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Bucarest à l’heure européenne
De notre envoyée spéciale, Khadija RIDOUANE

Par L'Economiste | Edition N°:2372 Le 29/09/2006 | Partager

. La cité vit sous la pression du Sommet de la francophonie. Enthousiasme face à la perspective d’entrée dans l’UESous ses atours de «ville francophone», portés à l’occasion du 11e Sommet de la francophonie, Bucarest paraît désorientée. La capitale de la Roumanie vit, depuis des mois, sous pression de l’événement devant mobiliser une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, 63 ministres des Affaires étrangères et représentants des organisations internationales et plus de 250 journalistes. Plusieurs artères seront fermées à la circulation durant cette période. Employés et écoliers devront rester à la maison pour alléger un trafic déjà ingérable en temps normal. La tension est perceptible. A l’aéroport de Bucarest, un confrère venu de Djibouti devra passer la nuit sur place, dans l’attente d’un visa d’entrée sur le territoire. Le contrôle aux frontières est strict, minutieux, zélé. La Roumanie tient à montrer l’image d’un pays qui veille aux intérêts et à la sécurité d’une communauté qu’elle va bientôt intégrer. Nous sommes le 18 septembre 2006. Le compte à rebours a commencé pour cette adhésion tant convoitée à l’Union européenne et fixée au 1er janvier 2007. Les Roumains semblent vouloir accélérer le temps. Auparavant, il faut attendre confirmation de la part de la commission européenne. Une confirmation qui, tombe le 26 septembre, deux jours avant la réunion du Sommet de la francophonie.Si les populations manifestent ouvertement leur enthousiasme face à l’entrée dans l’UE, dans les rangs de l’intelligentsia un certain scepticisme est perceptible. Celle-ci garde à l’esprit les menaces de sanctions qui pèsent sur le pays en cas de manquements aux engagements pris. Bruxelles garde Bucarest sous vigilance. Dans son rapport sur la Roumanie et la Bulgarie adopté mardi dernier, la Commission a indiqué qu’elle prendrait des «mesures correctives, le cas échéant, pour assurer la bonne marche des politiques de l’UE».«Bonne gouvernance». Un leitmotiv dans la bouche des partenaires de l’Europe occidentale qui sonne comme un avertissement. Pourtant, c’est dans ce paradis fiscal, où la main d’oeuvre est très bon marché, que des investisseurs de l’Europe occidentale ont trouvé refuge. Les enseignes étrangères occupent l’espace urbain de Bucarest. De grands panneaux publicitaires, vantant les mérites des produits les plus en vue, poussent à chaque coin de rue dans un désordre saisissant. Un désordre dont la ville semble s’accommoder. Les populations aussi paraissent y trouver leurs repères. Bucarest, carrefour de l’Orient et de l’Occident, est une mixture des genres. Dans la cité, baptisée autrefois «le Petit Paris», cohabitent des édifices de différentes époques et de styles divers. Les plus anciens, témoins d’un passé glorieux, s’imbriquent à des constructions plus récentes qui renvoient à une page de leur histoire que les bucarestois semblent vouloir tourner, à jamais. En 1977, un tremblement de terre dévaste une partie de la ville; les 28 édifices qui s’écroulent seront remplacés par de grands blocs en béton. La tendance s’intensifie durant les années 80. L’œuvre est de Nicolae Ceausescu. L’héritage laissé par l’homme qui s’était imposé en maître absolu de la Roumanie est pesant. Nicolae, un journaliste à l’humour subtil et décapant, interrompt son discours sur les mutations socio-économiques que connaît la Roumanie aujourd’hui, pour désigner un ensemble compact de constructions HLM sur les rebords périphériques de Bucarest. Il souligne que ces habitations construites du temps de feu l’homme fort du pays ne disposent pas de sanitaires. Le propos est amer. Il tient à nous faire part de ce sentiment d’humiliation que les populations ont longtemps cachées dans leur tréfonds. Une bonne partie de la génération qui a vécu, sous le régime de Ceausescu, des années de privations ne songe qu’à rattraper le temps perdu. Nucia, jeune femme à l’allure