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Affaires

Casablanca: Une nappe phréatique polluée et surexploitée

Par L'Economiste | Edition N°:1879 Le 20/10/2004 | Partager

. Son utilisation a connu une recrudescence au cours des 10 dernières années. 10 millions de m3 par an en sont puisés…. … Alors qu’elle ne peut faire face qu’à une année de sécheresse A Casablanca, les utilisateurs des eaux des puits doivent faire très attention. La nappe phréatique qui coule sous la ville peut être à l’origine de plusieurs problèmes de santé. Elle est également surexploitée. Ce sont, en effet, 10 millions de m3 par an qui y sont puisés. Une étude menée récemment par Lydec tire la sonnette d’alarme.Située à des profondeurs comprises entre 10 et 40 m, la nappe est beaucoup plus proche de la surface du sol en zone côtière et présente des risques d’intrusion marine. C’est une nappe libre et pelliculaire, alimentée par les apports pluviaux et en partie par les débordements de la nappe de Berrechid, à travers le seuil de Médiouna, commune dans laquelle se trouve la grande décharge publique. “En plus de cette décharge qui est un facteur principal de contamination, il y a plusieurs autres dépôts d’ordures enclavés à l’intérieur de la ville. D’autres facteurs participent également à cette détérioration comme les insecticides utilisés dans l’agriculture, les industries qui rejettent des acides et le développement de l’aviculture autour de la ville”, souligne Tahar El Agal, directeur de l’Exploitation eau et assainissement à Lydec.La nappe de Casablanca était fortement sollicitée dans les années 1930. Puis, elle était tombée progressivement dans l’oubli. Au cours des 10 dernières années, il y a une très forte pression sur cette nappe et la demande a augmenté sensiblement. Selon l’étude de Lydec, l’utilisation non maîtrisée de cette nappe peut avoir des conséquences graves sur la santé publique. En outre, une utilisation anarchique pourrait conduire très vite à un tarissement de la nappe ou à des remontées de salinité en zone côtière. Ce sont des réclamations pour contamination qui ont été à l’origine du déclenchement de cette étude. “Il y a des réclamations qui nous parviennent des citoyens. Nous avons mis en place un laboratoire mobile qui a montré que les causes de ces anomalies étaient l’utilisation de l’eau du puits, ou les retours de l’eau de puits sur le réseau public”, explique El Agal.L’étude a été entamée en 1999. Mais pour analyser les eaux il fallait avoir des accès à la nappe. Lydec les a cherchés auprès des hammams, de quelques industriels et chez des particuliers. De 20 à 40 puits par préfecture ont été analysés. Selon le directeur d’exploitation de Lydec, “c’est un échantillon assez représentatif pour se faire une idée sur la nappe de Casablanca”. Au total 245 puits ont fait l’objet de l’enquête. Les résultats ont montré que 85% de ces puits sont non conformes. A la lumière de cette étude, Lydec est en train de préparer le lancement d’une campagne de sensibilisation. “Nous ne sommes pas contre l’utilisation des puits. Mais, nous sommes pour une utilisation contrôlée”, ajoute El Agal. En effet, 70% des hammams de Casablanca sont équipés de puits et l’utilisent à hauteur de 70% de leur activité. Ces puits puisent chaque année 7 millions de m3 de la nappe phréatique. D’après l’étude, au total, Casablanca compte 560 hammams. Leur chiffre d’affaires annuel global est estimé à 600 millions de DH. La plus grande partie des charges d’exploitation se rapporte aux frais d’entretien et aux coûts de chauffage. La consommation d’eau n’intervient que pour 5 à 10%. Les propriétaires des hammams rencontrés durant l’enquête déclarent qu’ils “se préoccupent peu de la qualité de l’eau”. D’où le grand risque pour la santé des Casablancais. “Appliquer les normes “Eau Potable” à ces hammams est sans doute excessif, mais n’effectuer que peu de contrôles n’est pas une attitude responsable non plus”, commente El Agal. De leur côté, les industriels représentent l’une des causes de l’épuisement de la nappe de Casablanca. Sur les 452 unités industrielles recensées comme utilisatrices d’eau dans leur processus de fabrication, 20% déclarent posséder un puits et s’en servir comme eau de service ou d’appoint (parfois arrosage saisonnier). Peu d’entre elles connaissent le débit réel de leur installation, pas plus qu’elles ne connaissent le taux d’utilisation. Toutefois l’estimation de Lydec conduit à un débit global d’exploitation compris entre 1 et 2 millions m3/an. En plus, le parc s’accroît au rythme de 7% par an. Un pourcentage énorme pour une nappe surexploitée. D’autre part, l’utilisation d’eau de puits chez les particuliers résidentiels, dont certains sont de gros consommateurs, est difficile à cerner. L’essentiel de cette consommation est destiné à l’arrosage des jardins ou à l’alimentation des piscines. L’étude réalisée au quartier résidentiel Anfa montre que 20% des clients déclarent posséder un puits. En appliquant ce pourcentage au nombre des grandes villas, utilisatrices potentielles, on arrive aux chiffres de 2500 puits sur le territoire de la seule préfecture Casablanca- Anfa, soit 1 puits par hectare. Selon des estimations, on compte quelque 5.000 puits sur l’ensemble de la Wilaya. La production annuelle théorique de ces puits peut être estimée dans une fourchette comprise entre 1,4 et 2,5 millions de m3/an. Comme pour les industriels, 26% des puits ont un âge inférieur à 5 ans. Le parc augmenterait donc au rythme de 7% par an, soit 140.000 m3/an supplémentaires.Face à cette situation, la nappe ne peut faire face qu’à une année de sécheresse. Beaucoup de puits deviennent improductifs dès le mois de juin. Pourtant, on continue à en creuser. D’après les estimations, 300 à 400 puits par an, soit un investissement global de l’ordre de 10 à 20 millions de DH par an qui seront improductifs à très court terme. Ces puits ne font qu’aggraver le taux de pollution de la nappe et en augmentent fortement les risques sanitaires.


