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Société

Caravane de l’égalité et de la citoyenneté
Une autre façon de lutter contre l’obscurantisme
DNES à Madrid, Amale DAOUD

Par L'Economiste | Edition N°:2155 Le 22/11/2005 | Partager

. Une ONG va à la rencontre des Marocains d’Espagne. Des femmes majoritairement analphabètes. Mais où est donc l’Etat?“Nouvelle Moudawana? Connais mais…” La majorité des femmes marocaines issues de l’émigration ignorent encore ce que la réforme de la Moudawana leur concède comme nouveaux droits, nouvelles possibilités de s’émanciper. Il faut dire que l’émancipation, c’est à peine si elles y pensent. Les milieux sociaux dont sont originaires la plupart d’entre elles ne leur ont pas permis de s’y intéresser. Le manque de scolarisation, la misère où elles ont vécu et la forte pression sociale ne les ont pas aidées non plus. “90% des femmes d’origine marocaine sont analphabètes”, explique une assistante sociale de la Mairie de Madrid. Le constat est alarmant et ne change pas au fil des ans, malgré la sonnette d’alarme tirée par la société civile. Dans les associations de quartiers qui s’occupent des populations émigrées, le constat est similaire. “La majorité des femmes viennent du nord du Maroc, dont une grande majorité du Rif. Là-bas, les femmes n’étudient pas, sont éduquées pour se marier jeunes et s’occuper des enfants”, constate la responsable d’un des centres associatifs de Vallecas, un des quartiers de la capitale espagnole qui abrite la plus forte commumauté immigrée. C’est d’ailleurs leur mariage qui les a pour la plupart amenées en Espagne. Pour elles, c’est une véritable aubaine. “Qu’aurions-nous fait au Maroc?” s’exclament-elles. C’est tout naturellement que la même philosophie sociofamiliale est reproduite dans le pays d’accueil. L’homme est le seul à sortir travailler, la femme s’occupe des tâches ménagères et des enfants qu’elle s’empresse d’avoir, histoire d’augmenter les revenus via les allocations familiales. “Les enfants sont d’abord une source de revenus”, explique l’assistante sociale. “Pas étonnant ensuite de constater un taux d’échec scolaire important”. Ce taux est encore plus élevé au sein de la communauté marocaine que chez les autres: 100% de réussite d’intégration pour les jeunes des pays de l’Est, 30 à 40% pour ceux d’origine latino-américaine, beacoup moins pour les Marocains. Dans les associations oú sont dispensés des cours d’alphabétisation, les femmes ne sont pas très nombreuses à s’inscrire, trop occupées d’abord à leurs tâches ménagères. C’est pourtant une des toutes premières conditions pour une meilleure intégration. L’apprentissage de la langue, primordial, se fait sur le tas. L’Association El Fanal, destinée aux femmes du quartier de Vallecas, dispense des cours d’alphabétisation deux fois par semaine. Seule une poignée de femmes s’y intéressent sur une population de plusieurs dizaines. Les difficultés liées à l’inexistence de transport public dans la région y est pour beaucoup. Mais n’explique pas tout. “Rares sont celles qui ont véritablement assimilé que leur réussite passe avant tout par leur apprentissage”, constate une animatrice associative. La Moudawana, elles en ont entendu parler mais n’en connaissent pas véritablement les bases. Les problèmes vécus par nombre d’entre elles sont pourtant légion: divorces prononcés au bout de plusieurs années, polygamie, non-versement des pensions par le conjoint après séparation. “La majorité de ces femmes ne sont ni informées, ni alphabétisées, comment voulez-vous qu’elles s’intègrent ou éduquent leurs enfants?” s’indigne Fouzia Assouli, secrétaire nationale de la Ligue démocratique des femmes (LDDF). C’est de là qu’est née l’idée d’organiser la “caravane de l’égalité et de la citoyenneté”. “Les populations immigrées ne sont pas au fait des changements survenus dans la législation qui les régit. L’Etat marocain reste le grand absent dans ce domaine. La société civile a un rôle fondamental à jouer dans la sensibilisation”. Asuncion Miura, directrice générale de l’Egalité des chances à la Mairie de Madrid, collabore pour la première fois avec une association marocaine. Le problème de l’intégration des femmes se pose à elle quotidiennement. “L’égalité c’est d’abord par elles qu’elle passera”, affirme-t-elle. Avec les populations immigrées, le travail de sensibilisation est encore plus complexe. Les conditions de vie défavorables, le manque de moyens, la reproduction du système familial du pays d’origine, des taux de chômage importants engendrent la marginalisation.


La crise identitaire exploitée

“La caravane de l’égalité et de la citoyenneté” a été organisée du 18 au 20 novembre à Madrid par la LDDF, en collaboration avec la mairie de la ville. Une vingtaine de membres de l’association ont sillonné les quartiers où vivent de fortes communautés de Marocains pour leur expliquer les dispositions du code de la famille. Pour Fouzia Assouli, secrétaire nationale de la Ligue, l’information et la sensibilisation sont aussi un des moyens de lutter contre la montée des intégrismes et l’obscurantisme. L’éducation pour des valeurs de citoyenneté, de tolérance et d’égalité auprès des femmes et des jeunes est une forme de lutte. “Etant donné l’analphabétisme, la marginalisation et la quasi-absence de l’Etat, ces populations restent vulnérables et subissent l’influence des courants obscurantistes”, estime-t-elle. Car la crise identitaire est exploitée par des groupuscules pour endoctriner ces catégories sociales. “Notre présence met l’accent sur nos valeurs spécifiques caractérisées par notre ouverture au Maroc -carrefour des civilisations, de culture arabo-berbéro-africo-musulmane”. La caravane contribue aussi à donner aux Espagnols une autre image du Maroc que celle véhiculée par les communautés immigrées. “La société civile marocaine est en pleine effervescence, milite contre les intégrismes”. C’est aussi cela le Maroc du XXIe siècle.

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