distinguée, confie qu’à cette époque voyager relevait pour elle du simple rêve. Aujourd’hui, c’est un véritable globe-trotter à la curiosité perpétuellement inasourvie. D’autres font étalage de leur fortune tout récemment acquise. Un étalage à la limite de l’indécence. Dans Bucarest, les villas huppées côtoient les habitations délabrées. Ces derniers finissent par déteindre sur l’ensemble donnant à la citée une grise mine. Bucarest recèle de petits bijoux architecturaux, une mine de patrimoine, noyées dans une masse de constructions laides et mal entretenues. Musées, palais et autres édifices religieux émergent dans le lot au grand bonheur du visiteur. La ville compte 230 églises, dont 74 classées qui marquent la vocation religieuse du pays. Le peuple roumain, qui réussit au XIXe siècle à échapper à l’emprise ottomane, avait entrepris de construire un rempart chrétien face à l’empire islamique. Ce besoin identitaire est aujourd’hui encore, et après de longues années de régime communiste interrompu en 1996, très fort chez les populations roumaines. Les autorités officielles du pays se font ainsi très discrètes sur la minorité musulmane, notamment turque qui vit dans le pays. On semble toutefois s’accommoder de l’héritage civilisationnel laissé par l’empire. « La Roumanie ne fait aucun complexe des influences subies au gré des époques », affirme une jeune roumaine. Lors d’une visite au Château de Peles, dans le petit village de Sinaia à quelque centaine de kilomètres de la capitale, le guide tient à montrer aux visiteurs les salons orientaux témoins d’une ouverture à l’Autre que le peuple roumain cultive encore aujourd’hui.A Bucarest, l’influence française est la plus forte. L’arc de triomphe, une copie de celui de la capitale française, le théâtre nommé Odéon ou encore la rue Edgard-Quinet témoignent de l’attrait pour le pays de Molière. Dans «le café des artistes», la jeune génération bucarestoise, sapée à la dernière mode, rappelle à plusieurs égards, celle qui peuple de nuit les restaurants et bars du boulevard Saint-Germain. La plupart parlent français et ont fréquenté les bancs des universités de la métropole, même si la tendance américaine a beaucoup gagné de terrain ces dernières années. Ces jeunes gens, comme leurs aînés, ont à cœur de montrer aux Français en particulier que le Roumain est un être civilisé et qu’il n’a rien à voir avec le cliché de l’immigré dont il faut se méfier. Devant le secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Abdou Diouf, le ministre roumain de la Communication a tenu à rappeler que les médias occidentaux ne s’attardent presque jamais sur des succes story lorsque leurs héros sont des Roumains, mais s’emploient souvent à grossir le trait d’un fait divers où ces derniers seraient impliqués.La Roumanie, soutenue à coup de millions par l’étranger dès la fin de l’ère Ceausescu, et notamment par la Suisse qui a investi 170 millions de francs dans l’aide à la transition depuis 1990, mesure la chance de son accès au marché commun. Mais elle tient à être acceptée comme une entité à part entière.


Parlez-vous français?

Sur la place de la Révolution, une scène est aménagée pour accueillir les spectacles et autres manifestations culturelles organisées dans le cadre du Sommet de la francophonie. « Bucarest francophone » est plus qu’un slogan de circonstance. Quelques Roumains, par ailleurs très actifs dans l’organisation de l’événement, veulent en faire un credo. Ces derniers tiennent à rappeler que des générations entières de Roumains ont appris le français, en dépit de la situation dans le pays ou des régimes politiques. Aujourd’hui encore, la tradition semble se poursuivre. On ne manquera pas de souligner, également, que des personnalités roumaines célèbres ont vécu à Paris. On comprend dès lors que Bucarest veuille donner autant d’éclat au sommet des chefs d’Etat qui se tient dans ses murs et qui célèbre la diversité culturelle de la francophonie. Expositions de peintures, représentations de théâtre et de cinéma, musique et danse sont au menu.

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