Qualité défaillante

Côté qualité, la nappe est contaminée sur le plan bactériologique, avec souvent des taux importants de coliformes et streptocoques fécaux (91,4% des cas). Seuls 8% des puits semblent échapper à cette pollution.La nappe est également minéralisée. Le taux de chlorure est de l’ordre de 400 à 500 mg/l, mais avec des pointes de 700 à 900 mg/l. Ces pointes semblent liées à une utilisation plus ou moins intensive des puits, à la proximité de la mer (retour d’eau salée). La nappe est aussi touchée par la pollution azotée (80% des cas). Cette pollution peut prendre la forme de nitrate (majoritairement), nitrite, ou ammoniaque.


Pourquoi maintenant?

La première réponse qui vient spontanément à l’esprit est que le phénomène de la recrudescence du nombre de puits serait une réaction par rapport à l’augmentation du prix de l’eau. Cette augmentation, de l’ordre de 30%, est due à une augmentation des coûts de production nécessaires pour maintenir une bonne qualité, face à une dégradation sensible de la qualité des eaux brutes. Pour autant, le prix moyen de vente du m3 reste à un niveau relativement bas : 10 DH environ, ce qui ne devrait pas, en toute logique, inciter le client à entreprendre des investissements de l’ordre de 30.000 à 40.000 DH (coût moyen d’un puits équipé).Pour Tahar El Agal, cette étude n’est pas non plus un prétexte pour augmenter les bénéfices de Lydec. “Nous n’avons jamais utilisé ces arguments pour développer notre chiffre d’affaires. Nous sommes la première entreprise au Maroc à avoir appelé à l’économie des ressources en eau. Nous sommes connus à l’échelle régional comme modèle en matière d’économie et de rationalisation de l’utilisation de l’eau. Ce qui a été fait à ce niveau de 1998 jusqu’à 2003 a permis à Casablanca d’économiser 25 millions de m3 d’eau par an. C’est de quoi alimenter une ville comme El Jadida. Cela équivaut à 25 millions de m3 d’eau de moins à gagner en chiffre d’affaires”, confirme Tahar El Agal.Mohamed AKISRA

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