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    Capital-risque: les banques dans l'expectative

    Par L'Economiste | Edition N°:30 Le 21/05/1992 | Partager

    Le capital risque se présente comme un mode de financement en développement. Des sociétés spécialisées dans cette activité font peu à peu leur apparition sur le paysage financier. Les banques sont en première ligne parce que le produit devra jouer un rôle important dans leur stratégie de diversification. Certaines sont déjà sur le terrain, les autres observent et élaborent leurs tactiques en attendant la grande mêlée.

    Il n'y pas encore de vraies sociétés de capital-risque", affirme un banquier de la place. Pourtant les créations récentes et la détermination des initiateurs à aborder ce nouveau virage laissent supposer que le métier est en train de s'implanter.
    L'introduction du capital-risque remonte à 1989 avec la ligne BEI consentie par la Banque Européenne d'Investissement au titre des concours en capitaux à risque.
    La Banque Commerciale du Maroc a été la première à s'intéresser à cette activité, d'une manière autonome, avec la création de Attijari Capital-Risque. Elle a ensuite mis en place une autre entité, Casa-Madrid Investissement, en partenariat avec CAJA de Madrid, une banque espagnole.

    Récemment, Cinq banques de la place (la BCP, la BNDE, le Crédit du Maroc et Bank Al Amal), associées à la BEI, ont fondé la Société de Participation et de Promotion du Partenariat dont le démarrage des activités est annoncé pour l'été prochain.
    Les autres banques affichent un mutisme total quant à leur stratégie. Secret de polichinelle. Leur présence dans le secteur est imminente.
    La logique de la concurrence dans le secteur bancaire est d'être présent partout où s'installe le concurrent. Dans les années, sinon les mois à venir, toutes se lanceront dans cette activité soit en pool, soit individuellement ou avec un partenaire étranger.

    Par ailleurs, on note la présence d'un organisme comme Maghreb Développement Investissement*(la BCP y détient 30% des parts) qui se positionne comme une société de capital-risque.
    Le capital-risque est une participation à long terme génératrice de valeur ajoutée dans des sociétés innovatrices en création ou en développement et qui ont un fort potentiel de croissance.
    L'idée de base est qu'il ne s'agit pas d'un financement de type classique. L'investisseur n'agit pas en qualité de banquier mais en tant que partenaire actif partageant les risques et éventuellement les profits. Il apporte de l'argent frais sous forme d'une participation minoritaire au capital et prodigue ses conseils en cas de besoin.
    La rémunération n'intervient qu'en fin de parcours sous forme d'une plus-value réalisée sur la cession des parts.

    Certains financiers pensent que la notion de capital-risque doit être dissociée du capital développement. Son objectif est d'accompagner une société en création par un apport en fonds propres. Il finance essentiellement des idées innovatrices initiées par des promoteurs expérimentés ne disposant pas de ressources suffisantes. L'investisseur associe sa décision à la trilogie homme-produit-marché. Il s'engage dans l'inconnue: il a une entreprise à créer, un produit à faire connaître, un marché à conquérir. Quant au capital développement, il finance généralement des PME/PMI saines et mûres. Le risque est moins important que lorsqu'il s'agit d'une création.

    Présentement, le problème est de déterminer les vrais opérations de capital-risque. Certes, il s'agit d'un métier nouveau et les domaines d'intervention ne sont pas effectivement bien définis. Mais faut-il tout de même s'interroger sur quelques points, à savoir: quelle pourrait être l'orientation du capital-risque au Maroc? Va-t-on privilégier le capital-création ou se glissera-t-on vers le capital-développement? L'objectif majeur est-il le renforcement du tissu des PME/PMI ou l'encouragement à l'innovation dans des secteurs spécifiques?
    Pour l'instant, principalement en ce qui concerne la ligne BEI, "les décisions de financement sont laissées à la discrétion de la Direction Générale parce qu'elles ont une portée stratégique" affirme un banquier. Cette logique explique-t-elle le fait que sur les deux modes de financement envisagés, participation directe au capital ou prêt au promoteur, seul le second est appliqué. Ou bien l'absence de prise de risque est-elle toujours présente dans l'esprit du banquier qui se veut rationnel?

    Pourtant, la Ligne BEI devrait permettre aux banques de se préparer à ce nouveau métier de par les prises de participation qu'elles peuvent entreprendre. Non seulement une seule banque a placé la moitié des financements, mais pratiquement aucune institution ne s'est intéressée à cette option. Peu importe. Ce qui intéresse, c'est d'abord la rentabilité .
    D'ailleurs, pour les professionnels, le capital-risque a toujours existé sans pour autant être structuré. "La plupart des actions que nous menons sont généralement risquées" dit-on.
    Mais faut-il considérer un engagement comme relevant du capital-risque après que tout le terrain ait été balisé et toutes les incertitudes levées?
    D'un point de vue moderne, il est actuellement à l'état, embryonnaire. Le financement en capital-risque est extrêmement aléatoire. C'est un procédé nécessitant des compétences particulières.

    Il est sélectif et très élitiste."C'est un métier de business-man et non d'analyste financier ou de gestionnaire de portefeuille". Le flair compte plus que la rigueur. Le problème est de savoir si les banques pourront s'adapter à ce nouveau métier.
    Actuellement, il est prématuré de donner une appréciation. Cependant, le démarrage effectif sera très difficile.
    Celles qui s'installeront, devront normalement jouer le jeu. Certes, il y en aura qui disparaîtront mais les rescapées à la sélection naturelle pourraient connaître un développement rapide si toutefois elles réussissent à trouver les ressources suffisantes et à concentrer leurs efforts sur des secteurs biens définis.

