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    Campagne 97/98: 230000 agriculteurs inéligibles au crédit

    Par L'Economiste | Edition N°:300 Le 16/10/1997 | Partager

    L'agriculture marocaine est malade. M. Abdelâadim Lhafi, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Agriculture, de l'Equipement et de l'Environnement chargé de la Mise en Valeur Agricole, nous dresse un diagnostic accablant et prescrit les remèdes nécessaires.


    L'Economiste: La machine agricole semble grippée. Le surendettement des agriculteurs a atteint un point effrayant à l'occasion de cette rentrée agricole. Quel diagnostic établis-sez-vous à ce sujet?
    M. Abdelâadim Lhafi: Nous devons absolument résoudre ce problème de surendettement des agriculteurs qui nous préoccupe au plus haut degré. La machine agricole s'est grippée à cause des rééchelon-nements répétitifs et de la succession de plusieurs années de sécheresse, essentiellement 1995 qui est qualifiée d'année catastrophique. Face à ceci, le rééchelonnement classique des dettes des agriculteurs ne produit plus ses effets. A tel point que nous sommes arrivés à accumuler au mois d'août plus de 5 milliards de DH d'impayés. A décembre 1996, nous étions à 3,5 milliards de DH. C'est une croissance effrayante. Résultat: 230.000 agriculteurs sont inéligibles au crédit pour cette campagne 1997/98. En des termes plus clairs, si ces agriculteurs se présentent aujourd'hui au crédit agricole, ils ne pourront pas avoir des crédits supplémentaires.

    - Justement, quelles sont les mesures prises pour éponger tous ces impayés?
    - Il y a eu au niveau de la CNCA un très grand effort pour éponger tous les arriérés. Il y a l'équivalent de 400 millions de DH qui était dû à la CNCA par le Trésor et par le Fonds de Développement Agricole. Le gouvernement a décidé d'activer le recouvrement de ces créances pour permettre à la CNCA de disposer d'une trésorerie conséquente. Par ailleurs, nous avons prévu des mesures de bonification des taux d'intérêt. Coût de l'opération: 950 millions de DH. Il faut ajouter à cela l'enveloppe de 250 millions de DH que l'Etat a décidé de débloquer pour la recapitalisation de la CNCA. Il est évident que ces mesures ne résolvent pas tous les problèmes de la CNCA. La restructuration de la CNCA et la révision du niveau de sa recapitalisation avant le passage à la Banque Nationale du Crédit Agricole (BNCA) des chantiers de travail très importants qui devraient être finalisés dans les quelques semaines à venir.

    - Quelles solutions comptez-vous apporter pour renverser la vapeur?
    - Le gouvernement a décidé d'introduire un certain nombre de mesures pour donner du tonus à cette machine agricole. Première mesure: le rééchelonnement des dettes sur une durée allant jusqu'à 10 ans avec des taux d'intérêt modérés pour ne pas aggraver le phénomène. Ainsi, l'Etat a jugé utile et nécessaire de prendre en charge une partie du coût de l'argent c'est-à-dire une partie du taux d'intérêt d'à peu près 5%. Cela va nous permettre de redomicilier les agriculteurs et redémarrer la machine agricole sur des bases saines. Deuxième mesure: la mise en place d'une prime à l'investissement. Cette prime, qui s'ajoute à tous les avantages prévus dans le cadre du code d'investissement agricole, va couvrir quatre ou cinq ans des taux d'intérêt pour des prêts consentis à des secteurs prioritaires.

    Prime à l'investissement


    - Quels sont justement ces secteurs prioritaires pour lesquels sera accordée la prime à l'investis-sement?
    -Nous avons identifié un certain nombre de thèmes et d'axes-clés. D'abord, une grande attention sera accordée au secteur de l'eau. Tous les investissements contractés par les agriculteurs concernant le matériel et les équipements servant à économiser de l'eau seront éligibles à cette prime. Aussi avons-nous fait la constatation suivante: le verger actuel est très vieux, ce qui va nous poser un certain nombre de problèmes au niveau de la production des agrumes. Le Maroc risque de devenir importateur d'agrumes, alors qu'il est maintenant exportateur. Ceci est inconcevable vu les avantages comparatifs dont dispose notre pays. Pour y remédier, nous avons élaboré en concertation avec la profession un plan de rajeunissement du verger, plan qui commence dès cette année et qui va concerner le rajeunissement de 34.000 hectares d'ici 2004, soit une moyenne de 5.000 hectares par an. Nous allons profiter de ce rajeunissement pour diversifier les variétés des agrumes plantées et répondre ainsi à la demande des marchés de l'exportation qui devient de plus en plus exigeante en termes de qualité. Donc le leitmotiv pour nous, c'est le rajeunissement du verger et la recherche de la qualité. Tous les investissements dans ce sens bénéficieront de la prime.

    Le troisième axe est le développement de l'oléiculture. L'olivier qui est une culture adaptée et très appropriée pour notre climat occupe seulement une surface de 400.000 hectares. Nous ambition-nons de porter la surface plantée à 1.000.000 d'hectares. Contrairement à certains pays du pourtour méditerranéen qui ont épuisé leurs potentiels de production, le Maroc dispose d'énormes capacités pour développer la culture de l'olivier et restituer à beaucoup de ter-rains agricoles leur vocation tradi-tionnelle. Une vocation conditionnée par une pluviométrie aléatoire et très réduite. L'olivier est par définition un arbre résistant et qui par l'intro-duction de techniques d'appoint pour l'irrigation pourrait développer davantage son potentiel de production.

