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Culture

Boubacar Traoré, le bluesman africain

Par L'Economiste | Edition N°:2287 Le 31/05/2006 | Partager

Le nom de cet artiste malien ne vous dit peut-être pas grand-chose. Pourtant, il est le pionnier du blues africain. Boubacar Traoré a été parmi les vedettes du festival Mawazine qui a eu lieu du 18 au 24 mai à Rabat. Sa chanson «Mali Twist» a marqué son pays d’après l’indépendance. A l’époque, Modibo Keita était le premier président du Soudan français (Mali). A travers les ondes de la radio, ses chansons ont bercé toute une génération. Puis, silence radio. Boubacar, dit Kar Kar(1) , disparaît près de vingt ans. A l’instar d’un Compay Segundo(2) , il réapparaît du jour au lendemain. On est en 1987. C’est le début d’une carrière internationale. Les critiques comparent Boubacar Traoré à John Lee Hooker ou à Robert Johnson. Sauf que cet artiste a sa propre touche. Il joue la guitare comme on joue la kora. C’est-à-dire à trois doigts. A travers cette interview, Kar Kar, âgé de 66 ans, parle de sa musique, de sa vie et de ses chagrins. Voilà l’histoire bouleversante d’un monument de la musique africaine. . L’Economiste: On vous considère comme l’un des pionniers du blues africain. Ce qualificatif correspond-il à votre musique?- Boubacar Traoré: Je ne sais pas si je suis un pionnier. Il est vrai que dès l’indépendance, ma musique a été diffusée sur la radio malienne. Des titres comme «Mali Twist» ont marqué des générations. Peut-être parce qu’on l’a considéré comme la première interprétation du Twist dans la langue du Mali. La radio était à l’époque le seul moyens de diffusion. C’est en 1963, dans l’émission «Les auditeurs du dimanche» que j’ai interprété Mali Twist et Kayeba. Des morceaux qui appellent à la reconstruction du pays. Je compose une musique qui ressemble à ma vie. La guitare acoustique est mon instrument de prédilection. . Vos compositions sont chargées de vécu. Pourtant, elles dégagent une profonde sérénité…- Il y a de la tristesse dans mes chansons. Ma vie a été pénible. La perte de ma femme Pierrette et de mon frère aîné m’a profondément bouleversé. Ma musique reste très personnelle. C’est une sorte de réinterprétation mélodique d’une existence chargée de chagrin. Ce n’est pas une complainte. Mais simplement une manière de parler de soi. Une manière de panser les blessures. . A partir de 1974, vous avez disparu. Beaucoup ont cru que vous étiez mort. Comment avez-vous vécu cette traversée du désert?- Certes, j’étais connu à l’époque. Mais il était difficile de gagner son pain en jouant de la musique. En plus, j’avais une famille à nourrir. Je repars alors à Nioro, près de Kayes à l’ouest du Mali. Je travaillait en tant qu’ouvrier agricole. J’avais un commerce, avec mon frère. On vendait toutes sortes d’articles. De 74 à 88, j’ai vecu à Kayes sans toucher à ma guitare. La musique était devenue un souvenir. Mon silence durera près de 20 ans. En 1981, mon frère meurt. C’était lui qui m’avait appris à jouer à la guitare. Le Mali tout entier rentre alors dans une confusion: tout le monde pensait que c’étais moi, et non mon frère, qui était décédé. En 1987, des journalistes de Bamako me retrouvent, par hasard. Je donne alors en direct une interview pour la télévision. Le standard téléphonique de la chaîne explose. Les gens demandaient pourquoi on montrait l’image de Kar Kar qui était mort! Etait-ce une résurrection? J’enregistre en 1989 la cassette Mariama, qui se vend paradoxalement assez mal. Le label anglais Stern’s Africa me contacte pour enregistrer des morceaux de mon répertoire. L’album s’intitule «De Mariama à Kar Kar». . Kongo Magni est le titre de votre dernier album. Que signifie-t-il?- La faim ce n’est pas bon. La misère provoque la guerre. Je n’aime pas cette image apocalyptique qui est donnée à notre continent. Mais il est vrai aussi que les conflits armés rongent l’Afrique. Qui en souffre? Ce sont les petites gens. Ce sont eux la véritable chair à canon. La paix permet de se reconstruire. L’abondance émane de la réconciliation avec soi-même d’abord et avec les autres ensuite. Kongo Magni est une manière d’affirmer une unité existentielle. Nous sommes des êtres humains. Nous vivons sur la même terre. Nous avons la même histoire et nous faisons face au même destin.


Un blues acoustique

BOUBACAR Traoré chante en kassonké. Le mot «kassonké» désigne une éthnie qui vit seulement dans sa région natale à Kayes. L’acoustique est omniprésente dans sa musique. «C’est ma guitare acoustique qui m’a révélé au public. Je tiens à préserver une sonorité dans laquelle je me reconnais et à laquelle le public s’identifie». Les instruments traditionnels sont aussi très présents dans ses compositions... On y retrouve la kora, le kamalinkoni (plus grande kora), la calebasse, mais aussi l’harmonica et l’accordéon. Il existe un autre bluesman malien à savoir Ali Farka Touré. Mais ce dernier chante en Korobo (langue touareg) et en peul, parlée dans la région de Gao et à Tombouctou. Les deux maîtres ont joué ensemble, en 2003, dans un documentaire intitulé «Je chanterais pour toi». Il rend hommage à Boubacar Traoré. Le film a été réalisé par Jacques Sarasin. La discographie du bluesman malien ne compte que quatre disques réalisés entre 1994 et 2006. On peut citer notamment Kongo Magni (2006), Sécheresse, Ma ciré, Sa golo et Kar Kar.


Ali Farka Touré, l’autre figure du blues Africain

EN 1960, le Mali se proclame indépendant. La nouvelle politique du pays voit l’essor des groupes officiels représentant chacun une région. C’est à cette époque que des artistes comme Boubacar Traoré et Ali Farka Touré font leur 1re apparition. Ce dernier est considéré aussi comme l’autre monument de la musique malienne. Qui est-il au juste? C’est en avril 68, qu’Ali Farka Touré achète sa toute première guitare à Sofia en Bulgarie. Mais cette même année, les troupes régionales sont dissoutes. Deux ans plus tard, le musicien intègre l’orchestre de Radio Mali tout en occupant un poste d’ingénieur du son qui lui permettra de se familiariser avec les techniques de studio. Des années plus tard, il rendra hommage à cette station de radio dans un album portant son nom. Il restera à Radio Mali en tant qu’employé jusqu’en 1973. En cette fin des années 60, il découvre aussi la musique noire américaine en général et le blues en particulier. C’est une véritable révélation. Ali s’emballe tout spécialement pour John Lee Hooker dont il compare la musique au peuple Tamascheck du nord du Mali.Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI------------------------------------------------------------------------- (1) Un surnom qui signifie dribler. Durant son enfance l’auteur-compositeur était passionné de foot. En raison de son habilité à dribler, ses copains l’ont surnommé Kar Kar. (2) C’est le pianiste du groupe cubain Buen vista social Club qui a ressurgi après un album enregistré avec le producteur et guitariste Ry Cooder.

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