    La ligne BEI

    La ligne BEI d'un montant équivalent à 120 MDH dont 90 MDH destinés au financement des entreprises, a été ouverte aux banques comme un moyen d'intervention en capital à risque Tous les secteurs peuvent bénéficier de cette ligne à l'exception de certaines activités dites sensibles. Les PME sont considérées comme prioritaires. Le financement est mené sous deux formes qui peuvent être cumulées, à savoir une participation directe au capital et un financement direct au promoteur. Cette seconde formule a été la plus usitée "en raison de la petite taille des projets" souligne-t-on.

    Le prêt est accordé aux promoteurs pour une durée allant de 22 à 25 ans assortie d'un différé de remboursement du capital de 17 à 20 ans. Remboursement fixé en annuités d'égale valeur sur les 5 dernières années du crédit. Le taux d'intérêt est de 5% l'an HT. Il prend effet à compter de la 6ème année suivant la date de signature du contrat de prêt, le paiement des intérêts devant intervenir annuellement à terme échu à compter de la 7ème année.
    La ligne BEI est surtout un complément de financement. Le crédit est octroyé dans le cadre d'un joint-venture entre un promoteur marocain et son partenaire de la CEE à concurrence de 50% de l'apport de la partie marocaine. Le montant du financement est compris entre 1 MDH et 15 MDH. Généralement, le crédit (ligne BEI) est accordé à côté d'un crédit moyen terme classique qui consolide la position de la banque prêteuse. Son mérite c'est d'avoir introduit une nouvelle approche en matière de financement des entreprises. Cependant, le fait d'exiger un partenaire de la CEE dans le capital des sociétés bénéficiaires, constitue un handicap pour cette ligne. En outre, le déblocage accuse beaucoup de retard déplore-t-on. A l'heure actuelle, le nombre total de dossiers présentés est estimé à 74 pour un montant global d'environ 8 millions d'Ecus. Le bouclage était prévu pour Juillet 1991. Le délai a été prorogé jusqu'en Juillet de l'année en cours.

    Le Mécanisme de Financement en Capital-Risque

    Le financement en capital-risque se déroule en plusieurs étapes, à savoir la collecte des dossiers, la sélection des investissements, le suivi du projet et la sortie.
    La collecte des dossiers
    L'organisme de financement reçoit les dossiers présentés par les promoteurs. Ils sont triés en fonction des critères relevant des secteurs d'activités ou de la personnalité du promoteur.

    La sélection des investissements
    Il s'agit de faire une étude exhaustive du projet en évaluant la rentabilité financière et le couple produit-marché. Cette évaluation s'accompagne d'un ensemble d'outils prévisionnels permettant d'apprécier la viabilité du projet.
    L'approche d'étude est différente de celle du banquier qui, elle est plutôt patrimoniale de par les garanties qu'il exige. Le point déterminant est que le projet soit évalué à travers les hommes qui le dirigent.

    Le suivi
    Généralement, l'investisseur n'intervient pas dans la gestion. Mais il ne s'agit pas d'entrer dans une société et d'attendre les résultats. Le suivi s'avère très lourd et très coûteux. Il faut non seulement maîtriser l'environnement de l'entreprise (cadre juridique et fiscal, marché, système d'aides et de financement existant... etc), mais aussi pouvoir apporter son assistance en matière de management. Parfois, des accords passés au moment de la conclusion de l'affaire donnent à l'investisseur un certain droit de regard sur la vie de la société soit par une présence au conseil d'administration, soit par le biais de missions d'audit périodiques.

    La sortie
    La société de Capital-Risque ne s'engage pas à l'avance quant à la date de sortie afin de garder la liberté de saisir les opportunités intéressantes. Mais elle doit se retirer tout en évitant de bouleverser la structure financière du capital. Le retrait se fait soit par une introduction en bourse si la société peut être cotée, soit par la cession aux dirigeants ou aux salariés, soit par cession à des tiers financiers ou industriels.

    Attijari Capital-Risque

    Elle a été créée comme support de l'activité capital-risque de la BCM. C'est une société anonyme au capital de 10 MDH. Elle prend des participations minoritaires dans des PME en création ou en extension "dirigées par des promoteurs compétents et gérées d'une manière transparente". Son domaine d'intervention est très large. Mais elle vise surtout le caractère novateur du projet, évitant ainsi des secteurs comme l'immobilier et le secteur traditionnel du textile. Toutefois, pour ce dernier, Attijari Capital-Risque peut financer la création d'une unité optant pour un créneau spécial.
    La philosophie des dirigeants est de ne pas s'ingérer dans la gestion des entreprises bénéficiaires d'un financement. Un poste d'administrateur permet de surveiller le fonctionnement.

    En ce qui concerne la sortie, les dirigeants sont très flexibles et n'imposent aucune condition. Ils sont ouverts à toutes les suggestions du promoteur. Actuellement, le problème majeur reste le manque de projets viables dirigés par des entrepreneurs expérimentés. En outre, vu le caractère familial des entreprises, le promoteur hésite toujours d'ouvrir son capital à une participation extérieure de peur de perdre son indépendance.
    Casa Madrid-Investissement

    Elle est créée par la BCM en partenariat avec CAJA de MADRID, une banque espagnole. C'est une société anonyme au capital de 10 MDH souscrit à parts égales par les deux parties. Elle mène la même stratégie que Attijari Capital-Risque. Sa particularité est qu'elle finance généralement des joint-ventures maroco-espagnols, mais selon les mêmes conditions que la première société.

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