    - L'agriculture est aussi une affaire de technicité. Le secteur reste très faiblement pénétré par la technique.
    - C'est vrai. Nous avons pris conscience de cet état de fait. C'est pour cela que la prime à l'investissement est aussi accordée pour tout ce qui concerne la mécanisation. Celle-ci est primordiale pour augmenter la productivité de nos agriculteurs.

    Débattre avec les agriculteurs


    - Toutes ces mesures doivent être expliquées d'abord aux agriculteurs eux-mêmes. La tournée que vous avez effectuée dernièrement avec M. Abdelaziz Meziane, ministre de l'Agri-culture, de l'Equipement et de l'Environnement, s'inscrit sûre-ment dans cette perspective
    -Au cours de cette tournée, nous avons essayé d'expliquer toutes ces mesures aux agriculteurs pour les faire adhérer à cette même vision des choses et réunir ainsi toutes les conditions permettant de réussir le démarrage de la campagne agricole. L'échange de vues nous a permis de s'accorder sur le diagnostic et sur l'origine du mal qui peut exister dans tel ou tel secteur. A partir de là, l'accord sur les solutions peut être facilement acquis.
    Trois messages sont à retenir: le premier est que l'eau est une denrée rare au Maroc et il faut la préserver au maximum. L'Etat fait beaucoup d'efforts pour agir au niveau de l'offre à travers les barrages et l'ensemble des aménagements hydrauliques. Parallèlement, le consommateur doit être sensibilisé pour éviter le gaspillage et pour régulariser l'utilisation de l'ensemble des ressources en eau.
    Deuxième message: Nos ressources en terre sont très limitées. Nous disposons de 9,2 millions d'hectares de surfaces agricoles utiles. Notre potentiel maximal d'irrigation ne permet de couvrir que 1.350.000 hectares. Tout le reste dépend de la générosité du ciel. Face à cela, nous devons préserver au maximum notre patrimoine agricole, surtout dans les périmètres irrigués.
    Troisième message: Un peu partout dans les zones où nous sommes passés, les agriculteurs nous ont confié qu'ils souffraient d'une détérioration des termes de l'échange et de difficultés croissantes au niveau des débouchés pour leurs produits, que ce soit au niveau du marché interne qu'externe. Le remède pour cela, c'est l'organisation des circuits de commercialisation. Il faut une bonne organisation professionnelle, par le biais de coopératives, de collectivités et de regroupements professionnels. C'est à partir de là qu'on peut gérer la production dans un cadre organisé.

    - Le développement agricole ne peut être pensé en dehors d'un développement rural global.
    -L'économie nationale reste tributaire de la variation de la courbe de croissance de l'agriculture. L'agriculture génère 40% de l'emploi global. Ce taux est de 80% dans le monde rural. Dans les pays développés, la population active dans le secteur agricole ne dépasse pas les 4%. Notre souci majeur est de rendre la courbe de croissance de l'agriculture moins accidentée et moins heurtée. Nous voulons une courbe stable avec une croissance régulière. Par ailleurs, il est primordial d'enraciner l'agriculture dans le terroir. Elle doit avoir cet effet structurant au niveau de la gestion et de l'aménagement du territoire. D'où l'intérêt de cette vision intégrée de tous les investissements au niveau du monde rural: routes, électrification, dispensaires, enseignement de base, aménagements hydrauliques,...etc. Sur un autre registre, un effort considérable doit être déployé pour développer davantage le secteur de l'agro-industrie. L'agriculture représente 20% du PIB national. L'agro-industrie ne représente que 5%. C'est un taux très faible. Aux Etats-Unis, l'agriculture représente 1% du PIB. Le taux de l'agro-industrie est de 17%. Cela vous donne une idée sur tout le chemin qui nous reste à parcourir.

    Abdelâadim Lhafi


    M. Abdelâadim Lhafi été nommé secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Agriculture, de l'Equipement et de l'Environnement chargé de la Mise en Valeur Agricole en août dernier.
    M. Lhafi est né en 1949 à Ahfir. Après des études secondaires au lycée des garçons à Oujda, M. Lhafi s'est dirigé en France pour préparer un diplôme de vétérinaire à l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse. En 1974, il obtient un doctorat vétérinaire de l'Université Paul Sabatier de Toulouse.
    De retour au Maroc, il intègre le Ministère de l'Agriculture pour être nommé directeur des Haras régionaux d'Oujda de 1974 à 1979. Entre 1979 et 1984 , il prend en charge le Service de l'Hygiène et de l'Inspection des Produits Animaux au Ministère à Rabat et devient par la suite chef de la Division de la Santé Animale. En 1987, il fut nommé directeur de l'Elevage et gravit les échelons pour devenir en 1993 secrétaire général du Ministère de l'Agriculture et de la Mise en Valeur Agricole.
    M. Lhafi est gouverneur représentant le Maroc au Fonds International de Développement Agricole (FIDA) à Rome depuis 1993. Il fut élu président du Conseil National des Vétérinaires du Maroc en février 1997.
    M. Lhafi est marié et père de deux enfants.

    Propos recueillis
    par Salim LAHJOMRI

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