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    Catherine, activiste de I'IRA

    Par L'Economiste | Edition N°:145 Le 15/09/1994 | Partager

    Quel genre de vie peut bien mener une femme terroriste? Que peut-elle penser d'un travail qui l'amène à tuer des gens, à détruire leur foyer? Et comment passe-t-elle ses nuits ?A se tourner et à se retourner dans son lit, ses cauchemars remplis d'images sanguinaires ? Ou bien son comportement est-il tout simple ment similaire à celui de ses camarades masculins? Suzanne Breen, journaliste à Belfast, parle à Catherine, militante de l'IRA.

    CATHERINE est assise dans le salon d'une maison située dans un quartier catholique de Belfast, une tasse de café entre les mains. Elle parle indifféremment des hommes, de l'amour et du féminisme. Elle a la trentaine, décontractée. Elle pourrait être professeur, ou peut-être assis tante sociale.

    Mais Catherine est membre de l'Armée républicaine irlandaise (IRA). Son travail consiste à tuer des gens.

    "J'ai participé à des opérations où des membres de l'armée britannique ou du Corps royal d'Ulster ont été tués", avoue-t-elle sans émotion. " Je ne prends aucun plaisir à tuer les gens. Je suis catholique et croyante. Mais les Britanniques n'ont aucun droit d 'occuper l'Irlande".

    La plupart des terroristes sont des hommes et ceux-ci ont du mal à s'imaginer que les femmes puissent être dangereuses. Et l'IRA a su en profiter. Les femmes de l'IRA servent souvent d'appât pour attirer des soldats britanniques à des rendez-vous amoureux où ils seront tués; elles transportent des engins explosifs dans des poussettes, ou se promènent tranquille ment dans la rue avec des armes cachées sous leur manteau.

    Les raisons que Catherine invoque pour expliquer son engagement à l'IRA ne diffèrent pas sensiblement de celles de ses camarades hommes.

    Sa famille a été jetée à la rue à la fin des années 1960 par les loyalistes, qui voulaient que l'Irlande du Nord reste au sein du Royaume-Uni.

    "Toutes les fenêtres de la maison ont été cassées", se souvient-elle. "J'étais encore à l'école primaire, mais cette expulsion a eu un effet incroyable sur moi. Nous avons mis tous nos meubles dans un camion et nous sommes partis, contents simple ment d 'être encore en vie".

    Formée à l'explosif

    Elle a connu ensuite l'instauration du régime d'internement sans procès en août 1971 et le Dimanche Rouge de janvier 1972, où l'année britannique a tiré sur des manifestants catholiques à Deny, tuant treize d'entre eux. Catherine a rejoint l'IRA à l'âge de seize ans. On l'a formée à la fabrication d'engins explosifs et au maniement des armes.

    "Tous les entraîneurs étaient des hommes, et seule une recrue sur sept était une femme. Mes camarades hommes étaient toujours très polis à mon égard, mais je n'étais jamais qu'une femme pour eux, jusqu'à ce que j'aie prouvé ma valeur. J'ai dû me contrôler en mission, me montrer deux fois plus forte qu'eux, avant de gagner leur estime".

    Peu après, elle a été blessée par balles dans une fusillade avec la po lice. Elle affirme que l'armée britannique l'a battue et qu'une menace sexuelle a plané sur son interrogatoire. "Les policiers m'ont traitée de "salope" et de "putain", dit-elle. Les femmes détectives étaient encore pires. Elle m 'ont accusée de coucher avec tous les hommes de l'IRA. Elles se sont servi de mon sexe comme d 'une arme contre moi. Elles ont dit que je passerais des années en prison et que je sortirais vieille, trop vieille pour avoir des enfants".

    Encore adolescente, Catherine a été condamnée à plus de douze ans de détention à la prison d'Armagh. Elle est persuadée que les juges sont plus durs pour les femmes que pour les hommes " Ils nous disent: Comment se fait-il qu'une gentille et mignonne jeune fille comme vous ait pu faire une chose pareille ?", explique-t-elle.

    En compagnie d'autres prisonnières républicaines, Catherine a refusé de se laver en 1980 pour protester contre leurs conditions de vie en prison. Toutes ces femmes étaient consignées en cellule vingt-trois heures sur vingt-quatre. Pour protester, elles ont étalé leurs excréments sur les murs de leur cellule. Pendant plus d'un an, elles ont vécu dans la saleté de leur urine et de leur sang menstruel. "L'odeur était infecte", se souvient Catherine. "Nous étions horriblement sales, et nous avions peur d'attraper des infections".

    Droit de cuissage

    Elles ont envoyé aux hommes républicains une lettre ouverte qui a provoqué un énorme scandale. "Nous avions comparé la répression du peuple irlandais à celle des femmes", explique-t-elle. "Nous avons dit que les hommes de l'IRA se plaignaient des passages à tabac que leur faisaient subir les Britanniques, alors qu'ils battaient souvent leurs propres épouses. Nous avions demandé comment ils pouvaient refuser à leurs partenaires le droit d'avoir des rapports sexuels en prison, eux qui se vantaient de lutter pour la libération des femmes irlandaises.

    Catherine relève une certaine hypocrisie autour de la morale sexuelle, également. "Les hommes peuvent coucher avec qui ils veulent, s'insurge -t elle, même quand ils sont mariés. Personne ne dit, quoi que ce soit". Mais on condamne les femmes qui font la même chose. "Les femmes doivent rester pures", dit-elle. "Il faut être très discrète si l'on veut mener une vie sexuelle en dehors des normes établies". Tandis que les hommes qui sortent de prison peuvent coucher avec celle qu'ils choisiront, ce même droit de cuissage " ne s'applique pas aux femmes. "On ne se bouscule pas au portillon pour coucher avec nous", dit-elle.

    Bien que Catherine soit mariée, la plupart des femmes terroristes ne le sont pas, explique-t-elle. Elle-même pense que ce serait irresponsable de sa part d'avoir des enfants.

    "La culture catholique en Irlande est très conservatrice. Une mère qui milite à l'IRA est souvent dénigrée, parce qu'elle place ses enfants après son engagement politique, conclut elle. Mais quand un père rejoint I'IRA, personne ne dit rien. Personne ne le traite de mauvais père".

    Suzanne Breen (Irish Times) Translation/Edition: Dan Throsby (World Media)

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