversité, il faut préciser que le parc national Souss-Massa et les divers sites d’intérêt biologique et écologique (SIBE) que recèle l’arganeraie, militent en faveur des programmes à entreprendre dans cette directive. S’agissant de la lutte contre la désertification, il faut noter que l’arganeraie est retenue comme zone pilote pour la mise en œuvre du programme d’action national de lutte contre la désertification (PAN-LCD). Vu l’urgence de cette préoccupation, il y a lieu d’engager le débat avec les partenaires concernés pour la mise en place d’une institution régionale ayant à charge le traitement de proximité de cette question en adéquation avec la politique d’aménagement du territoire.Par ailleurs, nous préciserons que l’avenir de l’arganeraie dépend dans une large mesure du niveau de vie des populations et de leurs conditions de vie et des possibilités de promouvoir des activités génératrices de revenus susceptibles de susciter l’adhésion des populations à la préservation de l’arganeraie.. Mesures prioritairesL’aménagement concerté de l’arganeraie, permettrait d’identifier les vocations des différents espaces forestiers et les confronter aux usages pratiqués en vue de dégager les formes de gestion les plus appropriées pour préserver et valoriser les ressources de façon durable au bénéfice de la population riveraine et de l’intérêt collectif. Nous insisterons également sur l’intégration des aspects biodiversité, bois-énergie, parcours, développement des filières émergentes de l’arganeraie dans les modalités de gestion et d’exploitation des terroirs et l’organisation de l’exploitation des ressources naturelles (parcours, bois de feu, eau, mise en culture des sols, etc.). La valorisation des systèmes de production agricole revêt également une importance particulière. Ainsi, vu le contexte bioclimatique de la région de l’arganeraie marqué par l’aridité, la recherche agronomique doit innover en vue de mettre à la disposition des paysans de nouvelles technologies agricoles permettant la diversification des cultures (moins consommatrices d’eau) et l’adaptation des techniques culturales aux exigences de la région (conservation des sols, lutte contre la désertification…), et de mettre le paquet sur l’arboriculture fruitière.Dans le domaine de l’élevage, il est impératif d’améliorer la conduite alimentaire du cheptel, la spécialisation de l’élevage naisseur dans les zones forestières et l’élevage d’embouche dans la plaine, la valorisation des produits de l’élevage et l’amélioration des circuits de commercialisation. Une attention particulière sera consacrée à la chèvre qui symbolise ce mariage endémique avec l’arbre de l’arganier. Il faut également s’attaquer au traitement et au règlement de la question de la transhumance des camelins dans l’arganeraie, compte tenu de l’importance des dégâts causés d’année en année sur les arganiers.Autre mesure salutaire: la promotion des produits de terroirs. En effet, l’exploitation de l’arganeraie pour la population rurale s’insère dans un mode de production locale, permettant d’assurer la production de produits diversifiés tels que les fruits d’argan et le miel, et ce, pour permettre de dégager des revenus complémentaires. La promotion de la production et de la commercialisation permet de valoriser davantage l’espace à arganier et d’améliorer le revenu annuel des exploitations rurales.L’appui aux ONG figure également parmis les mesures prioritaires que nous retenons. Il s’agit d’intervenir d’urgence, non seulement par le renforcement de la surveillance et des actions techniques, mais aussi par le soutien des actions des ONG, lesquelles associations sont appelées à s’organiser et accroître leur action pour la protection du patrimoine naturel et servir de relais et d’interface vis-à-vis des communauté rurales.L’arganeraie constitue un ensemble de terroirs exploités d’une manière complémentaire par des entités humaines. Elle comprend donc des terroirs occupés par: les forêts (arganier et autres espèces), les parcours, l’agriculture, l’eau, les infrastructures et les patrimoines socioculturels…Cependant, il s’avère de plus en plus évident que la conservation et la gestion durable de l’arganier ne peuvent être possibles que par la combinaison des efforts des différents acteurs en se fixant comme objectif principal: l’équilibre écologique et socio-économique des zones forestières et péri-forestières de l’arganeraie. L’aboutissement d’une telle orientation passe par le traitement de l’arganeraie par zone écologique homogène dans une logique d’aménagement du territoire rural prenant en compte les menaces de désertification de cet écosystème qui constitue le dernier rempart face à l’avancée du désert.


Unités spatiales

La reconnaissance de la Réserve biosphère arganeraie fut prononcée par l’UNESCO en décembre 1998 et a permis de distinguer 3 unités spatiales zones, à savoir: les zones centrales, tampons et de transition.- Zone A: zone dite centrale qui est une zone d’interdiction intégrale, définie sur 17.000 ha. La diversité naturelle et culturelle a permis un zonage en grappe pour intégrer les divers sites d’intérêt biologique et écologique ou paysager.- Zone B: qualifiée de zones tampons dans l’espace autour des zones, ce sont des zones d’activité de gestion durable et de production compatible avec des pratiques écologiquement viables. Les parties fortement urbanisées sont intégrées dans la zone tampon qui englobe près de 560.000 ha.- Zone C: Le reste de la réserve est classé zone C ou zone de transition. Par leur priorité sur le plan conservation, les interventions sont ciblées premièrement dans les zones A et B dans le souci d’acquérir des expériences en matière de conservation et de régénération de l’arganier, de développement rural et de lutte contre la désertification.


Pressions humaines et pastorales

L’interaction des différents facteurs et leurs effets sur l’arganier ont permis de dégager les principaux problèmes posés:- Pauvreté des populations: Les faibles revenus des populations rurales amplifient le recours de celles-ci aux ressources forestières de l’arganeraie.- Insuffisance des infrastructures de base: La région de l’arganeraie reste déficitaire en infrastructures sociales et productives et les besoins exprimés par les populations en ce domaine sont importants, ce qui limite l’accès des populations aux services sociaux de base.- Dégradation des ressources et des écosystèmes à arganier: Malgré ses multiples fonctions, l’arganeraie reste soumise à de fortes pressions humaines et pastorales (croissance démographique, mises en culture en forêt, surpâturage, prélèvements des produits ligneux, etc). qui restent déterminantes dans l’évolution régressive des écosystèmes à arganier et leur biodiversité. Les débats engagés autour de lutte contre la désertification des écosystèmes à arganier, révèlent d’une part que la population est consciente de la dégradation de l’arganeraie et de la nécessité de la protéger voire même de la développer et que d’autre part les responsables locaux essayent d’intégrer la vision écologique et protectionniste dans tout projet programmé dans la région.


Revenus alternatifs

Au Maroc, l’Eco tourisme a été introduit comme composante essentielle dans la stratégie nationale sur les aires protégés et il est considéré comme solution de compensation pour les populations riveraines. Le développement de l’éco-tourisme dans l’arganeraie peut contribuer à promouvoir la forte identité naturelle et culturelle de ces territoires et faire découvrir leurs richesses paysagères. Il peut également offrir des revenus alternatifs aux populations usagères (emploi, hébergement, restauration, guide, location de mulets, gîtes d’étape, repas simple....). Enfin, il peut aussi contribuer au désenclavement des populations rurales et la mise en place d’infrastructures de base. D’autres activités peuvent être initiées au profit des populations locales, des femmes rurales, de jeunes promoteurs et avec les ONG, telles que l’apiculture, la cuniculiculture, la pêche artisanale, les filières forestières plantes aromatiques et médicinales…-------------------------------------------------------------------------------* Mustapha NAGGAR est ingénieur au haut-commissariat aux Eaux et forêts et à la lutte contre la désertification

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