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    Economie

    Budget 1996-97: 12 milliards d'arriérés

    Par L'Economiste | Edition N°:269 Le 27/02/1997 | Partager

    Fortes tensions sur le Budget en cours et grosses difficultés pour le montage du prochain. Cette année le dilemme des finances publiques est plus sévère que les années passées, avec le même risque: le freinage de la croissance.


    Le signe le plus fort de la zone de risques dans laquelle se trouve la politique budgétaire est la reformation d'arriérés. Au 31 décembre 1996, le montant des arriérés avait atteint le niveau record de 12 milliards de DH. En janvier 1997, certains paiements ont été effectués, en particulier via des Bons du Trésor pour les denrées subventionnées. D'autres ont concerné les marchés publics (chapitre Investissements) et les achats de matériels effectués par les administrations. Le niveau des arriérés est donc stabilisé.

    Les grands «flous»


    La reformation d'arriérés provoque deux phénomènes, un mathématique, l'autre plus diffus. Le premier est d'abaisser les ressources financières disponibles, précisément au moment où la pression politique sur le système bancaire vient d'aboutir à la baisse des taux d'intérêt. La question du prix élevé des ressources bancaires demeure, parce que les arriérés du Trésor ont gonflé, disent tous les banquiers de la place.
    Rien ne permet de supposer que la tension va se réduire. Au contraire, phase électorale oblige, les pressions sur le Budget en cours comme sur le montage du prochain Budget sont destinées à s'accroître: revendications salariales, revendications d'emplois... qui arrivent à leurs fins lorsqu'elles passent par le Ministère de l'Intérieur.
    Pendant ce temps, les réunions et les négociations entre départements ministériels vont bon train. Elles se font soit sous la présidence du Premier ministre, M. Abdellatif Filali, soit sous celle du ministre des Finances et des Investissements Extérieurs, M. Mohamed Kabbaj, soit encore, de manière plus inattendue, sous la présidence du ministre d'Etat de l'Intérieur, M. Driss Basri.
    Un point d'accord existe: la nécessité de lutter contre le déficit budgétaire, ou plus exactement de le contenir dans la marge de 2,5 à 3% du PIB. En paroles, le consensus est fort sur cette question.
    Les divergences commencent immédiatement cet axiome posé.

    Les divergences sont classiques, mais cette année elles ont une dimension plus importante. La question de savoir qui devra faire des sacrifices dans ses programmes d'investissements et dans ses achats de matériel devient particulièrement difficile. Les départements réputés budgétivores, comme l'Agriculture et les Travaux publics, résistent et essaient de renvoyer le problème sur d'autres. Résistance aussi du côté de l'Intérieur, dont les budgets restent très opaques en dépit de l'effort général de transparence fait par l'Etat depuis dix ans.
    Apparaissent aussi ces dernières semaines, au fur et à mesure que les négociations deviennent plus serrées, des éléments qui accroissent l'opacité des dépenses publiques.
    Ces éléments sont présents à chaque préparation de budget, mais ce printemps ils semblent vouloir prendre une ampleur plus grande.
    C'est ainsi que des voix s'élèvent, dans les réunions interministé-rielles, pour faire remarquer qu'aux investissements directs des administrations il faut ajouter les investissements des entreprises publiques et ceux des collectivités locales. Ce calcul, dont le résultat est présenté comme «l'effort d'investissement de l'Etat», aboutit à multiplier par presque trois les investissements inscrits dans la Loi de Finances elle-même, soit des valeurs jamais données de manière précise, et oscillant entre 35 et 50 milliards de DH.

    Cependant, ce montant n'a pas de sens, et comme il sert de pression pour limiter les investissements proprement dits, les utilisateurs regimbent: «Pas question que la variable investissements serve d'appoint, ni en réduction pour limiter le déficit, ni par des calculs fumeux pour impressionner le public». C'est ainsi que, toujours sous le sceau de la «discussion entre amis», il est fait remarquer que les investissements des collectivités locales restent eux aussi particulièrement opaques(1).
    Apparemment plus transparents sont les engagements d'investissements des entreprises publiques. Mais l'apparence est encore trompeuse et ce, de plusieurs points de vue. En effet, l'addition des sommes regroupe des éléments de nature et de statuts différents. Du point de vue de la politique d'investissements, les 50 millions de Dollars que l'OCP investit dans l'industrie chimique avec son partenaire belge Prayon ne peuvent pas se substituer à une somme équivalente retirée des chantiers d'irrigation. Pour l'instant, c'est le flou dans les statuts et la nature des dépenses qui entretient le plus clair des débats, dans la haute Administration et au sein du gouvernement pour préparer le prochain Budget.

    (1) Cf L'Economiste des 21 et 28 novembre 1996, sur les élus locaux et nationaux. Faite auprès de 800 personnes à travers le pays, cette enquête de L'Economiste a nettement fait ressortir que les contribuables sont particulièrement mécontents du travail des collectivités locales et des élus. Les accusations sont virulentes, y compris sur le détournement, le vol et le gaspillage. Les contribuables confirment le contenu d'une circulaire de 1995 du ministre de l'Intérieur, mais qui n'avait pas eu de suite, pas plus que les audits.

    Le déficit sous la loupe du FMI et de la Banque Mondiale


    «Le déficit budgétaire sera tenu dans la limite des 3% du PIB», affirme avec force M. Mohamed Kabbaj, ministre des Finances et des Investissements Extérieurs. Il l'a redit lors des journées organisées à Rabat par la revue Euromoney les 20 et 21 février 1997 (Cf pages 42 et 43). C'est le ton de l'encouragement qu'adoptent la Banque Mondiale et le FMI sur le ton classique: «Des efforts importants ont été faits, il faut les poursuivre».
    Le représentant du FMI, M. Edouard Macijewski analyse le redressement des ratios macro-économiques de 1996 comme la conséquence certes des pluies mais aussi et surtout «grâce au retour à la rigueur budgétaire dès le début de l'année 1996». Il note particulièrement le «meilleur contrôle des dépenses», un «effort remarquable au niveau de l'administration fiscale», le «renforcement d'une politique monétaire restée prudente» et «l'intensification du processus de réforme économique et de dérégu-lation». Suit l'agenda du travail à faire, qui sonne comme sonnaient les lettres d'engagement que signait le Maroc avec le FMI en échange de l'aide de l'institution internationale pour sortir de la crise des années 80 (Cf page 43)
    Même démarche chez la Banque Mondiale. M. Luc de Wulf choisit la stratégie de l'encouragement et les compliments. Cette stratégie ressemble, elle aussi, à un agenda du travail à faire comme à la liste de péchés à ne pas commettre sous peine de retomber dans la crise.
    Mais le vrai problème pour le budget en cours, comme pour le suivant, reste de maîtriser le prix du consensus social.

    Nadia SALAH.

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